Philippe Martinez réélu à la tête de la CGT, au terme d’un congrès miné par le doute

Sans surprise, Philippe Martinez a été réélu ce vendredi à la tête de la CGT, à l’issue du 52ème congrès de la centrale syndicale. Mais au terme de cinq jours de débat houleux, le leader syndical déjà en difficulté, ne sort pas renforcé de  cette réélection par défaut. De quoi écorner sa légitimité pour les prochaines années.

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT depuis 2015, a donc été réélu pour un nouveau mandat  ce vendredi à Dijon (Côte d’Or). Candidat unique à sa propre succession, il a recueilli 90,65% des suffrages, contre 95,4% lors du précédent congrès. M. Martinez a eu droit à une ovation debout, tranchant avec les applaudissements mesurés de son discours d’ouverture, ce lundi. “J’ai confiance en nous, dans nos syndiqués, pour nous déployer en vue des nombreuses élections dans les entreprises (…) pour que nous regagnions notre première place”, a t-il déclaré au cours du point presse donné à la clôture du congrès. Commentant sa réélection, il a ajouté : “Ce n’est pas le premier (score) et ce n’est pas le dernier (score)”.

  • Le numéro 1 de la CGT, déjà en difficulté, ne sort pourtant pas renforcé de cette 52e grande messe. Le document d’orientation, qui fixe la ligne du syndicat pour les trois ans à venir, a certes été adopté, jeudi, avec 65,84 % de vote pour, 27,38 % de vote contre et 6,77 % d’abstention. Un score légèrement supérieur à celui du congrès de Marseille, où ce texte avait recueilli 62,77 % de voix pour, 26,51 % contre. Mais qui dans tous les cas laisse place à une opposition importante.

Une série de camouflets

De nombreux militants ont exprimé parfois très vivement lors de ce congrès, leur défiance vis-à-vis de la direction du syndicat et l’ont mise en minorité à plusieurs reprises, notamment sur la stratégie pour enrayer la fuite des adhérents. Le débat a traduit aussi un important malaise dans l’organisation. M. Martinez a évoqué la rudesse de ces discussions lors de son discours de clôture.“Certains évoquent un mouvement stalinien et le manque de démocratie, mais chez nous, on discute, on a une opinion, on la défend, puis on vote”, a-t-il lancé. “Et pour nous, ce n’est pas un problème, mais un atout” et “un signe de démocratie”. Au cours de ces cinq jours, le numéro 1 de la CGT a en outre subi plusieurs camouflets.

Tout a commencé mardi 14 mai, avec un un premier vote inquiétant. Appelés à se prononcer sur le rapport d’activité de la centrale depuis son précédent rendez-vous triennal en 2016, seuls 70,96 % des votants ont approuvé le rapport d’activité des trois dernières années du syndicat et 29,04 % se sont prononcés contre. Si l’on tient compte de l’abstention( 15,34 %), ce rapport a été coopté par seulement 60 % des militants qui se sont exprimés. Un résultat qui tranche avec les résultats enregistrés par Bernard Thibault l’année de sa sortie (83%). Dans tous les cas, une mauvaise nouvelle pour le numéro 1 de la CGT, qui a fait à peine mieux que  peine meilleur que le score historiquement bas de 2016.

L’offensive s’est poursuivie au cours de la journée de mercredi, où un amendement a été voté, contre l’avis de la direction confédérale sortante, sur les liens du syndicat avec la Fédération syndicale mondiale (FSM), l’internationale syndicale communiste, que la CGT a quittée en 1995. Une victoire pour les opposants les plus radicaux qui ont obtenu l’intégration de la FSM, dans les écrits de la CGT. Sans obtenir le retour de la centrale dans cette organisation qui compte dans ses rangs des syndicats cubains, nord-coréens ou encore iraniens,  l’amendement voté va contraindre la centrale à entretenir des rapports avec cette dernière. Un revers d’autant plus cuisant  pour le numéro 1, qu’il s’était prononcé au cours de ces dernières semaines, contre le rapprochement avec la FSM. Pour des militants de longue date, présents à Dijon, cet incident est révélateur de l’état de déliquescence du syndicat, et montre à quel point “la centrale n’est plus tenue.

Coup de grâce, afin d’éviter un nouvel échec, la Direction a été obligée de “surseoir” à un vote sur une modification des statuts qui prévoyait de renforcer le rôle des comités régionaux. Une évolution qualifiée lundi par Philippe Martinez dans son discours introductif de “goutte d’eau par rapport aux évolutions nécessaires”, mais qui n’était pas du goût des congressistes dont beaucoup craignaient une remise en cause des unions départementales et locales.

La CGT opte pour une ligne dure

La CGT à l’offensive sur tous les fronts” : c’est l’angle d’attaque fixé par le document d’orientation adopté pour les trois prochaines années. Philippe Martinez va maintenant devoir la mettre en musique. Pour répondre à ceux qui réclament une “ grève générale” et un “blocage de l’économie”, la direction a en effet fait adopter un appel “à amplifier et à généraliser les mobilisations par la grève et les manifestations dans l’unité et la convergence la plus large pour faire échec aux régressions sociales mises en œuvre par le gouvernement.” Dans son discours de clôture, le n° 1 de la CGT a d’ailleurs d’emblée souligné le “besoin d’amplifier les mobilisations pour généraliser les grèves“. Une manière de faire comprendre qu’il a entendu les critiques. Le document d’orientation remet également sur le devant de la scène les accents de la sémantique de la lutte des classes. “Les richesses produites par ceux qui travaillent sont de plus en plus spoliées par une minorité d’ultra-riches“, peut-on dans ce document qui parle de la destruction programmée “du Code du travail à la protection sociale”.

Des gilets jaunes dans toutes les têtes, mais pas au cœur des débats

La direction de la CGT n’a semble t-il pas souhaité s’attaquer frontalement au sujet. Aucune mention en effet du mouvement dans le rapport d’activité de la centrale adopté ce mardi, qui ne mentionne jamais les gilets jaunes. Pas de référence non plus aux occupants des ronds-points dans le document d’orientation fixant la stratégie du syndicat, malgré des amendements déposés par des cégétistes en ce sens. “Nous n’avons pas souhaité focaliser sur les gilets jaunes […] car d’autres mouvements dits “citoyens” […] méritent tout autant notre attention», a justifié à la tribune du congrès un défenseur du texte. Pourtant, dès le mardi, de nombreux délégués ont souligné combien la CGT est remise en question par le mouvement des “gilets jaunes”. Des militants ont même critiqué l’ambiguïté de leur Premier secrétaire et ont réclamé d’“aller au devant” de ce “surgissement d’en bas” qui les a dépassés. Dans la foulée de sa réélection, Philippe Martinez a toutefois appelé à “se rassembler avec le mouvement des ‘gilets jaunes'” et demande une “amnistie générale”pour tous les manifestants condamnés ces derniers mois. 

 

 

 

 

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