Séparatismes : ce qu’il faut retenir des annonces d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a dévoilé ce vendredi matin les grandes lignes de son projet de loi contre les séparatismes qui sera présenté le 9 décembre en Conseil des ministres. Laïcité, service public, associations, école… Ce qu’il faut retenir du discours du chef de l’état.

Son intervention était très attendue. Dans un discours de plus d’une heure depuis les Mureaux (Yvelines), Emmanuel Macron a défini ce vendredi sa stratégie contre les “séparatismes“,  avant la présentation d’un projet de loi à l’automne.  “Ce à quoi nous devons nous attaquer, c’est le séparatisme islamiste“, qui “se traduit souvent par la constitution d’une contre-société“ a annoncé le président de la République après quelques minutes. “Ne nous laissons pas entraîner dans le piège de l’amalgame tendu par les polémistes et par les extrêmes qui consisterait à stigmatiser tous les musulmans“, a-t-il tempéré.

La philosophie du texte se résume en une devise : “La République en actes“. La stratégie déployée va reposer sur deux grands axes : le premier, défensif  et le second offensif. L’objectif prin­cipal de l’exécutif étant de “ramener la République partout“ sur le territoire “pour intégrer“ tout le monde.

“Je veux qu’il n’y ait aucune confusion ni aucun amalgame“ a déclaré le président de la république en préambule. “Aucune de ces réalités ne doit être écrasée l’une sur l’autre. Mais force est de constater qu’il y a un islamisme radical qui conduit à nier les lois de la République.“ “Ce qui est aujourd’hui notre défi, c’est de lutter contre la dérive de certains au nom de la religion“, a t-il indiqué dans les premières minutes de son discours.

Un projet de loi pour renforcer la laïcité

Le Président a annoncé qu’un projet de loi porté par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et sa ministre déléguée, Marlène Schiappa, sera soumis le 9 décembre prochain en conseil des ministres, 115 ans après l’adoption définitive de la loi de 1905. Il visera à renforcer la laïcité, à consolider les principes républicains, selon Emmanuel Macron.

Le chef de l’état a ensuite dévoilé les cinq grands axes de ce texte.

Une obligation de neutralité pour les délégataires de service public

“Le premier axe, c’est d’abord un ensemble de mesures d’ordre public et de neutralité du service public“, a déclaré le président. L’obligation de neutralité religieuse sera désormais applicable aux salariés des entreprises délégataires, a t-il précisé.

“Au sein de nombreux services publics exercés par des entreprises, en particulier les transports en commun, nous avons aussi vu ces dernières années se multiplier les dérives“, par exemple dans des entreprises de transport, a indiqué Emmanuel Macron. “Et souvent, elles sont constatées avec une forme d’impuissance parce qu’il y a un contournement de la loi. “Ce texte de loi permettra de faire que l’obligation de neutralité sera applicable aux agents publics, mais surtout, elle sera étendue aux salariés des entreprises délégataires, ce qui n’était pas clairement le cas jusqu’alors“.

Les associations suspectées d’entrisme islamique, dans le viseur

Le deuxième axe, concerne les associations. “Il est assez logique que ceux qui portent ce projet de séparatisme islamiste aient investi le champ associatif, parce qu’ils l’ont identifié comme l’espace le plus efficace pour diffuser leurs idées, rendre des services que des associations laïques ou que la République elle-même ne rendait plus“, a indiqué le président.

S’agissant de leur financement, Emmanuel Macron a indiqué que “toute association sollicitant une subvention auprès de l’État ou d’une collectivité territoriale devra signer un contrat de respect des valeurs de la République et des exigences minimales de la vie en société. » Si le contrat est rompu, ses responsables devront rembourser, car “il est nécessaire que l’argent public ne serve pas à financer les séparatistes“, a prévenu le chef de l’État.

Les motifs de dissolution d’associations suspectées d’entrisme islamique, jusque-là très limités, seront par ailleurs étendus à d’autres motifs, comme les faits d’attenter à la dignité de la personne ou à la présence de pressions psychologiques ou physiques.

Agir sur le cadre scolaire

Un renforcement de l’encadrement des écoles hors contrat

“L’école est notre trésor collectif. C’est ce qui permet dans notre société de bâtir ce qu’est la République. Or, là aussi, nous avons vu des dérives, nous voyons des contournements et nous avons un combat à aujourd’hui“, a plaidé le chef de l’état. “Parce que l’école doit d’abord inculquer les valeurs de la République et non celle d’une religion“, a t-il ajouté. Les écoles hors contrat, qui sont davantage contrôlées grâce à la grande avancée que constitue la loi dite Gatel, feront ainsi l’objet d’un encadrement encore renforcé.

