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Acte II de la mobilisation contre la vie chère

24 octobre

Alors que plusieurs syndicats et collectifs appellent de nouveau à descendre dans la rue ce samedi 24 octobre, le pays s’apprête à vivre une journée sous haute tension. Manifestations interdites dans de nombreuses grandes villes, dispositif de maintien de l’ordre exceptionnel… Ce qu’il faut savoir. 

Après la mobilisation du samedi 17 octobre qui a rassemblé entre 550 000 et 800 000 personnes sur l’ensemble du pays, la coordination des Gilets jaunes, à l’origine du rassemblement national a annoncé lundi 19 octobre un “acte II“ de la mobilisation, avec de nouvelles actions pour ce samedi 24 octobre. “Le 17, il y a eu une énorme poussée, mais elle n’a pas encore été suffisante : il y aura un 24 [octobre], un 31, et après un 5 novembre“, a déclaré Benjamin Ball, coordinateur du mouvement et cofondateur du site 17octobregiletjaune.net, qui propose une cartographie des mobilisations.

Une jonction des revendications

La journée de mobilisation du 24 octobre marque une étape décisive dans le renforcement de la contestation. Elle concrétise la jonction dynamique des revendications sociales, salariales et des demandes de la jeunesse. Outre des collectifs de citoyens et de Gilets jaunes, le mouvement intègre certains syndicats et une forte dynamique des organisations lycéennes et étudiantes.

La présence de plusieurs syndicats

Pour cet “Acte II“ contre la vie chère, la dynamique syndicale s’articule autour de plusieurs organisations syndicales. La CGT est le principal syndicat à appeler officiellement à la mobilisation ce samedi 24 octobre. A l’issue d’une réunion à Matignon mercredi, la Confédération Générale du travail qui avait soutenu la journée du 17 octobre, avec Solidaires et la FSU, a déclaré qu’elle sera de nouveau présente dans la rue ce samedi, pour “accompagner“ et “protéger“ ceux qui souhaitent manifester lors de l’acte II de la mobilisation sur le coût de la vie. La CGT Paris a d’ailleurs  formellement déposé une déclaration de manifestation à Paris. Solidaires et la Fédération Syndicale Unitaire (FSU), qui soutenaient déjà la première journée de contestation le 17 octobre, ont également annoncé se joindre de nouveau au mouvement ce samedi.

Les organisations de jeunesse toujours mobilisées

Les organisations lycéennes et étudiantes appellent elles aussi à poursuivre le mouvement. “On ne va pas s’arrêter !“, a ainsi écrit sur Instagram l’Union étudiante après la mobilisation du 17 octobre. La Coordination nationale lycéenne, disant rassembler des porte-paroles de lycées mobilisés dans 27 villes, appelle de son côté “les lycéen·nes à sortir dans la rue le samedi 24 octobre“, et appuie “toutes les suites de la mobilisation – blocages, manifestations, occupations“, a-t-elle affirmé dans un communiqué. “Nous attendons des mesures très concrètes sur la table […] ou des évolutions très concrètes sur nos revendications“, a ainsi déclaré Nathanaël Combary, président du Renouveau lycéen.

Une interdiction générale de manifester

La recommandation énoncée par Emmanuel Macron jeudi 22 octobre à l’issue d’un conseil de sécurité, est on ne peut plus claire : il n’y a pas de manifestation dans les jours à venir. “La doctrine qui a été arrêtée de manière très claire, c’est que partout où il y a une volonté de manifester, de se regrouper, les demandes qui seront faites par des gens qui n’ont aucune légitimité, seront interdites“, a déclaré le chef de l’État, justifiant cette décision par la nécessité de protéger “nos centre-villes, et en particulier nos commerces et nos bâtiments publics.“ “Les gens qui veulent continuer à manifester, quand ce sont des organisations syndicales, les préfets proposeront des tracés alternatifs“, a t-il annoncé. En clair, seules les “organisations syndicales“ pourraient éventuellement obtenir des préfets le droit de manifester, à l’inverse de tous les autres, qui, eux, se heurteraient à des refus systématiques au motif qu’ils seraient des “gens qui n’ont aucune légitimité“.

