Avis de motion de censure contre le gouvernement

L’Assemblée nationale se prononce cette semaine sur deux motions de censure déposées par le RN et LFI, pour dénoncer notamment la position de la France concernant l’accord de libre-échange UE/Mercosur. En riposte, l’exécutif a agité vendredi le spectre d’une nouvelle dissolution.

Pour la première fois depuis le 16 octobre 2025, le gouvernement Lecornu sera de nouveau menacé de censure, mercredi. Et ce n’est pas une, mais deux motions de censure que le Premier ministre va devoir affronter, malgré le “non“ d’Emmanuel Macron au Mercosur, qui a reçu l’avis favorable de la majorité des Vingt-Sept à Bruxelles, vendredi.

Des postures cyniques et partisanes“, dénonce l’exécutif

Une manoeuvre de communication hypocrite

Car ces deux motions de censure déposées de manière spontanée (sur le fondement de l’article 49 al. 2 de la Constitution) visent avant tout à sanctionner la position de la France qui a finalement décidé de voter contre la signature de l’accord de libre échange entre l’Union Européenne et les pays du Mercosur, au risque de s’isoler sur la scène européenne. La première avait été brandie par Jordan Bardella, jeudi dans la soirée. Le président du Rassemblement National avait alors qualifié de “mise en scène“, la décision d’Emmanuel Macron de s’opposer au traité de libre-échange, en partie responsable de la colère agricole. Ce “non“ est “une manoeuvre de communication aussi tardive qu’hypocrite“, et donc “une trahison des agriculteurs“, avait dénoncé M. Bardella sur le réseau X.

« La France humiliée

La deuxième motion de censure annoncée dans la foulée, vendredi matin, par Mathilde Panot, présidente du groupe  La France Insoumise à l’Assemblée, vise à  protester contre le “piétinement“ de la souveraineté populaire et du droit international, tant concernant l’accord de libre-échange avec le Mercosur que le Venezuela. “La France humiliée à Bruxelles mais aussi à Washington, voilà le bilan désastreux“ du président Emmanuel Macron, accusent les signataires de cette motion.

Sébastien Lecornu a rapidement fustigé les deux motions de censure, dénonçant des “postures cyniques et partisanes“ qui affaiblissent “la voix de la France“. Alors que les débats sur le projet de loi de finances ont repris jeudi en commission des Finances à l’Assemblée nationale, ces motions “retardent encore les discussions budgétaires, déjà bloquées par les mêmes partis politiques sur fond d’agenda électoral, et envoient un très mauvais signal à l’étranger“, a ajouté le Premier ministre.

Des chances d’aboutir, très faibles

Sur le papier, les chances que l’une ou l’autre de ces motions soit adoptée, sont néanmoins très faibles. Et ce, même si le député du Rassemblement National (RN), Jean Philippe Tanguy a annoncé dimanche, que son groupe votera les deux motions de censure. Ce qui ne sera pas le cas de la gauche qui ne votera pas celle du groupe de Marine Le Pen. Les socialistes ont également décidé de ne pas mêler leurs voix à celles des Insoumis, comme l’a confirmé le premier secrétaire du PS, Olivier Faure.

Invité ce dimanche sur France Inter pour l’émission “Questions politiques“, François Hollande a lui aussi balayé l’idée que le parti socialiste puisse s’associer à l’une ou l’autre de ces motions de censure. “Elles sont inappropriées“, estime l’ancien président de la République. “On ne peut pas reprocher au gouvernement une action que nous avons encouragée“ a-t-il relevé, en pointant du doigt le vote “contre“ de la France sur le traité du Mercosur. “Nous avons demandé de voter contre, c’était même à l’unanimité de l’Assemblée nationale“, a rappelé le député socialiste, en ajoutant qu’il revient aussi au Premier ministre de maintenir la stabilité.

En tout état de cause, renverser le gouvernement de Sébastien Lecornu impliquerait obligatoirement que l’une ou l’autre des motions recueille en plus des voix des députés RN et du Parti socialiste (PS), celles des Républicains (LR). Or, le président du parti de droite, Bruno Retailleau, a déjà apporté une réponse : LR pourrait censurer le gouvernement “si Emmanuel Macron vote pour“ le Mercosur, a précisé le sénateur de Vendée mercredi, lors de la présentation de ses propositions économiques. Ce que n’a pas fait le président français ce vendredi. “Dont act.

Le spectre de la dissolution

L’exécutif a de nouveau agité ce vendredi le spectre d’une nouvelle dissolution en cas de censure du gouvernement, remettant la pression sur les députés qui peinent toujours à s’entendre sur un budget pour 2026. Le Premier ministre a ainsi donné instruction au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez de préparer l’organisation d’éventuelles élections législatives aux dates des municipales les 15 et 22 mars, comme l’a dévoilé vendredi, l’Agence France Presse (AFP).

Sébastien Lecornu a demandé au ministre de l’intérieur d’étudier l’organisation de législatives anticipées aux dates des élections municipales

Le Monde (@lemonde.fr) 2026-01-09T20:22:10.813947+00:00

Invité d’Europe1 samedi, le vice-président du RN Sébastien Chenu a parié sur un “coup de bluff“ de Matignon et raillé un exécutif “terrorisé à l’idée que les motions de censure puissent passer“. Même son de cloche du côté du président LFI de la commission des Finances à l’Assemblée, Eric Coquerel, qui sur Franceinfo, a dit en substance voir dans la menace de nouvelles élections le résultat de discussions budgétaires qui continuent à patiner. Selon le média Politico, la menace de la dissolution agitée par Matignon a fortement agacé les “roses“. Et le coup de pression de “Monsieur Discret“, comme l’appellent Les Echos, avant qu’il ne temporise samedi dans Le Parisien, a été au mieux mal compris, au pire considéré comme malhabile.

 

 

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