Elections européennes : le casse tête des 34 listes

 

Elles seront trente-quatre listes à s’aligner ce dimanche sur la ligne de départ. Pour autant, elles ne jouent pas la partie à armes égales. Quelles sont les personnalités marquantes de chacune de ces listes ? Leur appartenance politique ? Leurs propositions phares ? Le poids que chacune pourrait représenter dans le futur parlement européen. Décodage des informations essentielles sur les trente-quatre candidatures au scrutin européen.

C’est un nombre record qui est proposé aux électeurs français pour le scrutin de ce dimanche. Comme l’Allemagne (41 listes), la France a enregistré une explosion des listes validées pour ces élections européennes. Un record bien supérieur aux 20 listes qui avaient été déposées en 1999, date du dernier scrutin des européennes avec une circonscription unique. Reste que tous n’ont pas la même chance d’être élus, même si vous votez pour eux. Notamment en raison du morcellement du paysage politique français, en particulier de la Gauche. Nous avons donc fait le choix de mettre en avant les listes qui ont de sérieuses chances de décrocher au moins un des 74 sièges en jeu (79 après le départ effectif du Royaume-Uni de l’Union européenne).

En l’état actuel des sondages, seules six listes dépasseraient le seuil des 5% nécessaires pour obtenir un siège au Parlement, selon le dernier sondage “rolling” de l’Ifop, publié, mardi 21 mai. Dans l’ordre des résultats : Jordan Bardella (RN, 24%), Nathalie Loiseau (LaREM, 23%), François-Xavier Bellamy (LR, 14%), Manon Aubry (LFI, 8,5%), Yannick Jadot (EELV, 6,5%) et Raphaël Glucksmann (PS-Place Publique, 6%).

Quelles sont les propositions de ces différentes listes ? Quel est l’avenir de leurs candidat(s) élu(s) au Parlement européen ?

Les six principales têtes de listes


Liste "Renaissance"
(La REM, Modem, Agir)
Nathalie Loiseau, jusque-là ministre des Affaires européennes, a pris la tête de la liste de la majorité présidentielle. Plusieurs écologistes y figurent en position éligible, comme l'ancien président du WWF Pascal Canfin (2e) et l'eurodéputé sortant Pascal Durand (18e). Le thème de " l'Europe qui protège"est au centre du programme de La REM composé de 79 propositions. Plusieurs sont centrées sur la transition écologique, comme la sortie du glyphosate d'ici 2021, la taxation du carbone pour les produits importés en Europe ou, la création d'une banque européenne pour le climat. Sur le plan fiscal et social, les marcheurs souhaitent instaurer une taxation européenne des grandes entreprises de l'économie numérique (les GAFA). La création d'un SMIC européen fait également partie des mesures phares. Et sur le plan économique, la mise en oeuvre d'un budget de la zone euro.
Sans alliance historique à l'échelle européenne, La REM cherche à "faire éclater les deux principales formations" présentes au Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D), afin de constituer un large bloc central. Les 20 à 21 sièges qu'elle pourrait obtenir, s'inscriraient dans le groupe centriste de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), qui pourrait passer de 68 à plus de 100 sièges.
Les responsables de La REM voient plus loin et espèrent créer une "alliance des progressistes" qui irait au-delà des frontières actuelles de l’ADLE. Ils ont notamment dans leur viseur, des sociaux démocrates venus d’autres pays.

  


Liste "Prenez le pouvoir"
Rassemblement National (RN)

