Sortie de crise : ce qu’il faut lire derrière les annonces Emmanuel Macron

Lors d’une allocution télévisée d’une dizaines de minutes, le chef de l’état a égrené ce lundi une série de mesures pour une sortie de crise. Au-delà d’annonces en faveur du pouvoir d’achat des français, il  a dit vouloir « bâtir le socle d’un nouveau contrat pour la nation« . Décryptage d’un discours pour le moins attendu en pleine crise des « gilets jaunes ».

Après quatre semaines marqués par des manifestations particulièrement violentes et des blocages dans de nombreuses villes de France, Emmanuel Macron, s’est adressé ce lundi 10 décembre à la Nation lors d’une allocution télévisée. Une prise de parole périlleuse destinée à désamorcer la crise sociale des « gilets jaunes ». En préambule de sa déclaration, le chef de l’état a commencé par condamner les violences qui « ne bénéficieront d’aucune indulgence ». Aucune colère ne justifie qu’on s’attaque à un policier, à un gendarme, qu’on dégrade un commerce », a t-il poursuivi, avant de souligner :  « Quand la violence se déchaîne, la liberté cesse. »

« Ce sont quarante années de malaise qui ressurgissent : malaise des travailleurs qui ne s’y retrouvent plus ; malaise des territoires (…), malaise démocratique où se développe le sentiment de ne pas être entendu ; malaise face aux changements de notre société, à une laïcité bousculée et devant des modes de vie qui créent des barrières, de la distance » a d’emblée planté le chef de l’Etat, avant d’annoncer plusieurs mesures, face à ce qu’il a qualifié « d’état d’urgence économique et social ».

Une hausse du Smic de 100 euros

« Le salaire d’un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur », a déclaré le chef de l’Etat. La revendication d’un coup de pouce direct au salaire minimum, une des demandes récurrentes des « gilets jaunes », n’a donc pas été retenue . Elle avait été relayée par la CGT et Force ouvrière et rejetée ce dimanche par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, qui s’était refusée à toute augmentation pour 2019. Il ne s’agit en effet pas pas d’un « coup de pouce » classique du Smic qui ne ne bénéficiera que de la hausse légale automatique prévue par la loi (environ 1,8%), soit quelques vingt euros. D’où vient alors la différence ? Seule une hausse via la prime d’activité aurait un coût nul pour les entreprises. Le président s’était engagé à ce que cette prime dont bénéficient notamment quelque 2,6 millions de personnes rémunérés entre 0,5 et 1,2 Smic, augmente de 30 euros en avril 2019 et de 20 euros en 2020. Au lieu d’être étalée jusqu’à la fin du quinquennat, cette hausse interviendra dès 2019.

Reste que tous les salariés qui perçoivent le salaire minimum n’ont pas pour autant droit à cette prime d’activité, en raison notamment des effets du quotient familial. Devant l’Assemblée, le Premier ministre a ouvert ce mardi  la porte à une modification du dispositif, afin que 100% des salariés puissent bénéficier de la mesure d’augmentation de 100 euros.

Les précisions de la ministre du travail, Muriel Pénicaud, devant l’Assemblée

Une prime exceptionnelle non chargée, défiscalisée

« Je demanderai à tous les employeurs qui le peuvent de verser une prime de fin d’année, qui n’aura ni impôts, ni charges », a annoncé Emmanuel Macron. Dans son allocution, le président n’a toutefois pas précisé de montant de cette prime qui serait plafonnée. Comme pour les autres mesures annoncées, elle sera détaillée par le Premier ministre, Edouard Philippe, à l’Assemblée nationale, ce mercredi. Le chef du gouvernement et Bercy s’étaient déjà prononcés, jeudi 6 décembre, en faveur de la création d’une telle gratification pour les salariés touchant des bas salaires. Son montant n’entrera pas dans le calcul de l’impôt sur le revenu et pour les entreprises, elle ne sera pas soumise aux cotisations. Cette prime qui ne pourra être versée qu’en 2018, sera facultative. A ce titre, été bien accueillie par le patronat, qui avait lui-même poussé cette idée ces derniers jours. « Mais nous ne devons pas nous arrêter là », a déclaré le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux.

Emmanuel Macron recevra en outre mardi et mercredi les représentants des banques et des grandes entreprises pour leur demander de « participer à l’effort collectif » face à la crise des « gilets jaunes » en discutant notamment d’efforts fiscaux, a précisé l’Elysée lundi. « J’ai besoin que nos grandes entreprises, nos concitoyens les plus fortunés, aident la Nation à réussir ; je les réunirai et prendrai des décisions en ce sens dès cette semaine,  » a dit le chef de l’Etat lors de son allocution.

