36e sommet de l’Otan à Ankara
Guerre en Ukraine, tensions autour de l’Iran, incertitude quant à l’engagement des États-Unis en Europe : le sommet de l’Otan qui se tient à partir de mardi à Ankara, s’ouvre sous haute tension. Réunis pendant deux jours, les chefs d’État et de gouvernement vont tenter de s’accorder sur une feuille de route commune pour faire face à ces crises majeures.

Rarement un sommet de l’Otan se sera tenu dans un contexte aussi tendu. Réunis les 7 et 8 juillet à Ankara (Turquie), les chefs d’Etat et de gouvernement des 32 pays membres de l’alliance Atlantique vont tenter d’afficher un front uni dans un contexte de fortes tensions géopolitiques : guerre en Ukraine et tensions avec l’Iran — doublé d’une vive inquiétude sur l’avenir de l’engagement américain sur le Vieux Continent.
Alliance atlantique : trois grands enjeux
Une “Europe plus forte dans une Otan plus forte“. C’est le slogan retenu pour ce 36e sommet de l’Alliance. Mais pour y parvenir, plusieurs défis restent encore à relever. Officiellement, cette rencontre doit permettre de “faire le point sur les progrès accomplis depuis le sommet tenu à La Haye en 2025 et de fixer le cap à suivre pour que l’Otan continue d’atteindre ses grands objectifs.“ Derrière cette formule institutionnelle quatre grands enjeux devraient dominer les discussions.
Maintenir le lien transatlantique
Depuis plusieurs mois, Donald Trump menace les Européens d’un transfert de charges et de responsabilités, des États-Unis vers l’Europe. Le “burden shifting(le transfert de du fardeau), dans le jargon de l’Otan à Bruxelles. Et la discussion, longtemps théorique, a pris un tour très concret avec les premières annonces américaines de retrait de troupes en Europe, lors du retour du président américain à la Maison Blanche. D’ici un an, environ 5 000 militaires sur les 36 000 soldats américains actuellement positionnés en Allemagne. Un retrait programmé qui rend caducs les plans de l’Otan décidés en 2023 lors du sommet de Vilnius. Avant même l’ouverture du sommet, le locataire de la Maison Blanche a de nouveau semé le doute sur l’avenir de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, jugeant jeudi 2 juillet “ridicule“ que les Etats-Unis continuent d’entretenir une relation qu’il considère comme “unilatérale“, avec l’Otan.
Ridicule" : Donald Trump dénonce une relation à sens unique avec l'Otan et met la pression sur les Européens. À quelques jours du sommet de l'OTAN en Turquie, les 7 et 8 juillet, le président américain a une nouvelle fois fait planer la menace d'un retrait des États-Unis. Et… pic.twitter.com/1MW2eH99Dg
— L'Echiquier social (@EchiquierSocial) July 3, 2026
Face à ce retrait américain déjà enclenché, les Européens exigent de la clarté et de la coordination. Ce sera le premier enjeu du sommet d’Ankara, ce sera aussi un véritable défi, pointe Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Iris et ancien ambassadeur à Moscou. Car l’objectif premier n’est pas de remplacer les moyens militaires américains, une perspective qui nécessitera des années d’efforts. Il est surtout de préserver la crédibilité de l’Alliance. Car ses 32 membres restent attachés au principe de défense collective. Ils devraient d’ailleurs réaffirmer leur “engagement inébranlable“ en faveur de la défense collective au titre de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord lors du sommet, selon un projet de déclaration finale approuvé vendredi par les 32 ambassadeurs auprès de l’Otan. Ce texte doit encore être formellement entériné par les dirigeants lors de la clôture du sommet, le 8 juillet. “La déclaration d’Ankara sera publiée une fois approuvée par les chefs d’État et de gouvernement alliés lors du sommet de l’OTAN mercredi“, a indiqué un porte-parole de l’Alliance.
As NATO leaders prepare for their summit in Ankara next week, a document seen by Euronews says all 32 members – including the US – are still committed to the alliance's principle of collective defence. #EuropeNews https://t.co/oiBwh9tohJ
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Rattraper le retard
Sommet de l’OTAN à Ankara : l’Europe prête à présenter ses avancées à Trump: « Il y a une belle histoire à raconter », a déclaré un envoyé. « Les chiffres ne mentent pas. »
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Prendre les commandes
Les Américains gardent pour l’heure les clés des commandements opérationnels de l’Otan. Ce sera aussi l’un des sujets du sommet d’Ankara, précise Jean de Gliniasty. “Il est clair que si les Américains se retirent, il va falloir qu’ils cèdent un certain nombre de postes. Mais je vois mal l’état-major américain renoncer à ces formidables moyens d’influence que sont les leviers de contrôle dans l’Otan“, estime l’ancien ambassadeur. “Donc, comme les Européens ne se mettront pas d’accord entre eux, il n’est pas exclu que pour un temps encore, rien ne change dans la structure de commandement de l’Otan.“
La Turquie au centre du jeu
Le sommet d’Ankara aura valeur de test pour tous les protagonistes, souligne Cyrille Bret, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors : “C’est un test en particulier pour la Turquie, sa capacité à se remettre au centre du lien transatlantique“, indique t-il. En accueillant le sommet de l’Alliance atlantique, le président turc Recep Tayyip Erdogan cherche à conforter le rôle de puissance régionale de son pays malgré les tensions géopolitiques. Erdogan veut poser la Turquie comme “un acteur incontournable en Europe et au-delà“, indique l’expert en relations internationales Serkan Demirtas.
