Brexit : Theresa May dans la tourmente

Alors qu’elle pensait avoir obtenu ce mercredi le soutien de ses principaux ministres après l’accord technique conclu entre Londres et l’Union européenne, Theresa May a vu son gouvernement « voler en éclats » dans la matinée. La Première ministre britannique a toutefois tenté de défendre son projet devant le Parlement, alors que certains parlementaires appelaient à un vote de défiance.

Au lendemain de la présentation de l’accord sur le Brexit conclu entre Londres et l’Union européenne (UE), les démissions se sont enchaînées ce jeudi au sein du gouvernement de Theresa May. Pas moins de cinq défections dans la matinée. Le premier à avoir annoncé son départ est le secrétaire d’Etat pour l’Irlande du Nord, le conservateur Shailesh Vara. « Je ne peux pas soutenir l’accord de retrait conclu avec l’Union européenne », a-t-il expliqué dans un communiqué diffusé sur Twitter. « Cet accord ne permet pas au Royaume-Uni d’être un pays souverain, indépendant ».

Dans la foulée, le ministre du Brexit Dominic Raab a démissionné. Dans un tweet accompagnant sa lettre de démission, il indique « Je ne peux en toute conscience soutenir les termes proposés pour notre accord avec l’UE. Voici ma lettre au premier ministre expliquant mes raisons et mon respect pour elle. » Le plan de Theresa May menaçant selon lui l’intégrité du Royaume-Uni.

Une démission suivie très rapidement dans la matinée de celle de la secrétaire d’Etat du Brexit Suella Braverman, puis de Shailesh Vara le secrétaire d’Etat à l’Irlande du Nord, province britannique dont le sort est au coeur du problème, de la ministre du Travail Esther McVey. La secrétaire parlementaire pour le département de l’éducation Anne-Marie Trevelyan a fait de même un peu plus tard.

Un possible vote de défiance

Le départ du ministre du Brexit, Dominic Raab, risque de conforter les partisans d’une sortie sans accord avec l’UE, qui seraient en train de rassembler leurs forces pour réclamer un vote de défiance contre Theresa May. L’euro septique, Jacob Rees-Mogg, mène la révolte et menace Theresa May d’une motion de censure. Le député pro-Brexit a écrit une lettre pour réclamer officiellement un vote de défiance : « Le projet d’accord de divorce présenté au Parlement aujourd’hui s’avère pire qu’attendu et échoue à remplir les promesses faites à la nation par la première ministre. », indique t-il . Dans la foulée de Jacob Rees-Mogg, au moins deux autres députés du groupe conservateur, Henry Smith et Steve Baker, ont écrit au président des députés conservateurs (Comité 1922), Graham Brady, pour lui demander le vote d’une motion de défiance.

Une telle motion ne pourra être soumise au vote que si 48 députés conservateurs en font la demande par lettre. Dans l’affirmative un vote aura lieu à la Chambre des communes et Mme May sera renversée si 158 députés conservateurs, sur 315, votent la censure. Un nouveau référendum sur le Brexit devrait avoir lieu si Theresa May était remplacée en tant que Premier ministre et « qu’aucune élection générale n’était déclenchée», a déclaré le Premier ministre du Pays de Galles, Carwyn Jones.

Theresa May défend son accord devant le Parlement

C’est très affaiblie, que la Première ministre britannique s’est présentée devant le parlement britannique, pour tenter de défendre l’accord passé avec Bruxelles. Me May a ainsi affirmé en préambule que lorsqu’elle est devenue Premier ministre, il n’y avait aucun plan pour le Brexit. « Certaines personnes ont dit que cela ne pouvait pas être fait, mais je ne l’ai pas accepté« , a-t-elle dit.  Elle a appelé les députés de la Chambre des Communes qui devront se prononcer sans doute début décembre, à assumer leurs responsabilités. « Le choix est clair: nous pouvons choisir de partir sans accord, nous pouvons prendre le risque de ne pas avoir de Brexit du tout ou nous pouvons décider de nous unir et de soutenir le meilleur accord qu’il était possible de négocier« , a t-elle lancé dans une ambiance survoltée. Sur l’Irlande du Nord, Theresa May a expliqué qu’on lui avait conseillé de « déchirer le filet de sécurité, mais cela aurait été irresponsable et aurait signifié de ne pas tenir les promesses faites à la population d’Irlande du Nord. »

Le chef de l’opposition à la Chambre des Communes a confirmé que les travaillistes ne voteront pas en faveur de cet accord. « Quel échec que ce projet d’accord… Après deux ans de négociations ratées, on aboutit à un accord qui contrevient aux propres lignes rouges de la Première ministre », a asséné Jeremy Corbyn.

 

« J’irai jusqu’au bout « 

La première ministre britannique a pris la parole en fin de journée, lors d’une conférence de presse dans laquelle elle a d’abord réagi à la démission, ce jeudi, de cinq des membres de son gouvernement : « Je suis désolée qu’ils aient décidé de quitter le gouvernement et je les remercie d’avoir servi. Mais je crois au plus profond de moi que le chemin que j’emprunte pour le pays est le bon« . « Des décisions douloureuses ont dû être prises. Je comprends que certains d’entre vous ne soient pas heureux de ces compromis, mais cet accord atteindra les objectifs que nous avons promis. Mais pour cela, il faut s’unir » a-t-elle ajouté. Selon Me May, cet accord « répond aux priorités du peuple britannique ».

Interrogée par un journaliste du Sun sur une possible démission, la première ministre a répondu : »Le leadership consiste à prendre les meilleures décisions, pas les plus faciles. (…) Est-ce que j’irai jusqu’au bout ? La réponse est oui« , ajoutant que « Personne n’a trouvé de solution de rechange qui soit meilleure ou aussi bonne. »

La Première ministre a déclaré enfin exclure l’organisation d’un second référendum sur le Brexit. « En ce que me concerne, il n’y aura pas de second référendum », a dit Mme May, qui plus tôt devant les députés britanniques avait laissé planer la menace d’un retour en arrière sur le Brexit si le parlement n’appuyait pas le projet d’accord de divorce conclu mardi avec l’Union européenne.

La conférence de presse

 

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