Traité du Mercosur : les ambassadeurs de l’UE se prononcent
Les États membres de l’UE devrait sceller ce vendredi l’avenir de l’accord commercial UE-Mercosur. L’espoir de la France de coaliser autour d’elle une minorité de blocage a fait long feu et le président français Emmanuel Macron a déclaré jeudi que Paris s’opposerait à l’accord. Si, comme les signaux le suggèrent, l’Italie soutient le traité, cela représenterait une grave défaite diplomatique pour le locataire de l’Élysée.

C’est sans doute l’épilogue d’un long feuilleton. L’accord de libre échange entre l’Union européenne (UE) et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay), fruit de négociations laborieuses depuis vingt-cinq ans, devrait trouver une issue ce vendredi. Un épisode qui risque de tourner au psychodrame pour la France.
Les Etats membres de l’UE devraient bel et bien valider ce 9 janvier, la décision autorisant la Commission européenne à signer l’accord commercial UE-Mercosur, à l’issue d’une réunion des ambassadeurs de l’UE (Coreper II), qui précèdera une signature formelle du texte programmée le 12 janvier. Les participants seront invités à se prononcer sur le compromis obtenu avec le Parlement concernant le renforcement de la clause de sauvegarde agricole, et également, à entamer le processus de signature et de conclusion du traité. S’exprimant le 7 janvier à la sortie de la réunion extraordinaire des ministres de l’Agriculture à Bruxelles, Annie Genevard a semblé résignée sur le destin de l’accord au Conseil de l’UE. Malgré son opposition au traité, elle renvoie à présent vers le Parlement européen. “Ce n’est pas la fin de l’histoire le 12“ veut-elle croire.“Le 12, le conseil des chefs d’État va se prononcer, mais après cela va partir au parlement et cela sera l’affaire des parlementaires européens“. “Et, il n’est pas garanti que l’accord soit validé“, a t-elle plaidé le 7 janvier.
🔴 Mercosur : la signature pourrait avoir lieu le 12 janvier ➡️ "Le 12, le Conseil des chefs d'État va se prononcer, mais après, ça va partir au Parlement européen […] Il n'est pas garanti que l'accord soit validé par le Parlement européen", selon Annie Genevard pic.twitter.com/ngL99z5UdC
— franceinfo (@franceinfo) January 7, 2026
Le pari perdu de la France
Fer de lance de l’opposition européenne à ce traité, la France s’est depuis l’origine opposée à sa signature. Le président Emmanuel Macron affirmait encore le 19 décembre que Paris restait ferme sur ses exigences. “La France a obtenu le report de la signature de l’accord avec le Mercosur, car aujourd’hui le compte n’y est pas“, déclarait alors le chef de l’État dans un message publié sur X, après le sommet du Conseil européen à Bruxelles. “Nous portons des exigences de bon sens, légitimement demandées par nos agriculteurs : clause de sauvegarde robuste, réciprocité avec les clauses miroirs et contrôles efficaces sur les produits importés. Ces exigences doivent être garanties et effectives“, ajoutait le président français. Paris avait alors gagné un délai de grâce pour tenter d’obtenir d’ultimes aménagements susceptibles de calmer la colère d’une partie des agriculteurs français. Un nouveau report qui n’a fait qu’entretenir les faux-semblants sur ce qui s’annonce comme un camouflet diplomatique et un revers pour le président de la République, écrit le quotidien Le Monde. Le front commun des opposants à ce traité de libre-échange n’aura en tenu que le temps de la trêve des confiseurs.
Mercosur : le mauvais pari diplomatique de la France
La volte-face de l’Italie
Après avoir fait temporairement basculer le destin de l’accord en décembre, en réclamant davantage de temps pour examiner les mesures complémentaires, l’Italie, dont le vote est nécessaire pour obtenir une majorité, semble ne plus faire partie du groupe des opposants à l’accord. Mercredi 7 janvier, le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a jugé qu’un tel accord offrirait des “avantages énormes“ et un “potentiel considérable“ pour l’Europe. Une inflexion de ton notable, alors que Rome figurait jusqu’ici parmi les États les plus réticents à la signature du texte. Le chef de la diplomatie italienne a toutefois tenu à réfuter toute idée de volte-face. “L’Italie n’a jamais changé de position“, assure-t-il dans un communiqué, affirmant avoir toujours soutenu la conclusion de l’accord, à condition que les “préoccupations légitimes du secteur agricole“ soient prises en compte. Avec le sentiment d’avoir obtenu gain de cause, le ministre italien de l’Agriculture, Francesco Lollobrigida, a pour autant fait savoir que l’Italie devrait donner sa voix à la signature de l’accord.
