Les mots de la campagne : « populisme »

L’étymologie du mot renvoie à un autre terme lui-même chargé d’ambiguïté: peuple. Né au XIXe siècle des deux côtés de l’Atlantique, le populisme symbolisait alors la mobilisation du peuple contre les élites. En mutation constante, il incarne aujourd’hui à lui seul l’angoisse démocratique du moment : Trump, Le Pen, Erdogan, ou encore Orban en Hongrie.

Mais il arrive que les mots s’emballent. Appliqués à tout un chacun, sans n’être quasiment jamais définis, ils ont alors tendance à se vider de leur sens et, finissent par ne plus être porteurs de la moindre signification, comme essoufflés par un usage débridé.

Celui de « populisme » est sur la bonne voie pour connaître ce funeste sort. Galvaudé lors de cette campagne, le terme est devenu une sorte de mot-valise péjoratif qui a perdu toute signification et empêche tout diagnostic pertinent comme le souligne le sociologue Edgar Morin. Le mot devient alors une arme pour essayer de décrédibiliser l’adversaire ou, tenter de l’éliminer

Une tactique retournée contre Emmanuel Macron, critiqué pour avoir choisi une stratégie électorale populiste, qui s’affranchit de la structure intermédiaire du parti.

Si être populiste, c’est parler au peuple de manière compréhensible sans passer par le truchement des appareils, je veux bien être populiste », explique le leader d’En Marche. « De ce point de vue, le Général de Gaulle l’était. » Et d’ajouter : « Mais il ne faut pas confondre avec la démagogie, qui consiste à flatter le peuple dans ce qu’il a de plus bas. Donc appelez-moi populiste si vous voulez. Mais ne m’appelez pas démagogue, car je ne flatte pas le peuple ».

L’élection présidentielle qui se profile est en cela emblématique qu’elle propose aux citoyens de faire un choix en toute conscience entre le libéralisme politique assumé d’Emmanuel Macron, indépendant des corps constitués, notamment des partis politiques, et la ligne politique du Front qui met en péril l’idée même de démocratie.

Marine Le Pen fait du populisme, le substrat de son parti. Mais à la différence d’Emmanuel Macron, son discours sort du champ du rationnel pour s’adresser aux passions et aux frustrations du peuple, sans recherche de l’intérêt général et, dans le but unique de gagner leur soutien. Cela s’appelle la démagogie.

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