Une décision qualifiée d’“atteinte démesurée à la liberté“ dénoncée par plusieurs avocats. L’association de défense des libertés constitutionnelles et le syndicat de la magistrature ont déposé jeudi soir un recours en référé-liberté devant le Conseil d’État, visant à “suspendre l’exécution de la décision du président de la République.“

Des arrêtés d’interdiction en rafale 

Au même moment, des salves d’interdictions générales et absolues de manifester, d’une ampleur inédite, ont fait écho à ces déclarations présidentielles. Pour la journée du 24 octobre, plusieurs préfectures ont pondu des dizaines d’arrêtés pour éviter un samedi aussi enflammé que le 17 octobre. A Paris, le parcours du collectif étudiant Interfac et de plusieurs Gilets jaunes, reliant la Bastille à la place de l’Opéra, a fait l’objet d’un arrêté d’interdiction. “Toute manifestation“ a également été interdite à Lille, Lyon, Bordeaux, Nice, Montpellier, Toulon, Le Mans, Carcassonne, Saint-Etienne, Roanne, le Havre, pour ne citer que quelques unes des villes concernées.

A Lyon, à la veille de la mobilisation, le préfet du Rhône a pris un arrêté élargissant le périmètre d’interdiction des “ cortèges, défilés, attroupements et rassemblements“, interdits désormais dans la presqu’île de Lyon, mais aussi le quartier du Vieux-Lyon et l’ensemble des 3ᵉ et 6ᵉ arrondissements.

A Bordeaux, la CGT, la FSU et FO ont déposé vendredi un parcours classique au départ de la place de la Bourse, passant par la porte de Bourgogne, le cours Victor-Hugo, la place de la République, la place Gambetta et les allées de Tourny. Traversant le centre-ville de Bordeaux, la préfecture a annoncé l’interdir. L’intersyndicale a maintenu son mot d’ordre pour ce rassemblement à 14h00 place de la Bourse. D’autres appels de collectifs citoyens (Gilets jaunes) et de la jeunesse mentionnent un rendez-vous dès 12h30 place de la Victoire. Situé dans l’hyper centre, ce défilé est lui aussi interdit.

A Rennes, aucun parcours officiel n’a été validé par la préfète d’Ille-et-Vilaine qui a pris un arrêté d’interdiction totale de manifester dans l’hypercentre de la ville. Malgré cette interdiction, plusieurs syndicats (dont Solidaires 35) et partis politiques ont maintenu leur appel à la mobilisation contre la vie chère. Un parcours alternatif de 3,33 kilomètres a été déposé tardivement par les organisations, mais il a été officiellement rejeté par les services de l’État. Le rendez-vous principal de la manifestation reste fixé par les opposants à 14 heures, bien que le secteur soit entièrement interdit par la préfecture.

Les manifestations et cortèges autorisés

Dans la capitale

Dernière minute : le recours contre le nouveau tracé de la mobilisation parisienne a été rejeté samedi matin par le tribunal administratif de Paris. En conséquence, le seul tracé autorisé dans la capitale reliera la porte d’Italie à la porte de Vincennes, à partir de 14 heures.

A Paris, la préfecture de police de Paris a autorisé la manifestation déclarée par la CGT sur le parcours Bastille-Nation : Place de la Bastille⁠ > Rue de Lyon⁠ > Avenue Daumesnil⁠ > Place Félix-Éboué⁠ > Boulevard de Reuilly⁠ >  Boulevard de Picpus⁠ > Avenue du Trône⁠ > Place de la Nation⁠. A la veille de la mobilisation, la préfecture de police a néanmoins souhaité par arrêté “imposer“ dans l’après-midi un “changement de parcours“ du cortège, dénonce l’intersyndicale de l’Île-de-France, qui indique refuser cette demande “inacceptable“. Cette nouvelle proposition de parcours, entre la Porte de Vincennes et la Porte d’Italie est “impossible à sécuriser“ a déclaré auprès de l’AFP le cosecrétaire général de la CGT de Paris, Karl Ghazi. Les organisations indiquent dans leur communiqué “refus(er) ce jeu dangereux“ et annoncent qu’elles “iron(t) à Bastille“, comme prévu.

En région

A Marseille, alors qu’un arrêté initial prévoyait l’interdiction de tous les rassemblements dans le département, la préfecture des Bouches-du-Rhône a finalement accordé une dérogation exclusive à l’intersyndicale FSU-CGT-Solidarités. La manifestation est donc autorisée à titre dérogatoire. “Seule cette manifestation sera autorisée sur l’ensemble du département“, a déclaré le préfet. Rendez-vous est donné à 14 heures aux Réformés, pour un cortège en direction de la porte d’Aix, qui passera près de la gare Saint-Charles, a indiqué la préfecture des Bouches-du-Rhône.

