Édouard Philippe : le nouveau Premier ministre qui dynamite la Droite

Au lendemain de son investiture, le président de la République a dévoilé ce lundi l’identité du nouveau locataire de Matignon. Édouard Philippe, député-maire du Havre, un proche d’Alain Juppé, devient ainsi le 23e premier ministre de la Ve République. Une nomination entre cohabitation et ouverture à droite qui fracture les rangs des Républicains.

Il aura fallut attendre plusieurs heures avant que le nouveau secrétaire général de l’Elysée,  Alexis Kohler, annonce lundi peu avant 15 heures la nomination d’Édouard Philippe au poste de premier ministre.

Un juppéiste du premier cercle
Peu connu du grand public, cet énarque de 46 ans, maire du Havre et député de Seine-Maritime depuis 2012 fait partie de la garde rapprochée d’Alain Juppé. Juppéiste du premier cercle, il a été notamment le porte-parole du maire de Bordeaux lors de la campagne pour la primaire de la droite et du centre. Symbole de la recomposition de l’échiquier politique voulue par Emmanuel Macron, le nouveau Premier ministre est pour autant loin d’être un pilier du parti Les Républicains (LR).
Le portrait du nouveau premier ministre

Une nomination saluée par le président du Modem, François Bayrou, qui s’est dit lundi « très heureux »  du choix d’Édouard Philippe à Matignon, « en raison de ses qualités humaines et de la recomposition qui est ainsi promise à la France« . Un choix également approuvé par la  vice-présidente du parti, Marielle de Sarnez, qui a  salué plus tôt dans la journée cette nomination, y voyant « un signal de large rassemblement et de recomposition politique« .

Ni cohabitation, ni ouverture à droite, cette nomination est toutefois avant tout de la part du nouveau président un formidable « coup politique » qui dynamite les rangs du parti LR, à quelques semaines des élections législatives. Nul doute qu’elle place la droite face à ce qu’elle redoute depuis longtemps : une fracturation entre son aile modérée et son aile dure.

 Une nomination qui fragmente les rangs de LR

Les réactions à la nomination du maire du Havre n’ont pas tardé dans les rangs des Républicains, illustrant à l’extrême l’écartèlement du parti. D’un côté, les figures de la droite juppéiste et modérée se sont félicitées de ce choix, se déclarant prêtes à jouer le jeu de la recomposition. « Je ne crois pas qu’Emmanuel Macron veuille casser la droite. » Sa mission c’est de faire réussir le pays », a ainsi expliqué, ce mardi Nathalie Kosciusko-Morizet, sur France inter, à propos du nouveau président de la République : « S’il y a de bonnes réformes alors nous devons être constructifs. ».

Une position qu’ont fait leur une vingtaine d’élus LR, parmi lesquels Bruno Le Maire et plusieurs de ses proches, des juppéistes (Dominique Bussereau, Benoist Apparu…), Christian Estrosi,  ou encore des proches de Xavier Bertrand ou de Jean-Louis Borloo. Le nouveau premier ministre à peine entré en fonctions, ils ont appelé à « être au rendez-vous de l’intérêt général« , invitant leur famille politique à « répondre à la main tendue » par le nouveau président.

Interrogé sur cette nomination, François Baroin a de son côté regretté un « choix individuel« . « C’est une tactique, un débauchage à l’ancienne, qui fleure bon les chrysanthèmes de la IVe République« , a souligné l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy qui dit cependant ne pas craindre d' »appel d’air« . « La meilleure garantie d’avoir une politique de droite, c’est de voter pour les candidats de la droite et du centre aux législatives. » Une position que fait également sienne le député LR Eric Ciotti qui a déploré qu’Edouard Philippe « troque ses convictions et participe à l’opération de déstabilisation de la droite et du centre menée par Macron« .

Une situation qui a immédiatement conduit le parti à clarifier les choses dans un communiqué, pour expliquer qu’avec la nomination d’Édouard Philippe « il ne s’agit en aucun cas d’une coalition gouvernementale mais bien d’une décision individuelle. Nous la regrettons ». Reste maintenant à savoir quelle sera l’ampleur de la déstabilisation au sein de la droite.

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