Ordonnances de réforme du travail : réactions musclées des syndicats et politiques

Consultés pendant plusieurs mois, syndicats de salariés et représentants du Patronat ont été reçus à Matignon ce jeudi pour connaître enfin tous les détails de la réforme du Code du travail. Premier verdict des partenaires sociaux et des politiques sur les ordonnances présentées en fin de matinée par le Premier ministre, Édouard Philippe.

Les partenaires sociaux ont donc eu ce jeudi la primeur des 200 pages d’ordonnances présentées peu après dans la matinée par Édouard Philippe et la ministre du travail, Muriel Pénicaud lors d’une conférence de presse. Deux heures d’entretien à Matignon, et à l’arrivée des réactions très contrastés.

Philippe Martinez : CGT

Le patron de la CGT Philippe Martinez réagit vivement au contenu de ces ordonnances : « Toutes les craintes que nous avions sont confirmées et la crainte supplémentaire c’est évident et c’est écrit: c’est la fin du contrat de travail« , a-t-il estimé appelant « les travailleurs, les retraités et les jeunes à aller dans la rue le 12 septembre« , date à laquelle la centrale syndicale appelle à une journée de mobilisation.

Laurent Berger : CFDT

A sa sortie de Matignon,  la  CFDT s’est dite « déçue » par les ordonnances de réforme du Code du travail présentées par le gouvernement. Son secrétaire général, Laurent Berger, juge que « cette réforme n’est pas à la hauteur ». Il n’appellera toutefois pas à manifester contre le texte, jugeant que « le combat syndical ne se résume pas à la rue mais s’exerce tous les jours dans les entreprises« . Outre sa profonde déception sur la modernisation du dialogue social, le président de la CFDT a fait part de son inquiétude au sujet de certaines mesures, dont la possibilité ouverte aux entreprises de moins de 20 salariés de consulter leurs employés par référendum. « Le gouvernement a raté le coche pour moderniser les relations sociales en France et avancer vers une forme de démocratisation de l’entreprise« , a-t-il estimé.

Jean Claude Mailly : Force ouvrière

Le patron de FO, Jean-Claude Mailly, lui se garde de tout jugement définitif sur la réforme du Code du travail, même si « tout n’est pas parfait », reconnaît-il. « Nous allons examiner l’ensemble de ces textes, c’est évident, et on rendra un jugement définitif à la fin », a t-il indiqué à sa sortie de Matignon. « Il y a des points où ça a avancé, des points où on a éliminé des choses et des points de désaccord qui persistent« , a-t-il ajouté. Force ouvrière, qui a refusé de se joindre à l’appel de la CGT à manifester contre la réforme le 12 septembre, veut se donner le temps de l’explication. « Le débat va avoir lieu, y compris publiquement », a dit Jean-Claude Mailly. « Tout n’est pas parfait, loin s’en faut. »

Les organisations patronales

Pierre Gattaz : MEDEF

Le Patron des patrons salue la majeure partie du contenu des ordonnances, y voyant « un changement de philosophie » en mesure de redonner de la confiance aux entreprises. Une étape « importante et intéressante« . Parmi les bons points accordés par l’organisation patronale : la fusion de trois des quatre instances représentatives du personnel pour les entreprises de plus de 50 salariés, mais aussi, le plafonnement des dommages et intérêts pour licenciement abusif et la généralisation des CDI de projet. Pierre Gattaz regrette toutefois que la négociation dans l’entreprise n’ait pas été davantage simplifiée dans les entreprises de 50 à 300 salariés et dit craindre un « effet de seuil » angoissant pour les chefs d’entreprise.  Un point de vue encore incomplet ajoute t-il, puisque le « diable se cache dans les détails« .