Des heures supplémentaires sans impôts ni charges dès 2019

« Je veux renouer avec une idée juste : que le surcroît de travail accepté constitue un surcroît de revenu : les heures supplémentaires seront versées sans impôts ni charges dès 2019« , a déclaré Emmanuel Macron. Le chef de l’État a donc décidé de rétablir une mesure supprimée en 2012 sous la présidence de François Hollande, en la reprenant dans une version extensive, avec exonération fiscale, alors qu’il s’y était jusqu’alors refusé. Mais, pour être clair, cette annonce n’est que partiellement nouvelle. En effet, la mesure de désocialisation des heures supplémentaires, déjà prévue, était inscrite dans le budget 2019. La nouveauté, sur le fond, réside dans la défiscalisation qui constitue un coup de pouce supplémentaire.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, confirme ce mardi, lors des questions au Gouvernement, que cette mesure sera également applicable aux agents de la fonction publique.

La hausse de la CSG annulée pour les retraités touchant moins de 2 000 euros par mois

Plus inattendu, Emmanuel Macron a fait un geste en faveur des retraités, principaux perdants de l’augmentation de la CSG puisqu’ils n’ont pas bénéficié de la suppression des cotisations maladie et chômage.  « Les retraités constituent une partie précieuse de notre Nation. Pour ceux qui touchent moins de 2.000 euros par mois, nous annulerons en 2019 la hausse de CSG subie cette année ; l’effort qui leur a été demandé, était trop important et il n’était pas juste », a indiqué le chef de l’état. « Dès demain, le Premier ministre présentera l’ensemble de ces décisions aux parlementaires. » Concrètement, en deçà de 1.200 euros de pension pour une personne seule, c’est le taux réduit de CSG (3,8%) qui s’appliquera. De 1.200 à 2.000 euros c’est le taux de 2017 (6,6%), et au-dessus de 2.000 euros, c’est le taux augmenté (8,3%).

Pas de retour sur la suppression de l’ISF

C’était une revendication majeure des Gilets jaunes. Emmanuel Macron a indiqué qu’il ne reviendrait pas sur cette mesure. »Je sais que certains voudraient dans ce contexte que je revienne sur la réforme de l’impôt sur la fortune mais pendant près de 40 ans, il a existé ; vivions-nous mieux durant cette période ? Les plus riches partaient et notre pays s’affaiblissait. Conformément aux engagements pris devant vous, cet impôt a été supprimé pour ceux qui investissent dans notre économie et donc aident à créer des emplois », a t-il justifié. « Revenir en arrière nous affaiblirait », a continué le président, en précisant que « le gouvernement et le Parlement devront aller plus loin « , notamment en travaillant sur les impôts que doivent payer les dirigeants d’entreprises françaises ainsi que les entreprises étrangères faisant du profit sur les territoires.

Quel coût ?

Les mesures annoncées ce lundi soir par Emmanuel Macron posent nécessairement la question de leur coup pour l’État. Ce dernier devrait être de l’ordre de  8 à 10 milliards d’euros, selon Olivier Dussopt, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics. « Les annonces de ce lundi soir, c’est entre 8 et 10 milliards, nous sommes en train de le préciser, de voir aussi comment nous allons le financer« , a t-il indiqué ce mardi. La baisse de la CSG devrait ainsi coûter entre 1,5 milliard et 2 milliards d’euros, la défiscalisation des heures supplémentaires près de 3,5 milliards et la défiscalisation des primes de fin d’année près de 500 millions. Pour la hausse du Smic, qui devrait passer par un coup de pouce à la prime d’activité, les estimations varient entre 900 millions d’euros à deux milliards d’euros selon les options retenues. Des mesures qui complique une équation budgétaire déjà compliquée. Si elles ne sont pas financées par une hausse des recettes et des économies supplémentaires, la facture devrait faire basculer le déficit au-delà des 3% du PIB l’an prochain.

Interrogé par Thierry Benoît, député (UDI) d’Ille-et-Vilaine, sur le financement des mesures annoncées par Emmanuel Macron, le premier ministre a longuement expliqué ce mardi la nécessité d’une réelle concertation avec les collectivités territoriales pour  « discuter avec [elles] de la question délicate des dotations ». « Nous sommes en train de préparer un choc fiscal sur le travail, l’accélération de la réduction d’impôts et des taxes, de façon à ce que le travail paie. Cela implique forcément des conséquences en termes de déficit. (…) Ce à quoi nous serons extrêmement attentifs, c’est l’évolution de la dépense publique (…). Il n’y aura pas d’accélération ou d’augmentation de la dépense publique, «  a expliqué le chef du gouvernement.

 

 

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