9ème édition du sommet “Choose France“
Emmanuel Macron réunit ce lundi au château de Versailles près de 200 grands patrons étrangers pour une neuvième édition du sommet “Choose France“. Si le montant des investissements s’annonce “record“, selon l’Elysée, il ne pourra masquer une réindustrialisation en trompe l’oeil du pays.

Au château de Versailles, Emmanuel Macron s’apprête à accueillir ce lundi des dizaines de grands patrons lors de la neuvième édition du sommet “Choose France“. Et le locataire de l’Élysée entend bien marquer les esprits pour son dernier sommet économique. Deux cents PDG et investisseurs étrangers sont attendus, avec l’ambition affichée de récolter une nouvelle moisson record d’investissements.
Une “pluie de milliards“ attendue
Lors d’un déplacement en Eure-et-Loir, vendredi, le chef de l’État a prédit des annonces “formidables“ pour cette neuvième édition du sommet. L’an dernier, 40 milliards d’euros d’investissements nouveaux avaient été annoncés. “Cette année, ce sera plus“, a promis ce dimanche dans Questions Politiques le ministre de l’Économie, Roland Lescure.
Sommet Choose France : Les investissements annoncés lors du sommet seront supérieurs aux 40 milliards de l'an passé, assure Roland Lescure #QuestionsPol pic.twitter.com/rUSdBd5gnt
— France Inter (@franceinter) May 31, 2026
Plusieurs patrons d’entreprises étrangères doivent ainsi annoncer des investissements lundi. M. Lescure déclaré dimanche qu’“Energias de Portugal (EDP) va officialiser 1,3 milliard d’investissements dans les énergies renouvelables, en partenariat notamment avec Engie“. “Ce sont des investisseurs portugais qui sont déjà en France“ et qui vont investir dans “l’éolien offshore, l’éolien marin“, a détaillé le ministre.
Masayoshi Son, président du géant japonais des investissements dans les technologies SoftBank, a par ailleurs annoncé dimanche à La Tribune Dimanche qu’il allait lui aussi investir massivement en France, “dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle“ : “75 milliards d’euros au total, dont 45 milliards d’ici à 2031, dans les Hauts-de-France“. Le résultat selon Roland Lescure d’une visite à Tokyo début avril avec Emmanuel Macron. “On a bossé comme des mules pendant deux mois“. C’est notamment “l’électricité décarbonée“, qui a fait pencher la balance, a précisé le patron de Bercy .
IA, data centers : l’investissement vertigineux de 75 milliards du japonais SoftBank à l’occasion de Choose France www.challenges.fr/entreprise/t…
— Olivier Dassonville (@thedarkpixel.bsky.social) 2026-05-31T08:52:22.053Z
Autre annonce dans le cadre des journées de l’investissement Choose France, qui ont eu lieu avant le sommet de Versailles : celle du groupe Ecolab, spécialiste américain du traitement de l’eau, qu va investir 100 millions d’euros sur deux sites en France, près de Marseille et en Moselle, a révélé samedi le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre. “Je suis très heureux de vous annoncer qu’Ecolab confirme son engagement en faveur de la croissance durable de l’économie française avec un investissement de 100 millions d’euros“ a déclaré à La Provence le ministre. “Ces investissements soutiennent la décarbonation industrielle et l’électrification, le développement économique régional et la création d’environ 2500 emplois qualifiés“ a-t-il ajouté.
Près de 600 millions d’euros d’investissements devraient être annoncés cette année dans le secteur de la Santé, à l’occasion du sommet. Ces investissements, prioritaires aux yeux du gouvernement, n’avaient pas dépassé les 200 millions d’euros l’an dernier. Le laboratoire pharmaceutique britannique GSK devrait ainsi consacrer 140 millions d’euros à la modernisation de ses sites d’Évreux, de Mayenne et de Saint-Amand-les-Eaux. Le suisse Sandoz, spécialiste des médicaments génériques et biosimilaires, devrait, lui, annoncer 150 millions d’investissements supplémentaires sur son usine de Toulouse, rachetée il y a six mois à l’allemand Evotec.