François Asselin : CPME

Dans un communiqué, la Confédération des PME, estime qu' »après des mois de concertations et d’échanges le résultat est là« . « Plus qu’une victoire, la CPME voit ainsi plusieurs de ses revendications historiques satisfaites, notamment un changement en profondeur prenant en compte la réalité des petites entreprises. « Sur le champ social, beaucoup de nos propositions ont été retenues« , a déclaré François Asselin dans la cour de Matignon. « Bien souvent, nous avons été douchés dans ce genre d’exercice, avec parfois un pas en avant et deux pas en arrière. Mais aujourd’hui, nous avons des ordonnances particulièrement pragmatiques, qui collent à la réalité du terrain« , a-t-il souligné.

Alain Griset : U2P

L’Union des entreprises de proximité (U2P), qui rassemble artisans, commerçants et professions libérales, s’est dite « pleinement satisfaite » par les ordonnances perçues comme un « message très fort » en direction des chefs d’entreprises. « Aujourd’hui, je dois vous dire notre satisfaction d’avoir été entendu sur la quasi totalité des points que nous avions soulevés », a déclaré Alain Griset, président du mouvement patronal, à la sortie de la réunion entre gouvernement et partenaires sociaux à Matignon.

Les réactions des politiques

France Insoumise (FI) et parti communiste (PC)

Pour le député de la France Insoumise, Alexis Corbière, les ordonnances de réforme du code du travail représentent une « agression caractérisée » Évoquant « une nouvelle étape, hélas, de régression« , il a appelé les Français à « ne pas se laisser abuser » et à « donner une réponse à la hauteur de l’agression« , le 12 septembre lors de la journée d’action de la CGT et « une réponse citoyenne » le 23 septembre à Paris, à l’appel des Insoumis. « C’est un recul sans précédent de toute la logique protectrice de la loi du Travail «  a déclaré de son côté Charlotte Girard, une des porte-parole du mouvement. Un avis partagé par Olivier Dartigolles, porte-parole du Parti communiste français, pour qui « on retient quelque chose de très négatif, de très noir. C’est un texte et de droite et du Medef. Une vieille demande du patronat est aujourd’hui satisfaite (…). 

Parti socialiste

Le parti socialiste dans un communiqué estime que « les ordonnances reposent sur un déséquilibre dans la relation entre les employeurs et les salariés que le Parti socialiste ne peut soutenir ». Pour le PS « La présentation des ordonnances aujourd’hui par le Premier ministre et la ministre du Travail a confirmé de nombreuses craintes qui s’étaient fait jour au cours de la concertation avec les organisations syndicales et patronales.

Les Républicains

Pour le président des Républicains, Bernard Accoyer, qui s’est exprimé ce matin dans un communiqué, indiquant « Les ordonnances réformant le droit du travail, présentées ce jour, ne correspondent pas à la « révolution copernicienne promise par Emmanuel Macron même si elles comportent des avancées de bon sens qui vont permettre de simplifier la vie des entreprises, et plus particulièrement des PME/TPE, comme nous le réclamons depuis des années. »

Modem et Constructifs

Pour le Groupe MoDem à l’Assemblée nationale : « Ces ordonnances permettront des avancées fortes et significatives. Grâce à cette méthode de concertation, le gouvernement est parvenu à un texte très équilibré, prenant en compte les attentes des entreprises comme celles des salariés ». Thierry Solère, député du groupe Les Constructifs-LR-UDI, s’est dit quant à lui frappé par l’approche constructive des syndicats, heureux de voir que fin septembre le droit du travail aura été transformé.

Front national (FN)

 « Les syndicats ne sont pas très actifs contre cette loi Travail. Cela montre leur faiblesse« , a déclaré ce jeudi Florian Philippot, vice-président du Front national.  « Soit ils ne font rien, soit ils appellent à ces sempiternelles journées de mobilisation dont on sait très bien à l’avance qu’elles ne serviront pas à grand-chose« , a t-il ajouté. « Faciliter le licenciement : c’est donc ça la formule magique pour créer de l’emploi ? Ridicule et injuste », a quant à elle déclaré la patronne du FN, Marine Le Pen.

 

 

 

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