Italy says EU-Mercosur deal offers 'enormous benefits'
➡️ https://t.co/FmhIXALWlB pic.twitter.com/KmPys8hSgO— FRANCE 24 (@FRANCE24) January 7, 2026
L’espoir d’une minorité de blocage, évanoui
L’espoir de la France de coaliser autour d’elle une minorité de blocage a fait ainsi long feu. En semblant prête à rallier le camp des pro-Mercosur, aux côtés de l’Allemagne, des Pays-Bas, de l’Espagne, ou encore des pays scandinaves, Rome met ainsi fin aux derniers espoirs de Paris de pouvoir obtenir un véto, avec la Pologne, la Hongrie ou encore l’Autriche. Sans l’Italie, cette alliance ne dispose plus en effet du poids démographique nécessaire pour former une minorité de blocage au Conseil de l’UE, même si d’autres pays (Autriche, Pays-Bas, Irlande…) restent critiques. Concrètement, le “front du refus“ français se retrouve isolé face au bloc pro accord mené par l’Allemagne et l’Espagne, désormais potentiellement renforcé par l’Italie. Ce qui rend beaucoup plus difficile de stopper l’accord “en l’état“ comme le souhaite Paris.
Le rapport ne penche donc clairement pas en faveur de Paris, même si certains de ses alliés de circonstance ont émis des doutes et des réserves sur la signature du traité. La Pologne et l’Autriche sont parmi ceux-là, Varsovie et Vienne ayant émis des “réserves“ sur le volet agricole. La Hongrie fait aussi partie des opposants. L’Irlande a, quant à elle, annoncé jeudi qu’elle votera contre l’accord commercial avec le Mercosur lors d’un vote vendredi.
Alors que la France cherche désespérément des alliés à Bruxelles pour empêcher le vote de l’accord avec le Mercosur, l’Irlande annonce qu’elle votera contre. →https://t.co/F7oCAG4YjB pic.twitter.com/QkGmAWPt5t
— Le Figaro (@Le_Figaro) January 8, 2026
“Paris sous pression“
La possibilité de trouver une minorité de blocage pour barrer la route au traité de libre-échange s’éloigne chaque jour un peu plus. A défaut, quelle sera la position de Paris vendredi ? La France va-t-elle se prononcer pour, contre ou s’abstenir lors du vote final sur l’accord avec le Mercosur. Longtemps silencieux, Emmanuel Macron a annoncé, dans un communiqué jeudi soir, que la France voterait “contre la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur.“ Malgré des “avancées incontestables“ dont “il faut donner acte à la Commission européenne“, “le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord [en France], comme l’ont clairement montré les récents débats à l’Assemblée nationale et au Sénat“, a déclaré le chef de l’Etat. Une position également défendue par Sébastien Lecornu. On peut comprendre le Premier ministre : un soutien final de Paris aurait attisé encore la colère du monde agricole — des tracteurs de la Coordination rurale sont entrés dans la capitale ce jeudi peu avant l’aube — et exposerait son gouvernement à une motion de censure à l’Assemblée.
La France est favorable au commerce international, mais l’accord UE-Mercosur est un accord d’un autre âge, négocié depuis trop longtemps sur des bases trop anciennes (mandat de 1999).
Si la diversification commerciale est nécessaire, le gain économique de l’accord UE-Mercosur…
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) January 8, 2026
La riposte de LFI et LR
La riposte ne s’est pas fait attendre. “La France humiliée à Bruxelles mais aussi à Washington, voilà le bilan désastreux“ d’Emmanuel Macron écrit La France Insoumise (LFI), dans un message posté sur X, vendredi 9 janvier. La députée LFI, Mathilde Panot y annonce le dépôt d’une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu pour protester contre le “piétinement“ de la souveraineté populaire et du droit international, tant concernant l’accord de libre-échange avec le Mercosur que l’attaque américaine au Venezuela.
La France insoumise dépose ce matin une motion de censure contre le gouvernement Lecornu.
La France humiliée à Bruxelles par le Mercosur que Macron n’a jamais bloqué en 8 ans de pouvoir.
La France humiliée dans le monde, tel est le bilan désastreux d’un Président de la… pic.twitter.com/rwy0sDcxQG
— Mathilde Panot (@MathildePanot) January 9, 2026
Le parti Les Républicains (LR) a lui aussi évoqué la possibilité d’une telle censure, avant que le président ne rende publique sa décision. “Ce que je dis solennellement, c’est que si le président de la République vote pour le Mercosur, après toutes ses déclarations, il prend le risque d’une censure“, a affirmé mercredi devant la presse le patron de LR, Bruno Retailleau. Les socialistes restent pour leur part très réservés à l’idée de censurer le gouvernement sur ce dossier.
Mercosur : Retailleau menace Macron d’une censure du gouvernement Lecornu s’il vote l’accord commercial
➡️ https://t.co/ZZ3o07IS3N pic.twitter.com/GFr2JO11OB— Le Parisien | politique (@leparisien_pol) January 7, 2026