La limitation de l’instruction à domicile

Dès la rentrée 2021 l’instruction à l’école sera rendue obligatoire pour tous dès 3 ans. L’instruction à domicile sera strictement limitée, notamment aux impératifs de santé“, a indiqué Emmanuel Macron. Une petite révolution concernant l’enseignement scolaire. “C’est une nécessité“, a annoncé le chef de l’Etat“, qui a évoqué le cas d’élèves déscolarisés et parfois intégrés dans “des structures qui ne sont nullement déclarées, et où des prières ont lieu à la place des cours.“

Libérer l’islam en France des influences étrangères

Le quatrième axe énoncé par Emmanuel Macron vise “à bâtir enfin un islam en France qui puisse être un islam des Lumières“. “Lorsque la loi de 1905 a été votée, l’islam n’était pas une religion si présente dans notre pays“, a justifié le chef de l’Etat.“ Je ne pense pas qu’il faille une forme d’islam gallican, mais il nous faut aider cette religion dans notre pays à se structurer pour être un partenaire de la République pour les affaires que nous avons en partage“, a t-il déclaré.

La fin des imams formés à l’étranger

Emmanuel Macron souhaite en finir avec les imams formés à l’étranger. Le président a rappelé une annonce faite en février : mettre fin d’ici à quatre ans au système d’imams détachés, ces quelque 300 imams envoyés par la Turquie, le Maroc et l’Algérie dans les mosquées françaises, ainsi que les psalmodieurs détachés pendant la période du ramadan.

Nous avons décidé de mettre fin à ce système de manière totalement apaisée avec les pays d’origine“ a-t-il assuré, promettant une “transition sur quatre ans en moyenne“. Le chef de l’État a assuré que la France allait désormais former ses imams pour tourner la page de cet “islam consulaire“ qui “nourrit des rivalités, des dysfonctionnements. “Un label de formation des imams en France va être mis en place, avec des certifications et une charte dont le non-respect entraînera révocation“. Ce travail incombera au Conseil français du culte musulman.

Un meilleur enseignement de l’arabe

Emmanuel Macron a aussi plaidé pour un enseignement plus large “de la langue arabe à l’école“ ou “dans un périscolaire que nous maîtrisons.“ L’État doit “s‘engager et soutenir ce qui doit, dans notre pays, permettre de faire émerger une meilleure compréhension de l’Islam“, a ajouté le chef de l’État en annonçant la création d’un institut scientifique d’islamologie et des postes supplémentaires dans l’enseignement supérieur.

Développer les études islamiques “de haut niveau“

“Nous soutiendrons à hauteur de 10 millions d’euros les initiatives qui seront prises par la Fondation pour l’islam de France en matière de culture, d’histoire et de sciences“, a annoncé le chef de l’Etat. “Je pense en particulier au développement des d’études islamiques de haut niveau à l’université“, a t-il précisé.

“Assurer une présence républicaine au bas de chaque immeuble“

“Notre horizon est simple, c’est assurer une présence républicaine au bas de chaque tour, au bas de chaque immeuble“, a déclaré Emmanuel Macron, en annonçant des investissements supplémentaires“, “avec sur le terrain des magistrats, des greffiers, des juges, parfois des volontaires qui viendront aider dans des tâches de proximité“, mais aussi “des policiers et des gendarmes.“ “Là où nous avions reculé, il faut revenir“, a scandé le chef de l’Etat.

“Nous avons nous mêmes construit notre propre séparatisme“

“Nous avons nous mêmes construit notre propre séparatismes“, a déclaré le chef de l’Etat. “C’est celui de nos quartiers. C’est la ghettoïsation. (…) Nous avons construit une concentration de la misère et des difficultés et nous le savons très bien. Nous avons concentré les populations souvent en fonction de leur origine, de leurs milieux sociaux. Nous avons concentré les difficultés éducatives, économiques dans certains quartiers de la République.“ 

De nouvelles mesures pour aider les quartiers

Emmanuel Macron a promis d’aider les “quartiers de la République“ en matière d’emploi et de logement, afin de lutter contre la discrimination et favoriser l’égalité des chances.“En matière de logement, nous devons changer radicalement nos textes“. “Nous ne pouvons pas continuer d’ajouter de la pauvreté, à la pauvreté“, a exhorté Emmanuel Macron. Le chef de l’état a indiqué qu’il présentera au cours de l’automne de nouvelles décisions en la matière. “Elles seront déclinées dans chaque département, par les préfets en association avec tous les élus“, a-t-il expliqué.

 

La conférence de presse du président de la république

 

 

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