Les vingt-sept visages de la Commission von der Leyen

Un bon équilibre politique, une parité jusqu’alors jamais atteinte, un benjamin de 29 ans, dix-neuf nouveaux venus et de fortes personnalités. Qui sont les vingt-sept visages de la nouvelle Commission européenne ? Quel est leur parcours, leurs missions ? Tour d’horizon de l’équipe dirigée par l’Allemande Ursula von der Leyen, qui prend ses fonctions dimanche.

Mission accomplie pour Ursula von der Leyen. Mettant fin à des semaines de tractations et d’auditions souvent houleuses, le Parlement européen a approuvé mercredi 27 novembre la nouvelle Commission à une large majorité (461 voix sur 707 votants). Pour obtenir un consensus le plus large, la nouvelle présidente de l’exécutif européen, qui prendra ses fonctions ce dimanche, a procédé jusqu’à la dernière minute à des ajustements. Au final, le résultat est intéressant, avec une Commission plutôt équilibrée. D’abord sur le plan politique, grâce à un triumvirat des trois grands partis. Au sein de cette nouvelle commission, siègeront en effet dix membres du Parti Populaire Européen (PPE) de centre-droit, neuf du groupe des sociaux démocrates (S&D) et six centristes libéraux du groupe Renew Europe (auxquels il faut ajouter un du groupe souverainiste ECR).

Mais aussi sur le plan de la parité. La nouvelle commission compte au sein de son collège 13 femmes sur 27 membres (44,4 %). Il s’agit du taux le plus élevé depuis sa création en 1957 par le traité de Rome. Un record donc, même si la stricte égalité n’est toujours pas atteinte. Après avoir relevé la quasi parité de son équipe, la nouvelle patronne de l’exécutif a indiqué lors de son discours : « En tant que 1ère femme présidente de la Commission, chaque membre de mon collège disposera d’un gouvernement équilibré pour la toute première fois. D’ici la fin de notre mandat, l’égalité des sexes à tous les niveaux de la direction sera mise en place pour la première fois« .

La présidente : Ursula von der Leyen (Allemagne) 

Première femme a présider la commission, Ursula von der Leyen, née à Bruxelles, a navigué dans le cocon d’une élite européenne privilégiée. Son père, Ernst Albrecht, était un haut fonctionnaire auprès du premier président de la Commission, Walter Hallstein.  A 61 ans, cette mère de sept enfants, médecin de formation, s’engage tardivement au sein de la CDU allemande au début des années 2000. Elle est repérée par Angela Merkel qui l’embarque dans sa campagne en 2005. Attirée par ce profil atypique, Angela Merkel lui confie des responsabilités croissantes: le portefeuille de la Famille, puis le Travail et enfin la Défense à partir de 2013. Trilingue (français, anglais, allemand), décrite comme médiatique et ambitieuse, elle a souvent agacé tout au long de sa carrière. Elle a pourtant séduit le président français qui pose son nom sur la table, début juillet, impressionné lors d’un rendez-vous au mois de juin, en marge du Salon du Bourget. Très proche de la chancelière allemande, elle sait aussi que l’ère Merkel touche à sa fin en Europe. Elle va donc devoir manœuvrer entre les ambitions d’Emmanuel Macron et les contraintes européennes.

La présidente de la Commission agit, peu ou prou, comme un chef de gouvernement. Elle préside l’exécutif européen, est responsable du travail de la Commission, établit l’agenda politique de l’Union Européenne (UE) et siège au Conseil européen pour rendre des comptes aux chefs d’Etat et de gouvernement. Ursula von der Leyen a présenté aux députés européens son programme pour les cinq années à venir : un pacte vert européen pour parvenir à la neutralité carbone en 2050, une réforme du droit d’asile à l’échelon européen, un droit d’initiative pour le Parlement, une assurance chômage européenne ainsi qu’un salaire minimum.

Les trois vice-présidents exécutifs 

La nouvelle commission compte trois vice-présidents exécutifs.  Ils exerceront une double fonction, assumant à la fois la vice-présidence pour une des trois priorités du programme de la présidente élue, et la charge de commissaire.

Climat : Frans Timmermans
Vice-président exécutif en charge du Green deal européen
Pays : Pays Bas 🇳🇱
Groupe : S&D, sociaux-démocrates
Age : 58 ans

Figure clé de la précédente commission et bras droit de Jean-Claude Juncker, il était le Spitzenkandidat des sociaux-démocrates aux dernières élections européennes. Il a échoué dans sa tentative de diriger la nouvelle commission. Polyglotte, cet ancien ministre des affaires étrangères néerlandais, s’est distingué en tant qu’orateur et défenseur de la ligne stricte envers les dérives anti-libérales de certains gouvernements.

