Le président Emmanuel Macron entame ce mardi une visite officielle en Inde, du 17 au 19 février, à Bombay, puis à New Dehli. Au programme de ce déplacement, un sommet sur les impacts de l’IA, et de nombreux sujets, dont la Défense. A la clé, un contrat historique de 114 chasseurs Rafale.

Emmanuel Macron entame ce mardi une quatrième visite officielle de trois jours en Inde – du 17 au 19 février – à Bombay, puis New Delhi. A l’occasion de ce déplacement, le président français et le Premier ministre indien Narendra Modi, entendent donner l’image d’un partenariat renforcé et “ancré dans l’avenir“, selon les termes employés par l’Élysée. Une visite pour ancrer les liens existants et en développer d’autres dans le cadre de la stratégie Indopacifique mise en place en 2018.
Un partenaire clé en Indopacifique
“Il existe une relation franco-indienne proche de ce que l’on pourrait appeler une “relation spéciale“, veut croire Christophe Jaffrelot, professeur à Sciences Po et spécialiste du-continent indien. “Une relation de confiance particulièrement forte.“ Face à la montée en puissance de la Chine et aux tensions commerciales avec les États-Unis, Paris veut faire de l’Inde un partenaire clé en Indopacifique. Les deux nations partagent un dessein commun : l’autonomie stratégique. Chantres d’un monde multilatéral en voie de disparition, Paris et New Delhi ont en commun de vouloir rééquilibrer les forces mondiales.
L’idée ? Ne pas se retrouver écrasées entre le marteau américain, incarné par un Donald Trump de plus en plus agressif vis-à-vis de l’Inde comme de l’Europe avec sa politique douanière, et l’enclume chinoise, qui inonde le sous-continent comme le Vieux Continent de ses produits. Quatrième puissance économique au monde, l’Inde représente en outre pour la France un partenaire incontournable dans l’Indo-Pacifique, un acteur clé du développement économique des deux nations et un pilier du multilatéralisme. Une centaine de chefs d’entreprise seront présents sur l’ensemble de la visite, des PDG d’EDF, Schneider Electric, CMA-CGM, Safran, Dassault et Naval Group aux patrons de start-up de l’intelligence artificielle telles Owkin et H.
Je serai à Bangalore demain pour le 6ᵉ dialogue annuel de défense entre la France et l’Inde avec le ministre @rajnathsingh.
Notre partenariat stratégique, fondé sur la confiance et l’autonomie stratégique, se renforce par une coopération opérationnelle et industrielle toujours… https://t.co/xgSVNCBtbQ pic.twitter.com/Ht0VjhrGxb
— Catherine Vautrin (@CaVautrin) February 16, 2026
Quel programme ?
Bombay : hommage aux victimes des attentats de 2008
Le déplacement s’ouvrira ce 17 février à Mumbai par un hommage aux victimes des attentats de Bombay en 2008, qui avaient fait 175 morts, dont deux ressortissants français. Un moment de recueillement hautement symbolique, qui rappelle la solidarité entre Paris et New Delhi face au terrorisme. Le Président échangera ensuite avec des figures du cinéma indien, dont Bombay est la capitale afin d’explorer les coopérations possibles entre les industries culturelles françaises et indiennes. La présidente du Festival de Cannes fera partie de la délégation, soulignant l’importance du dialogue culturel dans le partenariat bilatéral.
Emmanuel Macron rend hommage aux victimes des attentats de Mumbai de 2008 au palais du Taj Mahal #BFM2 pic.twitter.com/wYCaJ49GHz
— BFM (@BFMTV) February 17, 2026
Un méga contrat d’achat de Rafale en vue
Emmanuel Macron rejoindra ensuite le Premier ministre Narendra Modi pour une série d’entretiens stratégiques avec les délégations. Au cœur des échanges : des coopérations en nucléaire civil, transports et intelligence artificielle avec EDF ou Schneider Electric. Les deux dirigeants dirigeants inaugureront ensuite depuis Bombay, une chaîne d’assemblage d’hélicoptères Airbus H125 située à Bangalore, illustrant la profondeur de la coopération industrielle et sur la défense notamment dans le cadre du “Make in India“. Emmanuel Macron et Narendra Modi vont afficher pendant trois jours la bonne santé du partenariat franco-indien, avec à la clé la confirmation mardi d’un contrat exceptionnel de 114 chasseurs Rafale approuvé jeudi 12 février par le ministère de la Défense indien. “Les discussions vont se poursuivre. Elles sont très positives mais elles restent en cours“, assure l’Elysée.
