Nomination du bureau de l’Assemblée : le « hold up » de la majorité

Ce mercredi 28 juin, à 15 heures, l’Assemblée nationale a  procédé à la nomination de son bureau composé de six vice-présidents, trois questeurs et douze secrétaires. En principe une simple formalité qui a toutefois donné lieu à une séance particulièrement houleuse qui s’est clôt par l’élection de six vice-présidents, tous issus de la majorité.

Des questeurs élus, une première

Chargés de superviser les finances de l’Assemblée nationale, les trois questeurs sont nommés par leurs pairs au début de chaque législature. La désignation de députés à ces postes clé est en principe une simple formalité puisque par tradition, ces derniers sont répartis entre la majorité qui en occupe deux et l’opposition qui s’en voit un attribuer un.

Cette seconde séance de travail à l’Assemblée a toutefois donné lieu à un « psychodrame ». Alors que les candidats désignés étaient Florian Bachelier et Laurianne Rossi (LREM) pour la majorité et Éric Ciotti (LR) pour l’Opposition, un troisième challenger s’est présenté en la personne de Thierry Solère, cofondateur du nouveau groupe de centre-droit Les Constructifs (Républicains, UDI et indépendants). Rompant  avec plus de cinquante ans de pratique parlementaire, les députés ont dû en raison de « ce grain de sable » de dernière minute, voter pour départager les candidats, au lieu de procéder, comme d’habitude à une simple nomination. « C’est la majorité qui choisit son opposition, ça n’est jamais arrivé !« , s’est indigné Christian Jacob dans l’hémicycle.

Le résultat de ce vote a été sans appel : 378 voix pour les deux députés de la République En Marche, qui sans surprise « décrochent » deux postes et 306 voix pour Thierry Solère, choisi pour représenter l’opposition. Eric Ciotti, le candidat Les Républicains, battu, ne recueillant que 146 suffrages. Un véritable camouflet pour la droite parlementaire qui compte en ses rangs, le plus grand nombre de députés. Une situation qualifiée par Eric Ciotti (LR) de « hold up institutionnel », rejoint en cela par Christian Jacob, patron des députés Les Républicains qui, jugeant la situation « extrêmement grave », a estimé qu’il n’y a plus de contrôle budgétaire à l’Assemblée.

Au-delà de la nomination des trois questeurs, ce « coup d’état » a chamboulé toute la séance. A la reprise des débats, les députés du groupe Les Républicains ont en effet refusé de siéger au bureau de l’Assemblée nationale, tant que les droits de l’opposition n’étaient pas rétablis. Une « posture » dénoncée par Richard Ferrand, président du groupe La République En marche, qui a conduit à une nouvelle interruption de séance.

            

Des vice-présidents tous élus de la majorité

Reprise de la séance à 22h35. Les Républicains refusant toujours de siéger au bureau de l’Assemblée, le président François de Rugy, annonce qu’il faut désormais procéder à l’élection des six vice-présidents. Nouveau coup de théâtre : l’ensemble des candidats appartiennent tous à la majorité : la République En Marche en présente en effet cinq auxquels s’ajoute un sixième présenté en dernière minute par le Modem, en raison de l’attitude des députés LR. Une décision dénoncée par Les Constructifs mais aussi la Nouvelle Gauche et la France insoumise, comme une manœuvre pour obtenir tous les pouvoirs. Mis en cause à différentes reprises, l’ancien ministre Richard Ferrand, président du groupe La République En Marche tente alors de dédiaboliser la situation, en indiquant « Dès que Les Républicains voudront reprendre leurs responsabilités, les candidats élus céderont la place. » Il est alors plus de 23h00. S’en suit, une violente passe d’armes entre Christian Jacob, le président du groupe Les Républicains, et le président du groupe Les Constructifs, Franck Riester.

Au final, après une reprise de séance vers 22h50, le scrutin pour l’élection des vice-présidents ouvre et vers 0h30, François de Rugy annonce les résultats : les six postes reviennent à la majorité : Carole Bureau-Bonnard (REM), Hugues Renson (REM), Danielle Brulebois (REM), Sacha Houlié (REM), Cendra Motin (REM) et Sylvain Waserman (MoDem) deviennent vice-président de l’Assemblée nationale.

Le fil intégral de la journée  du 28 juin.

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