En tant que vice-président exécutif, Frans Timmermans présidera le collège en l’absence de la présidente. Il  est en charge du Green deal européen (« Pacte Vert »), l’une des priorités du nouvel exécutif européen, et commissaire à la Lutte contre le changement climatique. Il dirigera également la mise en place d’un Fonds pour une transition juste, ainsi que les stratégies pour la protection de la biodiversité, pour une alimentation durable et une économie circulaire.

Concurrence et Numérique : Margrethe Vestager
Vice-présidente exécutive chargé du Numérique
Pays: Danemark 🇩🇰
Groupe : Renew Europe
Age : 51 ans

Autre prétendante malheureuse à la présidence de la Commission, la danoise Margrethe Vestager conserve le portefeuille de la Concurrence dont elle a eu la charge sous la commission Juncker. Elle voit sa position renforcée avec un champ d’action étendu au numérique, autre chantier clé de la nouvelle Commission. Vice-reine d’Europe selon la chancelière Merkel, cette ancienne ministre de l’Économie et de l’Intérieur (2011-2014) s’est forgée une réputation d’intransigeance lors de son premier mandat, marqué par le redressement fiscal infligé à Apple et le rejet de la fusion Alstom/Siemens.

Elle travaillera en premier lieu sur l’intelligence artificielle, et sera chargée d’introduire une taxe sur le numérique. Elle devra définir une stratégie industrielle sur le long terme, ainsi qu’une stratégie pour les petites et moyennes entreprises (PME), en collaboration avec le vice-président exécutif, Valdis Dombrovskis.

Concurrence et Numérique : Valdis Dombrovskis
Vice-président exécutif pour l'Economie
Pays: Lettonie 🇱🇻
Groupe : Parti Populaire Européen (PPE)
Age : 48 ans

Premier ministre de la Lettonie de 2009 à 2013, il a mis en oeuvre une cure d’austérité imposée par un plan de sauvetage international et a été l’artisan de l’adhésion de son pays à la zone euro. Vice-président de la Commission européenne sortante chargé où il était chargé de l’Euro et du dialogue social, ce physicien et économiste de formation va notamment assurer la coordination des travaux sur l’Economie et superviser le travail pour approfondir l’Union économique et monétaire et finaliser l’union bancaire.

Les cinq vice-présidents

Diplomatie : Josep Borrell
Vice-président, Haut représentant aux Affaires étrangères
Pays: Espagne 🇪🇸
Groupe : Part Socialiste Européen (PSE)
Age : 72 ans

Ancien président du Parlement européen (2004-2007), nommé en 2018 ministre des Affaires étrangères de Pedro Sanchez, l’espagnol Josep Borrell revient sur le devant de la scène européenne en prenant la tête de la diplomatie de l’UE. Il sera le visage « géopolitique » de la nouvelle Commission, et à ce titre veillera à la concordance des politiques intérieures et extérieures de l’Union, celle de la Défense, notamment.

Valeurs et transparence : Věra Jourováaut
Vice-présidente aux Valeurs et à la Transparence
Pays : Tchéquie 🇨🇿
Groupe : Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe (ALDE)
Age : 55 ans

Membre du parti politique libéral ANO depuis l’année de sa création en 2012 et proche de l’actuel Premier ministre de la République Tchèque, Andrej Babiš , Věra Jourováaut dirigera le groupe « nouvel élan pour la démocratie européenne« . Elle coordonnera à ce titre le travail de la Commission sur les questions d’État de droit, en lien avec Didier Reynders. Une partie de son travail consistera aussi à renforcer le système démocratique européen, notamment en améliorant le système des Spitzenkandidaten et en favorisant l’émergence de listes transnationales lors des élections européennes.

Migration, sécurité, immigration : Margaritis Schinas
Vice-présidente chargé de "Promouvoir le mode de vie européen"
Pays : Grèce 🇬🇷
Groupe : Parti populaire européen (PPE)
Age : 57 ans

Originaire d’un pays particulièrement concerné par le dossier migratoire, cet ancien député européen, qui était porte-parole en chef de la Commission européenne depuis 2014, est un fin connaisseur de la mécanique bruxelloise. En tant que commissaire chargé de « promouvoir le mode de vie européen« , il sera chargé de coordonner les travaux d’un groupe de commissaires sur la question, que cela soit sur les politiques extérieures ou au sein de l’Union européenne.