Ankara met aussi en avant son industrie de défense en plein essor : ses drones de combat, ses véhicules blindés, ses systèmes de missiles et de radars. Deuxième armée de l’OTAN sur son flanc oriental, la Turquie qui occupe une position géostratégique privilégiée entre l’Europe et le Moyen-Orient, sur la rive sud de la mer Noire, se présente – et est de plus en plus perçue – comme un pilier de la stratégie de l’Otan et des Européens au sein de l’Alliance atlantique. “L’organisation de ce sommet en Turquie rappellera le rôle important qu’elle a joué depuis son entrée dans l’OTAN en 1952, au sein de l’Alliance et à l’échelle régionale“ estime Luke Coffey, chercheur au Hudson Institute. En coulisses, Ankara espère également obtenir un assouplissement des restrictions qui pèsent sur son industrie de défense, selon une source sécuritaire turque à l’AFP.
Assurer la solidarité de l’Alliance face aux menaces russes
L’Ukraine constituera un autre sujet clé à l’ordre du jour, les diplomates soulignant que Kiev se trouve aujourd’hui dans une position plus forte qu’il y a un an, en invoquant la capacité croissante du pays à frapper en profondeur sur le territoire russe et à infliger des dommages aux forces russes. Le projet de déclaration finale, approuvé notamment par le représentant américain auprès de l’Otan, indique que la Russie représente “une menace à long terme“ pour “la sécurité et la stabilité euro-atlantiques“ et précise que les membres européens de l’Otan et le Canada tiennent l’engagement pris lors du sommet de 2025 à La Haye d’augmenter leurs dépenses de défense.
Volodymyr Zelenskyy qui sera présent – notamment lors d’un dîner avec les dirigeants et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mardi – devrait repartir avec un nouvel engagement financier de 70 milliards d’euros pour cette année, et 70 milliards d’euros supplémentaires pour 2027, comme le prévoit la déclaration du sommet, qui doit être définitivement entériné à Ankara. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a par ailleurs annoncé lundi : “Nous mettons tout en oeuvre pour finaliser le 21e paquet de sanctions dans les prochains jours.“
Ce même jour, le président ukrainien a appelé pour sa part ses alliés à prendre des “décisions fermes“ au sommet de l’Otan, après les nouveaux bombardements russes de Kiev. “Il est crucial que le monde- en premier lieu les États-Unis et nos partenaires européens- ressortent du sommet de l’Otan à Ankara avec des décisions fermes en faveur de notre défense anti-aérienne“, a t-il écrit sur Telegram. “Tant que les missiles Patriot”restent dans les hangars de nos alliés, ça encourage la Russie à continuer de gagner”sa guerre contre nos immeubles résidentiels“, a t-il ajouté.
La Maison-Blanche a annoncé que Donald Trump rencontrera Volodymyr Zelensky et le président syrien Ahmed al-Charaa, en marge du sommet, mercredi.
A noter que le président russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky se sont entretenus samedi par téléphone avec Donald Trump à l’occasion des 250 ans des Etats-Unis, ont annoncé Kiev et le Kremlin. La situation en Ukraine a été évoquée dans les deux cas.
En amont du sommet de l'Otan, le président russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky se sont successivement entretenus samedi par téléphone avec Donald Trump à l’occasion des 250 ans des Etats-Unis, ont annoncé Kiev et le Kremlin. La situation en…
— L'Echiquier social (@EchiquierSocial) July 6, 2026
La question de l’Iran éludée ?
Les responsables européens craignent que la guerre en Iran, ainsi que l’irritation de Donald Trump face à la réaction des Etats européens à ce sujet, ne viennent éclipser le sommet. Dans leur déclaration finale, les dirigeants devraient indiquer que “les alliés réaffirment que l’Iran ne doit en aucun cas se doter de l’arme nucléaire et appellent l’Iran à respecter pleinement la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz“.