A Nantes, le préfet de Loire-Atlantique, Laurent Hottiaux, a officialisé la mise en place d’un périmètre d’interdiction de manifester dans le centre-ville de Nantes ce samedi. Sauf modification de dernière minute, les restrictions se concentrent autour de l’axe central délimité par : au nord : la rue Dugommier, la rue de Budapest, la place Bretagne et l’allée des Tanneurs. À l’est : la rue de Strasbourg,  au sud : allée de l’île Gloriette et cours John-Kennedy, à l’ouest : les rues Foucroy, Piron et Franklin. Dans cette zone, tout rassemblement ou défilé est interdit par arrêté préfectoral. Les collectifs et organisations locales (comme Solidaires 44 ou la coordination citoyenne contre la vie chère) maintiennent leurs appels pour 13 h 00. Cependant, les quatre points de rendez-vous fixés se situent intégralement dans la zone interdite ou en bordure immédiate. Hors du centre-ville, les organisations syndicales officielles (comme la CGT ou Solidaires 44) qui ont formellement déclaré leurs rassemblements en préfecture peuvent maintenir leurs actions, à condition d’emprunter des itinéraires alternatifs contournant intégralement le centre-ville.

A Toulouse, après une réunion jeudi 22 octobre, les syndicats CGT et FSU se sont mis d’accord avec la préfecture sur un tracé officiel pour la manifestation de ce samedi .Les manifestants se retrouveront à partir de 14 heures en haut des allées Jean-Jaurès, au niveau du canal du Midi. Le cortège longera ensuite ce dernier jusqu’à la rue Sébastopol, qu’il empruntera dans son intégralité, avant de tourner sur le boulevard Lacrosse, l’avenue Séjourné et le pont des Catalans.

A Strasbourg, la préfecture du Bas-Rhin a interdit les rassemblements dans l’hyper centre n’autorisant qu’un seul parcours officiel. Le cortège en direction de la place de la République s’élancera à 14 heures de la place du Maréchal de Lattre de Tassigny (secteur de la Bourse), longera ensuite le Quai des Pêcheurs, puis empruntera l’avenue de la Liberté. La manifestation initialement prévue place Kléber est donc interdite, tout comme les rassemblements annoncés sur les réseaux sociaux aux abords du Parlement européen.

Comme cela a été le cas pour le 17 octobre, les Gilets jaunes ont mis en ligne une carte pour annoncer les lieux des différentes mobilisations à venir ce samedi 24 octobre.  A date, ce vendredi soir, 709 mobilisations sont recensées, dont notamment 509 manifestations réparties dans toute la France. Attention toutefois : ces manifestations organisées par les gilets jaunes sont interdites.

Un dispositif exceptionnel de sécurité

Après un week-end émaillé de violences et d’affrontements avec les forces de l’ordre, Laurent Nunez avait annoncé au sujet de la mobilisation de ce samedi : “Nous allons monter en gamme“. “Samedi prochain, c’est moi qui serai aux commendes et comptez sur ma fermeté, je n’ai plus à en faire la démonstration », avait assuré devant les députés, le ministre de l’Intérieur.

70 000 membres des forces de l’ordre mobilisés

Interrogé sur BFM-TV quant au nombre de forces de l’ordre mobilisées ce samedi 24 octobre, alors qu’elles étaient en sous nombre le 17 octobre, le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, Jean-Didier Berger, a annoncé qu’il sera de “20% supérieur“. “Demain seront mobilisés sur l’espace public, 70 000 policiers et gendarmes“ a annoncé Laurent Nunez à la veille de la mobilisation. Parmi ces derniers, “des effectifs locaux des différents départements, mais également des effectifs des forces mobiles“, des “unités d’élite comme le RAID, le GIGN ou la BRI pour la préfecture de police“ et “une vingtaine de véhicules blindés Centaure“ pour la gendarmerie et “15 engins lanceurs d’eau“ pour la police seront déployés en France, a précisé le ministre. La force Sentinelle de l’armée a été appelée en renfort pour sécuriser certaines zones sensibles (gares, aéroports notamment).

A Paris, la préfecture de police a pris en outre un arrêté autorisant ce samedi 24 octobre, “la captation, l’enregistrement et la transmission d’images au moyen de caméras installées sur des aéronefs“.

Des mesures complémentaires

Plusieurs arrêtés fixent des mesures complémentaires pour la journée du 24 octobre. Parmi celles-ci, l‘interdiction du transport et de la distribution de carburant dans des conteneurs individuels, jusqu’au lundi 26 octobre inclus, l’interdiction de détenir des artifices et des articles pyrotechniques, et enfin, l’interdiction de port et transport d’armes et d’objets pouvant constituer une arme.

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