Relations interinstitutionnelles : Maros Sefcovic
Vice-présidente aux Relations inter-institutionnelles et à la Prospective
Pays : Slovaquie 🇸🇰
Groupe : Parti socialiste européen (PSE)
Age : 53 ans

C’est le troisième mandat de ce Slovène au sein de la Commission européenne.  Vice-président de la Commission sortante chargé de l’Énergie, il s’occupera cette fois des relations avec le Parlement européen et les parlements nationaux.

Démocratie et démographie : Dubravka Šuica
Vice-présidente à la Démocratie et à la Démographie
Pays : Croatie 🇭🇷
Groupe : Parti Populaire Européen (PPE)
Age : 62 ans

Maire de Dubrovnik de 2001 à 2009, puis députée au Parlement croate et députée européenne, elle sera responsable de la mise en place de politiques à destination de l’enfance et des droits de l’enfant, mais aussi des populations actives. Sa mission pour la démocratie passera notamment par l’organisation, avec le Parlement et le Conseil, d’une Conférence sur le futur de l’Europe, annoncée pour 2020. En lien avec les vice-présidents Šefčovič et Jourová, elle aura pour tâche d’accompagner la traduction des conclusions de cette conférence en mesures concrètes.

Les dix-huit commissaires

Johannes Hahn (Autriche) : « Budget et administration »

Membre du PPE et commissaire sortant, l’Autrichien Johannes Hahn (61 ans) enchaîne avec la Commission von der Leyen, son troisième mandat. Auparavant commissaire à la Politique régionale, il est cette fois en charge du Budget et de l’Administration. Il assurera à ce titre, la cohérence budgétaire de l’institution.

Thierry Breton (France) : « Marché intérieur »

Commissaire au marché intérieur, Thierry Breton (64 ans),  ancien PDG du groupe informatique Athos, a remplacé Sylvie Goulard, premier choix d’Emmanuel Macron. Le français qui siège en indépendant hérite d’un large portefeuille couvrant le marché unique et le numérique. Il inclut aussi bien des missions liées à l’Intelligence artificielle qu’au Fonds européen de défense, ou à la propriété intellectuelle.

Virginijus Sinkevičius (Lituanie) : « Environnement, océans et pêche » 

Le Lituanien, Virginijus Sinkevicius, est à 29 ans, le benjamin de la nouvelle Commission et plus jeune commissaire européen de l’Histoire. Siégeant au sein du groupe écologiste Verts/ALE, il sera chargé de la protection de l’environnement et des industries liées à la mer.

Mariya Gabriel (Bulgarie) : « Innovation et jeunesse »

La Bulgare Mariya Gabriel (40 ans), est la commissaire sortante à l’Économie numérique, où elle s’est illustrée par son action contre la désinformation en ligne. Membre du PPE, elle prend en charge désormais celui de l’innovation et de la jeunesse.

Jutta Urpilainen (Finlande) : « Partenariats internationaux »

A 44 ans, la Finlandaise Jutta Urpilainen (S&D), ancienne ministre des Finances et vice-Première ministre de la Finlande, sera responsable des partenariats internationaux. Elle aura comme mission principale de définir de nouveaux partenariats. Elle devra particulièrement travailler sur une stratégie globale pour l’Afrique.

Elisa Ferreira (Portugal) : « Cohésion et réformes »

Economiste et femme politique (S&D), elle occupe la fonction de vice-gouverneur de la Banque du Portugal depuis 2016. Membre du Parlement européen pendant de nombreuses années, après avoir été ministre de la planification puis de l’environnement dans son pays, elle hérite à 64 ans de la direction du portefeuille « Cohésion et réformes ». Elle travaillera sous l’autorité du vice-président exécutif pour l’Economie, Valdis Dombrovskis.

Kadri Simson (Estonie) : « Energie »

L’Estonienne Kadri Simson (Renew Europe) a été ministre des Affaires économiques et des infrastructures dans son pays. A 44 ans, elle se voit confier le portefeuille de l’énergie. A ce titre elle devra notamment coordonner la transformation du modèle énergétique européen vers un modèle plus efficace et renouvelable, en conformité avec les engagements des pays de l’UE avec l’Accord de Paris.

Stella Kyriakides (Chypre) :  « Santé »

Elue députée pour le Rassemblement Démocrate en 2006, Stella Kyriakides a ensuite été réélue deux fois à ce poste. De fin 2017 à début 2018, elle a également été présidente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. La chypriote, membre du Parti populaire européen (PPE), dirige le portefeuille de la santé. Sous la supervision du vice-président exécutif Frans Timmermans, elle devra notamment mettre en oeuvre certains volets du Pacte vert européen.

