Candidature Villani à Paris : “un caillou dans la chaussure de la Macronie”

Il aura laissé planer le doute tout l’été. Le député LaREM de l’Essonne Cédric Villani, doit officialiser mercredi 4 septembre, sa candidature sans étiquette aux municipales de 2020 à Paris. Un coup dur pour la Macronie, qui deux ans après son accession au pouvoir entre dans une zone de turbulences. La candidature dissidente de celui qui se définit “comme un homme libre” pose nombre de questions. En premier, celle de l’échec du parti présidentiel. 

Ira ? Ira pas ? Cédric Villani doit s’exprimer le 4 septembre au sujet de son éventuelle candidature à la mairie de Paris. Comme il s’y était engagé le 11 juillet, au lendemain de la désignation de Benjamin Griveaux par la commission nationale d’investiture (CNI) de la République En Marche (LaREM), le député mathématicien doit annoncer ce mercredi en “homme libre”, c’est-à-dire sans étiquette partisane, s’il brigue ou non, un mandat dans la capitale, pour les municipales. Une déclaration de guerre qui ne dit pas son nom.

Les faits

Début juillet, le lauréat de la prestigieuse Médaille Fields avait brigué sans succès l’investiture du parti présidentiel pour les Municipales de 2020, face à l’ancien porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux qui lui avait été préféré pour mener la bataille des municipales à Paris. Cédric Villani avait alors vivement critiqué la méthode de sélection du candidat, estimant que “l’appareil de LaREM” s’était éloigné de “l’esprit et [des] valeurs du mouvement imaginé par Emmanuel Macron“. Puis, dans une interview donnée au cours de l’été il avait dénoncé une “procédure viciée“. Une version contestée par LaREM qui a rappelle que “tous les candidats ont été longuement auditionnés par la CNI et que le meilleur dossier l’a emporté. ” Dans tous les cas, une défaite au goût amer, après laquelle le député de l’Essonne n’avait rien dévoilé  de ses futurs plans et d’un éventuel ralliement à Benjamin Griveaux.

Cédric Villani a mis l’été à profit pour réfléchir et affiner son projet de candidature. Le candidat dissident s’est entretenu avec des leaders politiques, parmi lesquels, le président du Modem, François Bayrou. Il a aussi rencontré à deux reprises, l’ancien conseiller en communication de Hollande et fondateur du mouvement “Parisiennes, Parisiens, Gaspard Gantzer, également candidat à la mairie de Paris. Selon France Info, les deux hommes auraient même évoqué une possible alliance au second tour des municipales. Après un été émaillé de “push médiatiques”, M. Villani a réuni son équipe en séminaire samedi, afin de préparer la bataille d’opinion qu’il entend mener dans les semaines qui viennent.

Balayant d’un revers de la main l’offre qui lui était faite, le député-mathématicien a ignoré les “appels du pied”  du candidat officiel de LaREM, dans ce qui ressemblait à une offre de la dernière chance. Benjamin Griveaux avait indiqué qu’il avait écrit au député de l’Essonne pour tenter de le convaincre de le rejoindre. “Ce que je lui ai proposé, c’est quelque chose de très clair“, a fait savoir  M. Griveaux sur Europe 1. Et de compléter : “Ce que je lui ai proposé, c’est que sur le projet, les grands choix programmatiques, et sur les personnes pour le porter, il soit à mes côtés. Qu’il co-préside, co-pilote cette campagne à mes côtés sur le fond et l’incarnation.“Comme nous avons un objectif commun, nous nous trouverons rassemblés.”

Benjamin Griveaux “à la peine”

Deux mois après sa désignation, la campagne de Benjamin Griveaux peine à décoller. Elle doit prendre plus d’”ampleur” reconnaissait dimanche sur Europe 1 Bruno Le Maire, ministre de l’Economie. Si le candidat officiel de LaREM ne parvient pas à enclencher d’élan en sa faveur malgré le score à Paris du parti présidentiel aux européennes (près de 33% des voix), c’est qu’une large partie de l’écosystème parisien est suspendue à la décision de M. Villani. Une candidature dissidente du député de l’Essonne mettrait d’autant plus à mal l’ex porte-parole du gouvernement déjà en difficulté. Du côté du parti présidentiel et de son candidat officiel, on serre les dents et les rangs. Certes, Benjamin Griveaux continu certes d’engranger des appuis, dont le dernier en date, ce dimanche : celui de l’UDI et de son président, Jean-Christophe Lagarde.

Quelques jours plus tôt, l’ancien porte-parole du gouvernement avait déjà enregistré deux ralliements de poids : celui de la maire (ex-LR) du 9e arrondissement, Delphine Bürkli, et surtout celui de l’ancien secrétaire d’Etat Mounir Mahjoubi, qui soutenait encore Villani il y a encore deux mois, pendant la campagne pour l’investiture LaREM.

Une candidature qui signe un échec

Dès lors, la question des conséquences pour LaREM d’une candidature dissidente pose nombre de questions. En premier, celle de l’échec du parti présidentiel. Pour le parti d’Emmanuel Macron, la dissidence Villani est d’ores et déjà un “fiasco” Le résultat d’une série d’erreurs d’analyse et le révélateur d’inquiétantes faiblesses.  La détermination du député a également été sous-évaluée par les proches d’Emmanuel Macron, convaincus que le mathématicien n’aurait pas le cran de se présenter hors parti s’il n’était pas investi.

L’autre erreur de La République en marche est sans doute le mode de désignation du candidat à Paris. Balayant d’un revers de main la demande d’une primaire ouverte, et alors que quatre des six candidats, avaient réclamé la tenue d’une “consultation citoyenne”, LaREM a opté pour un process de désignation, somme toute peu démocratique. Au terme de quarante-cinq minutes d’audition à huis clos des trois challengers, le candidat officiel du parti a été désigné à main levée et à l’unanimité, par les membres de la commission “ad hoc”.

Beaucoup estiment enfin que la présence de deux candidats se revendiquant du parti présidentiel offrirait un boulevard à la maire socialiste sortante, Anne Hidalgo, pour sa réélection. Au vu des scores d’En marche à Paris lors de la présidentielle et des législatives de 2017, Benjamin Griveaux pouvait faire figure de favori pour défaire la maire socialiste. Cette dernière pourrait désormais se contenter des divisions qui minent le parti présidentiel.

“Laver l’affront, par l’exclusion?”

Sorte de catharsis, la question d’une exclusion de Cédric Villani de la République En Marche va désormais se poser. Stanislas Guérini, le délégué général de LaREM, aurait assuré qu’il serait évincé du parti “à la minute même où il officialiserait sa contre-candidature“. Le député de l’Essonne s’est en outre fait rappeler à l’ordre par le président de l’Assemblée nationale : “Cédric est mathématicien, mais il faudrait qu’il soit bon calculateur. La division, c’est l’échec. Le rassemblement, c’est la victoire” a indiqué Richard Ferrand. Et de tacler :  “Il a été investi par La République en marche, c’est comme ça qu’il est devenu député. A l’époque, il n’a pas contesté le choix de la Commission nationale d’investiture.

Invité dimanche de “BFM Politique” le président du groupe LaREM à l’Assemblée, Gilles Le Gendre s’est dit en revanche hostile à toute sanction contre le député de l’Essonne, ou ses soutiens. “Je veux la victoire de Benjamin Griveaux, et elle passera forcément par un rassemblement“, a déclaré le patron des marcheurs. Et d’ajouter : “Si on veut penser au rassemblement, le meilleur moyen de le préparer n’est certainement pas de créer des clivages par des sanctions et des divisions.

Benjamin Griveaux ne veut pas la guerre avec Cédric Villani et tient à le faire savoir, à ses troupes. “Pas de guerre fratricide” indique l’ancien porte-parole du gouvernement dans un mail adressé aux marcheurs de la capitale deux jours avant l’annonce de sa candidature par M. Villani.

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