Réformes sociales : Matignon prend le relais de la concertation

A partir ce ce mardi et jusqu’à jeudi, le Premier ministre, Édouard Philippe, reçoit les partenaires sociaux pour discuter de la réforme de l’assurance-chômage, de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Le fil des entretiens.

Après l’Elysée, où ils ont été reçus la semaine passée par Emmanuel Macron, les partenaires sociaux se succèdent à Matignon jusqu’à jeudi pour un nouveau round de concertation sur les réformes sociales à venir, en particulier celle délicate de l’assurance chômage, qui cristallise le plus les tensions. Ces rencontres se tiennent en présence de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud et, du ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, partie prenante notamment sur la question de l’apprentissage. Ces entretiens ont pour objectif de “fixer l’ensemble les éléments de méthode, le calendrier et les têtes de chapitre”, indique-t-on à Matignon.

Outre les syndicats représentatifs (CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC) et les organisations patronales (Medef, CPME, U2P), sont reçues des organisations non représentatives comme l’Unsa et Solidaires, ainsi que les régions.

Sur la méthode retenue par le gouvernement

Le secrétaire général de Force Ouvrière (FO) qui a “ouvert le bal” de ces entretiens, a indiqué avoir obtenu des précisions sur le calendrier  des réformes à venir et la méthode, qui contrairement à ce qu’a indiqué l’Elysée, ne serait pas nécessairement la même que celle retenue pour les ordonnances réformant le Code du travail . Sur l’apprentissage, le numéro 1 de FO a précisé qu’il y aura bien une concertation qui démarrera fin octobre. Elle prendra la forme de rendez-vous bilatéraux avec les partenaires sociaux, incluant aussi le ministère de l’éducation nationale et les régions, a indiqué. Jean Claude Mailly.

Sur la formation professionnelle, il s’agira en revanche d’une négociation entre patronat et syndicats, comme le demandait tant FO que la CFTC. Cette dernière sera cadrée en amont par un document d’orientation rédigé par l’exécutif, comme le prévoit la loi Larcher. Ce document devrait parvenir aux partenaires sociaux  “la première semaine de novembre”. Le secrétaire général de la CFTC, Philippe Louis a confirmé à sa sortie de Matignon que “Les régions seront associées en amont” à l’élaboration de ce document.

Laurent Berger est ressorti quant à lui satisfait de son entretien, jugeant “intéressants”, à la fois le calendrier, la méthode et “la façon dont sont abordés un certain nombre de sujets”.

Sur l’assurance chômage :  comme le demandaient la CFDT, la CGT et la CGC, la négociation prendra la forme d’une rencontre multilatérale réunissant gouvernement, syndicats et patronat, fin novembre. A priori, une seule réunion est envisagée, pour l’ouverture des discussions. Jean-Claude Mailly a précisé ne pas être n’est pas demandeur de plus… “Les grands-messes sont utiles, mais il ne faut pas en faire trop”, a-t-il expliqué à sa sortie de Matignon. “le Premier ministre m’a confirmé ce qu’a dit le président de la République la semaine dernière: il n’y a pas de diminution de droits à indemnisation des demandeurs d’emploi“, a-t-il confirmé.

Philippe Martinez s’est quant à lui montré prudent quant à la méthode prévue par l’exécutif pour la réforme de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’assurance chômage. Après avoir confirmé la tenue de négociation entre patronat et syndicats sur la formation professionnelle et, une rencontre multilatérale sur l’assurance chômage comme le demandait la CGT (ainsi que la CFDT et la CGC), le numéro 1 de la CGT a affirmé à sa sortie de Matignon : “Si cela se passe comme Édouard Philippe nous a dit, ça devrait être mieux que la première fois”. A joutant cependant : “la CGT ne croit que ce qu’ [elle] voit”.

On est plutôt satisfaits. Nous, ce qu’on veut, c’est le dialogue, c’est être concertés, c’est prendre la main quand c’est de notre domaine”, s’est félicité Philippe Louis, à sa sortie de Matignon. Le leader de la CFTC s’est dit persuadé que les partenaires sociaux pourraient “garder la main”, pour définir les règles d’indemnisation du chômage. Sur le dossier de la formation, il a par ailleurs indiqué “On est satisfait d’une négociation car la formation touche de très près les salariés, les entreprises et je pense qu’on est tout à fait légitimes pour mener ces négociations“.

Sur le cœur de la réforme

Apprentissage, formation professionnelle

La journée a montré le très fort intérêt du patronat pour le sujet. “Ce qu’il faut sur l’apprentissage, ce n’est pas une réforme, mais une refondation”, a affirmé Alain Griset, le président de l’U2P (artisans, professions libérales), réclamant une aide à l’embauche en CDI des apprentis.