Ylva Johansson (Suède) : « Affaires intérieures »

Agée de 55 ans, la suédoise (S&D) a été ministre du travail et membre du parlement suédois, avant d’intégrer la Commission. Commissaire proposée aux Affaires intérieures, Ylva Johansson sera chargée des migrations, de l’asile et de la sécurité intérieure. Elle aura notamment pour responsabilité de réformer les règles de l’asile actuel. Une autre partie de son travail sera consacrée à la prévention du terrorisme.

Nicolas Schmit (Luxembourg) :  » Emploi et aux droits sociaux »

Le Luxembourgeois Nicolas Schmit (S&D), 65 ans, a notamment été ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Économie sociale et solidaire et ambassadeur représentant permanent du Luxembourg auprès de l’UE.  il sera chargé de renforcer la dimension sociale de l’Europe, notamment par l’instauration d’un salaire minimum dans toute l’UE.

Janez Lenarčič (Slovénie) : « Gestion des crises »

Le Slovène (indépendant), 52 ans, ambassadeur représentant permanent de son pays auprès de l’UE, a été entre autres secrétaire d’État aux affaires européennes. Il  se voit confier le portefeuille Gestion des crises. A ce titre, il sera en charge de la politique de protection civile et d’aide humanitaire.

Olivér Várhelyi (Hongrie) : « Voisinage et élargissement »

A 47 ans, le hongrois Oliver Varhelyi, (PPE), ambassadeur de son pays auprès de l’UE, a obtenu un portefeuille, après le rejet du premier candidat de Viktor Orban, Laszlo Trocsanyi. En tant que commissaire chargé du Voisinage et de l’Elargissement, sa mission dans un premier temps, sera notamment de poursuive les négociations avec la Macédoine du Nord et l’Albanie. Sa feuille de route ne prévoit pas de nouvelles négociations avec la Turquie, mais il devra poursuivre le partenariat avec ce pays.

Phil Hogan (Irlande) : « Commerce »

Précédemment commissaire à l’Agriculture, l’Irlandais Phil Hogan (PPE), 59 ans, change de secteur et prend en charge le portefeuille du Commerce. Cet ancien ministre de l’Environnement et des collectivités locales aura la responsabilité de gérer les tensions commerciales avec les États-Unis et devrait participer à la négociation de la future relation avec le Royaume-Uni.

Janusz Wojciechowski (Pologne) : « Agriculture »

Le Polonais Janusz Wojciechowski, 64 ans (CRE, souverainiste), membre de la Cour des comptes européenne et ancien président de la Cour des comptes de son pays, est chargé du portefeuille de l’Agriculture, un des plus importants de l’exécutif européen. Il devra mettre en place une politique agricole commune (PAC) moderne et simplifiée pour l’après 2020 et développer une vision sur le long terme pour les zones rurales.

Didier Reynders (Belgique) : « Justice »

Le Belge Didier Reynders, 61 ans (ADLE), ministre des Affaires étrangères et de la Défense, est un pilier de la scène politique dans son pays. Au sein de la nouvelle Commission, il s’est vu confier la Justice. Un portefeuille très important qui contient la responsabilité de l’état de droit, de la justice et de la protection des consommateurs.

Adina-Ioana Vălean (Roumanie) : « Transports »

La Roumaine Adina-Ioana Valean, 51 ans (PPE), eurodéputée, a été désignée après l’échec de la candidature de sa compatriote Rovana Plumb (S&D), recalée par les eurodéputés en raison d’un conflit d’intérêts. Nommée aux Transports, elle a dans sa lettre de mission la réforme du secteur, pour le rendre plus durable. Un objectif qui est l’un des principaux défis de la nouvelle Commission qui veut mettre en place un « New Green Deal« .  L’ambition est d’atteindre le « zéro pollution« , tout en réduisant les émissions dues au transport maritime et aérien.

Paolo Gentiloni (Italie) : « Economie »

Ancien chef du gouvernement, l’Italien Paolo Gentiloni (S&D), 65 ans, sera responsable de la conduite de la politique économique. Ce pourfendeur du populisme devra veiller au respect des règles budgétaires européennes par les États membres, surveiller leurs prévisions de croissance et la coordination de leurs politiques économiques, au sein des institutions européennes. Autre responsabilité : lutter contre la fraude et l’évasion fiscales.

Helena Dalli (Malte) : « Egalité »

En charge du portefeuille Égalité, la Maltaise Helena Dalli (S&D), 57 ans, a été ministre aux Affaires européennes et à l’Égalité, ainsi qu’au Dialogue social et aux libertés publiques, dans son pays. A l’origine de la mise en place en 2017, à Malte, des nouvelles lois protégeant les personnes transgenres et intersexes, et la légalisation du mariage homosexuel, elle aura pour mission de lutter contre les violences de genre en Europe.

Posted in Europe/Monde and tagged , .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *