Un sommet aux allures de fiasco

Les chefs d’état et de gouvernement réunis en sommet à Bruxelles les 20 et 21 juin ne sont pas parvenus à un accord sur le casting des postes clés de l’Union européenne. La chancelière allemande, Angela Merkel, a refusé de “lâcher” son candidat, le démocrate-chrétien Manfred Weber, qui convoite la présidence de la Commission européenne. Ce dernier n’a toutefois pas obtenu de consensus autour de sa candidature, pas plus que le socialiste Frans Timmermans ou la libérale Margrethe Vestager. Les vingt-huit dirigeants de l’UE se retrouveront le 30 juin pour un nouveau sommet, qui devrait être décisif.

C’est sur un constat d’échec que les dirigeants de l’Union européenne (UE) se sont quittés ce vendredi.  Lors d’une conférence de presse à 2 heures du matin, le président du Conseil, Donald Tusk, et le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, ont reconnu que peu de progrès avaient été réalisés en termes de personnes. “Nous avons besoin de plus de temps pour discuter de tout le paysage” a déclaré M. Tusk. “Le Conseil européen est convenu qu’il fallait un paquet reflétant la diversité de l’UE“. ” Il n’y a eu de majorité sur aucun candidat. “Nous nous retrouverons le 30 juin. Je vais poursuivre les consultations“, a  t-il ajouté.

La mise à mort des Spitzenkandidats “

En arrivant au sommet Angela Merkel, avait indiqué que les deux partis de son gouvernement de coalition se tenaient derrière le Spitzenkandidat allemand, Manfred Weber, tout en reconnaissant que “tous les membres du Conseil n’étaient pas en sa faveur.” La “mise à mort”  de M. Weber soutenu à bout de bras depuis un mois par le Parti populaire européen (PPE), avait commencé dès jeudi matin, alors que les groupes socialistes et centristes au Parlement avaient fait savoir dans la journée, qu’ils ne soutiendraient pas sa candidature pour la présidence de la Commission européenne. Un communiqué qui avait produit une réaction en chaîne dans la soirée.

En obligeant à prendre acte de la fin de la candidature de M. Weber, ce “jeu de dominos” a poussé à achever le processus des “spitzenkandidaten”. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Emmanuel Macron a estimé que les trois candidats à la présidence de la Commission européenne étaient hors jeu.

“Nous devons maintenant réussir à trouver les hommes et les femmes qui porteront cette ambition, je soutiendrai les chiffres les plus forts. Nous devons avoir des candidatures qui respectent la parité hommes-femmes. Je peux voir que le Parlement s’est exprimé autour d’une candidature… Le rôle de la France est de construire une solution constructive et de faire en sorte que la meilleure équipe pour l’Europe émerge. Je ne veux pas m’enfermer dans un nom“, a t-il martelé. Il est apparu clairement cet après-midi qu’il n’y avait pas de majorité possible sur les noms initialement considérés“, a déclaré M. Macron lors de la conférence de clôture du sommet. Et d’ajouter : “Il y avait au moins des minorités de blocage, voire plus contre l’ensemble des candidats issus du système des Spitzenkandidaten. Ce système n’a donc pas été retenu comme valide.

C’est donc une victoire du président français, et un revers pour la chancelière allemande qui a reconnu la défaite de son poulain, indiquant : “Je prends note du résultat et je ne crois pas qu’il va changer”.

 

J’ai constaté avec un certain plaisir, amusement ou bonheur qu’il n’est pas très facile de me remplacer“, a ironisé de son côté Jean-Claude Juncker, en fonction jusqu’au 31 octobre minuit. Reste désormais à trouver les noms des prochains dirigeants de l’Union, en premier le président de la commission. En principe, la présidence de la Commission est dévolue aux démocrates-chrétiens européens, qui demeure la plus grande famille. Mais Manfred Weber est désormais “black listé”. Si la chancelière allemande veut réclamer ce poste, il lui faudra proposer un candidat différent. “Bien sûr, nous voulons une solution commune avec le Parlement européen“, a souligné Mme Merkel lors d’une brève conférence de presse tenue aux premières heures de vendredi.

(AFP) (Photo credit should read ARIS OIKONOMOU/AFP/Getty Images)

Dans un tel scénario, ce serait alors aux libéraux qu’il incomberait de nommer le président européen. Les socialistes se verraient  attribuer la présidence du parlement et le haut représentant. Reste à savoir si cette construction sera à nouveau sur la table dans les dix jours, lorsque les dirigeants de l’UE se réuniront à nouveau. En effet, les chefs de gouvernement veulent un accord avant la réunion du Parlement européen. Le 2 juillet, ils éliront un président et si les chefs d’État ou de gouvernement n’ont rien décidé d’ici là, les parlementaires prendront eux-mêmes l’initiative.

Le financement du budget devient une priorité, mais…

Ce sommet européen s’est conclu sur l’engagement des pays de la zone euro à trouver “rapidement des solutions de financement appropriées“. Mais les Etats membres restent divisés sur la façon d’ y arriver.

 

La France et les pays méditerranéens veulent un budget ample financé par des impôts spécifiques et pouvant jouer un rôle stabilisateur en cas de choc économique. Les Pays-Bas et ses alliés du nord de l’Europe penchent pour un budget limité, financé uniquement par le budget de l’UE et destiné aux investissements ou au soutien des réformes structurelles.

Objectif de neutralité carbone : une occasion ratée

Les chefs d’Etat et de gouvernement ne sont pas parvenus à s’accorder sur un objectif de neutralité carbone en 2050 ni à relever leurs efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Malgré le soutien par vingt-quatre Etats de l’objectif de long terme, l’objectif de long terme a été bloquée par la Pologne, soutenue par une poignée d’États d’Europe de l’Est (Hongrie, la République tchèque et  Estonie). Dans la déclaration finale du Conseil, seule une note de bas de page évoque l’objectif débattu :”Pour une grande majorité d’Etats-membres, la neutralité carbone doit être atteinte d’ici 2050″. Rien de plus.  “La réunion d’hier a permis d’obtenir, non pas l’unanimité, mais une avancée structurante sur ce point”, a indiqué de façon laconique Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse en clôture du sommet.

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