L’IA au coeur des enjeux du sommet
Ces derniers mois, la France a martelé son ambition d’être un des leaders mondiaux du secteur de l’Intelligence Artificielle (IA), un enjeu aussi économique que politique pour Emmanuel Macron. L’IA occupera ainsi une place centrale dans cette édition 2026. Un an après le Sommet pour l’action sur l’IA organisé à Paris, la France veut désormais démontrer sa capacité à accueillir les infrastructures nécessaires à cette révolution technologique : centres de données, super calculateurs, réseaux électriques et capacités de calcul à grande échelle. Le géant japonais des investissements dans les technologies, SoftBank, ne s’y est pas trompé lors de son annonce d’un investissement record de 75 milliards d’euros, pour la construction de data centers. Selon Masayoshi Son, son président, le premier argument qui plaide pour un tel investissement en France est “l’énergie“ : “Le fait que le pays soit producteur et exportateur d’énergie est absolument décisif pour des investissements d’infrastructure dans l’intelligence artificielle. Surtout pour des data centers“, a t-il indiqué.
SoftBank annonce un investissement record de 75 milliards d'euros lié à l'IA en amont de «Choose France» https://t.co/QwSxacBBaK pic.twitter.com/00GA5iIfh7
— RFI Éco (@RFI_eco) May 31, 2026
Une réindustrialisation en trompe-l’oeil
Depuis 2018, Emmanuel Macron se sert de ce rendez-vous comme d’une vitrine de son action pour réindustrialiser le pays. Pour la septième année d’affilée, le président pourra certes souligner que la France est le pays le plus attractif d’Europe en terme de nombre de projets d’investissements étrangers : 852 sur 5.026 en 2025 selon le baromètre du cabinet EY. “Cela fait maintenant sept années consécutives que la France est le pays d’Europe qui attire le plus d’investissements étrangers. Ça ne tombe pas du ciel, c’est le fruit de réformes, de travail et aussi de constance et de notre engagement collectif“, s’est d’ailleurs félicité le président de la République, vendredi. Selon la direction générale des Entreprises (DGE), il y a eu en 2025 19 ouvertures ou extensions de sites industriels de plus que de fermetures ou de réductions (261 contre 242). Des résultats qui témoignent, selon le gouvernement, du dynamisme économique retrouvé du pays, qui est, depuis sept ans, le plus attractif d’Europe pour les investisseurs étrangers.
Emmanuel Macron: "Cela fait maintenant sept années consécutives que la France est le pays d'Europe qui attire le plus d'investissements étrangers. Ça ne tombe pas du ciel, c'est le fruit de réformes, de travail et aussi de constance et de notre engagement collectif." #BFM2 pic.twitter.com/tnmK7MCi9l
— BFM (@BFMTV) May 29, 2026
Pour autant, le montant record des annonces, ne pourra masquer les difficultés du secteur industriel français depuis deux ans. Depuis 2024, la relance industrielle nationale est stoppée. En 2025, près de 20 000 emplois industriels ont été détruits dans le pays, et la tendance s’aggrave. Le chômage repart à la hausse, dépassant les 8 %. “Les détracteurs diront que la balance commerciale est toujours massivement déficitaire et que le poids de l’industrie dans le PIB est passé sous 10%, à 9,5%“, relève Morlet-Lavidalie, économiste à l’institut de tendance libérale Rexecode, qui préfère parler de “tendance à l’amélioration“ plutôt que de réindustrialisation. “Il ne faudrait pas penser que la France est un eldorado pour l’industrie“ ajoute t-il. Avant d’avancer : “Malgré ses “atouts“ comme le nucléaire, ou les efforts déployés sur la fiscalité des entreprises ou l’accès au foncier: le président joue un peu “le roi de la com“ avec Choose France, même si “un gouvernement a besoin d’entretenir cette flamme.“.
Pour Emmanuel Macron, un dernier Choose France sur fond de réindustrialisation en panne