Le Medef s’est dit “très motivé” sur les trois sujets : formation professionnelle, apprentissage et assurance chômage. Sur la formation professionnelle, son président, Pierre Gattaz, a été jusqu’à réclamer que “le financement ne passe plus par les régions”.

Évoquant la formation des demandeurs d’emploi, il a déclaré à sa sortie de Matignon. “On a essayé de faire en sorte de préserver le maximum de formation professionnelle auprès de nos salariés car les métiers vont bouger (…) et d’éviter une pollution sur les fonds de formation des salariés par des fonds liés aux chômeurs, même s’il faut faire un effort pour les accompagner”. “Le financement de la formation des chômeurs est un vrai sujet“, a t-il renchéri. “Les entreprises sont prêtes à participer, mais il ne saurait être question de ponctionner massivement les fonds de la formation professionnelle de nos salariés à cette fin“.
Du côté des syndicats, le leader de la CGT, Philippe Martinez a trouvé au moins un point d’accord avec le chef de l’État, sur l’intérêt de développer “des écoles de formation des apprentis par filière”.

Assurance chômage

Du côté des syndicats

Le système de bonus-malus sur lequel travaille le gouvernement pour limiter le recours aux contrats courts, a été bien accueilli par les syndicats qui plaident tous pour un tel dispositif. Mais tous ne sont pas forcément d’accord sur sa formule. Jean-Claude Mailly a a salué une “bonne formule”.“Un bon système de bonus-malus encouragera à la vertu”, et défendu l’idée de pénaliser les secteurs qui en utilisent beaucoup, “C’est qu’ils ne savent pas gérer”, a t-il affirmé. Philippe Martinez, sans surprise, s’est dit favorable à un “malus” pénalisant les entreprises qui recourent trop aux contrats courts, mais opposé à un “bonus”.  “Nous sommes pour le malus pour les entreprises qui utilisent trop de travailleurs précaires“, a-t-il déclaré à l’issue de son entretien avec Édouard Philippe. “Mais nous ne sommes pas pour le bonus. Les entreprises ont déjà beaucoup d’aides de l’État, que ce soient des exonérations de cotisations ou des aides publiques“, a-t-il relevé.

Le président de la CFTC, Philippe Louis, a pour sa part émis des réserves à propos de ce mécanisme de bonus-malus : “Ce qui nous embêterait, c‘est qu‘on mette un système en place où, en fait, on irait regarder sur les trois dernières années comment l‘entreprise s‘est comportée”, a-t-il indiqué, voyant là un système “pas suffisamment réactif”.

Du côté du Patronat

La perspective de nouvelles modulations (bonus/malus) hérisse Pierre Gattaz, le président du Medef : “On a vu que ça n’avait eu aucune influence donc on l’a supprimé (…) Ce n’est pas en taxant les contrats courts qu’on suscitera plus des créations d’emplois. On a démontré ça depuis quatre ans, ça ne marche pas”, a-t-il déclaré mardi matin, avant d’être reçu dans l’après-midi par le Premier ministre.

L’assurance-chômage est un outil indispensable pour sécuriser les salariés en transition mais il faut que le système soit incitatif à la reprise d’emploi et aide réellement à retrouver un emploi“, a estimé Pierre Gattaz lors d’une conférence de presse donnée dans la journée de mardi. “Il ne faut pas qu’il donne un confort fictif qui entraîne encore plus de difficultés quand il prend fin“, a-t-il ajouté.

Le numéro un du Medef a indiqué souhaiter un suivi plus régulier des chômeurs dans leur recherche d’emploi, évoquant un “contrôle journalier ou hebdomadaire”0. Invité à repréciser ce qu’il entendait exactement par “contrôle journalier” à sa sortie de Matignon mardi soir, Pierre Gattaz a expliqué qu’il pouvait s’agir “d’un contrôle journalier ou hebdomadaire“. “C’est un contrôle qui est important“, a-t-il dit. “Journalier, hebdomadaire, ou mensuel c’est un truc qu’il faut débattre“, a-t-il ajouté.

Le patron des Patrons a par ailleurs réitéré ses mises en garde contre l’intégration des démissionnaires et des indépendants dans le régime d’assurance chômage, soulignant que le système actuel était “toujours plombé par une dette énorme” et “toujours déficitaire à ce jour“. “Le financement de la formation des chômeurs est un sujet“, a-t-il déclaré. “Les entreprises sont prêtes à participer, mais il ne saurait être question de ponctionner massivement les fonds de la formation professionnelle de nos salariés à cette fin“, a-t-il toutefois  ajouté.

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