Marine Le Pen a choisi Jordan Bardella pour mener sa liste. Adhérent au RN depuis ses 16 ans, le candidat de 23 ans en est aujourd'hui le porte-parole, en plus d'être conseiller régional d'Ile-de-France. La numéro 1 du RN n'en porte pas moins la campagne des européennes.
Parmi les douze premiers candidats de la liste, figurent la conseillère régionale Hélène Laporte, l'ancien député transfuge du LR Thierry Mariani, la députée européenne Dominique Bilde et l'essayiste Hervé Juvin ainsi que l'avocat Gilbert Collard, actuellement député, en position éligible.
Le 15 avril dernier, le RN a présenté son programme pour l'UE intitulé "Pour une Europe des nations et des peuples", où l'immigration occupe une bonne place. Le parti d'extrême droite propose de sortir de la logique de libre circulation de Schengen et de " rétablir le contrôle aux frontières nationales" mais également, "d'en finir avec la concurrence déloyale organisée par Bruxelles" " en abrogeant notamment la directive sur le travail détaché. Il veut aussi rétablir des protections douanières (taxes, quotas et contingentements) aux frontières de l’Europe.
Les 23 ou 24 sièges que pourraient obtenir le RN rejoindrait un groupe "Europe des nations et des libertés" (ENL), dans lequel siègent des députés populistes de différents pays (dont ceux du RN). Il pourrait doubler son nombre de députés, passant à plus de 70. Cette "alliance des populistes" est portée, notamment, par le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini et par Marine Le Pen.

  


" Liste Union de la Droite et du Centre "
Les Républicains (LR)
Après avoir gravité plusieurs mois autour de 10 %, le sondage Ifop du 16 mai évalue les intentions de vote en faveur des Républicains à 14 %.C'est le philosophe et adjoint au maire de Versailles François-Xavier Bellamy qui a été choisi, sur proposition du président du parti Laurent Wauquiez, pour prendre la tête de la liste LR. Laurent Wauquiez a défendu en parallèle la nomination de deux personnalités plus consensuelles à la deuxième et la troisième places de la liste : Agnès Evren, vice-présidente de l'Ile-de-France, candidate putative à la mairie de Paris et proche de Valérie Pécresse. Et l'eurodéputé sortant Arnaud Danjean : ancien soutien d'Alain Juppé, spécialiste des questions de sécurité et de défense.
Le programme dévoilé le 16 mars met l’accent sur des thèmes sécuritaires comme l'immigration et le protectionnisme. Intitulé " Pour la France : transformer l’Europe", il propose notamment de réduire le poids de la Commission, de "transformer radicalement la politique européenne de concurrence" ou encore de "pérenniser le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures" tant que les frontières extérieures ne sont pas efficaces. Il suggère d'inscrire les "racines judéo-chrétiennes de l’Europe, ainsi que l’héritage gréco-romain et celui des Lumières" dans les traités européens et dans "une nouvelle charte européenne des valeurs et des devoirs" à laquelle devrait adhérer tout étranger souhaitant le renouvellement de son titre de séjour.
Pour LR, l’objectif est d’essayer de recoller au peloton de tête pour pouvoir affirmer que « la droite est de retour ». C'est sans compter sur Les centristes de l’Union des démocrates et indépendants qui ont décidé de faire cavalier seul en présentant une liste conduite par Jean-Christophe Lagarde.
Les Républicains n’ont pas prévu de bousculer leurs habitudes à Strasbourg. Ils devraient continuer de siéger au sein du groupe du Parti populaire européen (PPE), principale force du Parlement. "Pour que la France soit entendue, il faut pouvoir peser au sein de ce groupe", a expliqué François-Xavier Bellamy.Ce dernier devrait d’ailleurs rester le groupe le plus important numériquement, avec près de 170 élus (contre 218 actuellement) selon les projections.

  


Liste La France Insoumise (LFI)

Ancienne responsable du lobbying au sein de l’ONG Oxfam France, où elle était spécialiste des sujets liés à l’évasion fiscale, Manon Aubry a été choisie par Jean-Luc Mélenchon pour mener la liste LFI aux élections européennes. Son profil pro-européen est pourtant assez éloigné du discours sur l'UE porté par les Insoumis lors de la présidentielle de 2017. Cette spécialiste des questions d'évasion fiscale et d'inégalités, âgée de 29 ans, souhaite "répondre aux urgences de l'injustice fiscale [...] et climatique [...] et offrir des réponses politiques le plus rapidement possible". Manuel Bompard, coordinateur de la France insoumise, est placé en seconde position, suivi de Leïla Chaibi, militante associative, puis de Younous Omarjee et d'Anne-Sophie Pelletier, syndicaliste. L'actuel député européen Emmanuel Maurel, qui avait quitté le PS pour rejoindre la France insoumise début octobre, est placé en sixième position.
Dans son programme, LFI propose notamment :