Voyage d’Emmanuel Macron en Inde, après la signature du « contrat du siècle » de 114 Rafale#Inde #Diplomatie https://t.co/L8zVrUeqlb
— Public Sénat (@publicsenat) February 16, 2026
Mercredi 18 février, le président français présidera une table ronde avec des investisseurs indiens. “On estime qu’on a encore un potentiel inexploité et que ce commerce, ces échanges peuvent se renforcer“, explique l’Elysée, qui rappelle que “700 entreprises françaises sont installées en Inde“. Puis le président français se rendra à New Delhi, où il visitera l’AIIMS, principal hôpital universitaire du pays. Il y inaugurera le Centre franco-indien de l’Intelligence Artificielle (IA) en santé et participera aux rencontres universitaires franco-indiennes réunissant près de 200 acteurs académiques, confirmant la volonté d’ancrer la coopération dans la recherche et l’enseignement supérieur. Pour rappel, Emmanuel Macron a annoncé en 2024 l’objectif ambitieux d’accueillir 30 000 étudiants indiens dans les universités de France d’ici 2030.
Un déplacement sous le signe de l’IA
Le déplacement culminera le 19 février avec le Sommet sur les impacts de l’Intelligence Artificielle (IA), dont Emmanuel Macron et Narendra Modi donneront le coup d’envoi. Dans la foulée de celui de Paris organisé en février 2025, ce sommet défend l’idée de ne pas laisser le champ libre dans ce domaine aux États-Unis et à la Chine. La manifestation, qui réunira des chefs d’État, des ministres, des responsables du secteur technologique et des chercheurs, vise à définir une feuille de route commune pour la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. Une quarantaine de pays y sont attendus, dont une vingtaine de chefs d’État. L’Inde, pays le plus peuplé du monde et l’un des marchés numériques à la croissance la plus rapide, voit dans ce sommet une opportunité de se positionner comme un pont entre les économies avancées et les pays du Sud. Les autorités ont déclaré que l’expérience du pays en matière de construction d’infrastructures publiques numériques à grande échelle, notamment de plateformes d’identité et de paiement numériques, offre un modèle pour déployer l’IA à grande échelle tout en maîtrisant les coûts.
Le Premier ministre Narendra Modi a inauguré à New Delhi le Sommet sur l'impact de l'IA, un événement de cinq jours visant à définir une "feuille de route commune pour la gouvernance et la collaboration mondiales en matière d'IA". L'événement devrait accueillir 250 000 visiteurs… pic.twitter.com/ynZPkwSwcP
— L'Echiquier social (@EchiquierSocial) February 16, 2026
Multilatéralisme et Ukraine en toile de fond
Au plan diplomatique, les discussions devraient également porter sur la situation internationale, notamment le conflit en Ukraine. Sur le plan géopolitique, des « irritants“ comme disent les diplomates, demeurent. L’Inde s’est jusqu’à présent refusée à condamner Moscou et a poursuivi ses importations de pétrole russe, faisant fi des sanctions occidentales. Le pays demeure par ailleurs un partenaire historique de la Russie sur le plan militaire, une part significative de son arsenal étant d’origine russe. Le déplacement intervient par ailleurs alors que la France doit assurer la présidence du Groupe des Sept (G7) en 2026, tandis que l’Inde préside cette année les BRICS, regroupant plusieurs puissances émergentes. Et Paris ambitionne à ce titre de renforcer le dialogue entre pays occidentaux et pays du “Sud global“, dont New Delhi se présente comme un acteur central.