  • la sortie des traités européens pour aboutir à un nouveau traité fondateur
  • de bloquer la contribution française au budget européen tant que l’UE continue de promouvoir la concurrence déloyale, le travail détaché, les délocalisations internes
  • de confier l’initiative des actes législatifs au Parlement européen et créer un mécanisme de « carton rouge » permettant aux Parlements nationaux de bloquer un texte européen
  • d'atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050 et de proposer un plan européen de sortie concertée du charbon et du nucléaire dans l’UE pour aller vers 100 % d’énergies renouvelables en 2050.
  • Les 9 à 10 futurs élus de la France insoumise devraient eux aussi rester fidèles au groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE).

      


    Liste Europe Ecologie
    Ephémère candidat d’EELV à l’élection présidentielle de 2017, et député européen depuis 2009, Yannick Jadot, 51 ans est la tête de liste du parti pour les Européennes de la liste Europe Ecologie. Michèle Rivasi, également députée européen, en un la numéro 2.
    Proposant une alternative à l'Europe d'Emmanuel Macron, le parti prône un "Green New Deal" de 100 milliards d'euros pour les énergies renouvelables et l'isolation des logements. Il propose aussi notamment, un traité environnemental, la mise en place d’un protectionnisme vert avec une taxe carbone aux frontières et une taxe sur les déchets ainsi que la suppression des accords de libre-échange (Ceta, Mercosur, Jefta).
    Le parti crédité de six ou sept sièges, rejoindra les rangs du le groupe des Verts/Alliance libre européenne (ALE). Les futurs députés européens écologistes continueront de siéger au sein du groupe des Verts/Alliance libre européenne (ALE), qui devrait se maintenir autour d’une grosse cinquantaine de sièges.

      
    Liste "Envie d'Europe écologique et social"
    Aliance entre le Parti socialiste (PS), le mouvement citoyen Place publique (PP) et le mouvement Nouvelle Donne (ND)
    A 39 ans, Raphaël Glucksmann est entré dans l’arène politique en lançant à l’automne 2018 le parti Place publique. Son but affiché : unir les différentes forces de gauche en vue des européennes. A l’arrivée, seul le Parti socialiste et Nouvelle Donne ont répondu à l’appel. Tête de liste de cette alliance, l'essayiste est crédité de 6% des intentions de vote. Du côté du Parti socialiste, ce sont Sylvie Guillaume, vice-présidente du Parlement européen et Eric Andrieu, l'eurodéputé socialiste qui occupent respectivement la 2ème et 3ème place. Le programme de la liste dévoile plusieurs "combats communs" avec le PS :
  • un "Erasmus pour tous" avec une bourse allant jusqu'à 5 000€ proposée à des jeunes entre 16 et 25 ans sur la base d’un projet éducatif, de formation, professionnel ou associatif
  • des ressources propres pour l'UE : "un impôt européen sur les bénéfices des sociétés, une taxe aux frontières de l’Union
  • ou encore l'extension de la législation européenne aux nouveaux OGM et "l’étiquetage obligatoire des denrées alimentaires contenant des OGM
  • “En queue de peloton, l'alliance PS-Place Publique, peut espérer décrocher 4 à 5 sièges au Parlement européen. Les futurs élus de la liste devraient siéger au sein du groupe des Socialistes et démocrates (S & D). Aucun d’entre eux n’a pour le moment répondu favorablement à la main tendue par Emmanuel Macron. Certains candidats auraient émis l’idée de rejoindre le groupe des Verts, comme l’économiste Aurore Lalucq, en quatrième position sur la liste./p>

      
    Les listes qui n’atteignent pas 5%

    Elles sont avant tout synonymes de “dispersion des voix”. Les sièges au Parlement européen sont en effet attribués selon les règles de la représentation proportionnelle, au scrutin de liste à la plus forte moyenne. Pour participer au partage des sièges, une liste doit donc recueillir au moins 5 % des suffrages exprimés. Selon le dernier “Euro rolling” de l’ifop du mardi 21 mai, “Debout La France (DLF Nicolas Dupont-Aignan, 4%), le PCF (Ian Brossat, 3,5%), Génération.s (Benoît Hamon, 2,5%), Les Patriotes (Florian Philippot, 1,5%), l’UDI (Jean-Christophe Lagarde, 1.5%), l’UPR (François Asselineau, 1%), l’Alliance jaune (Francis Lalanne, 1%), Urgence écologie (Dominique Bourg, 0,5%) et LO (Nathalie Arthaud, 0,5%) n’atteindraient ainsi pas le seuil requis pour y siéger à Bruxelles. Néanmoins, les deux premières qui franchissent la barre des 3 % se verront rembourser leurs frais de campagne.

    Liste "Le courage de défendre les français avec Nicolas Dopont-Aignan"
    Debout la France (DLF)
    La liste dirigée par M. Dupont-Aignan recueillerait actuellement 4,5 % des intentions de vote. On y retrouve la lanceuse d’alerte Stéphanie Gibaud, ancienne cadre d’UBS, et Jean-Philippe Tanguy, un fidèle du parti, en 2e et 3e positions. DLF défend une renégociation des traités européens afin que la France puisse notamment "contrôler ses frontières, expulser les clandestins et préserver son mode de vie sans rendre de compte à personne".

      


    La liste "Pour l'Europe des gens contre l'Europe de l'argent"
    Parti communiste français (PCF)
    Le PCF recueillerait aujourd'hui 3,5 % des voix. Ian Brossat, l'adjoint à la maire de Paris et le porte-parole du parti depuis fin 2018, dirige la liste. Suivent Marie-Hélène Bourlard ainsi que les deux eurodéputés sortants Patrick Le Hyaric et Marie-Pierre Vieu. Trois gilets jaunes figurent également sur cette liste.
    Le projet du parti vise notamment à "rompre avec l’Europe de la concurrence, de l’austérité et du chômage" avec un "plan d’urgence pour les services publics", à s'attaquer à "l’emprise des marchés sur les politiques européennes" avec un "plan de justice fiscale", à permettre à la France de "négocier librement les contours de sa participation à l’UE, ou encore à "s'affranchir de l'OTAN" et à "accueillir les migrants dans le respect de leurs droits".

      

    Suivent ensuite huit listes, qui recueillent actuellement entre 2,5% et 0,5% des intentions de vote. Parmi celles-ci, la “liste citoyenne du printemps européen” de l’ancien candidat socialiste à la présidentielle de 2017, Benoît Hamon (2%), celle de l’union des Démocrates et Indépendants (UDI) du centriste Jean Christophe Lagarde (1,5%), défenseur de la construction européenne, favorable à une UE fédérale, la liste “les Patriotes” défendue par Florian Philippot (1,5%), celle de l’Union Populaire Républicaine (UPR) de l’ancien candidat à la présidentielle, François Asselineau (1%), celle de l’Alliance Jaune (1%) qui se revendique du mouvement des gilets jaunes, emmenée par le chanteur Francis Lalanne. Autour de 1% également, les listes “Parti animaliste” (1,5%), “Génération Ecologie, MEI, MDP” (1%), du  parti de Delphine Batho, et du Mouvement écologiste indépendant (MEI) d’Antoine Waechter, et enfin celle de Lutte ouvrière, Nouveau Parti anticapitaliste (0,5%) conduite par Nathalie Arthaud.

    Enfin, les listes ci-après n’ont pour l’heure enregistré aucune intention de vote. Nous vous invitons à retrouver leur programme, en ligne.

    Alliance RoyaleAllons enfants, Dissidence française, Démocratie représentative, Espéranto – Langue commune équitable pour l’Europe, Les oubliés de l’Europe, Mouvement pour l’initiative citoyenne, Neutre et actif, Parti des citoyens européens,Parti fédéraliste européen,Parti pirate, Décroissance 2019, Parti révolutionnaire Communistes, Union démocratique pour la Liberté Égalité Fraternité, Union démocratique pour la liberté, l’égalité et la fraternité (UDLEF ), Union des démocrates et musulmans français (UDMF) ,À voix égales,  Évolution citoyenne.

     

    Télécharger (PDF, 2.11MB)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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