Une “retraite informelle“ des dirigeants de l’UE, pour discuter du renforcement du marché unique

A l’invitation du président du conseil, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne, dont le président français Emmanuel Macron  se réunissent ce jeudi 12 février à Alden Biesen dans le cadre d’une “retraite informelle“,  pour discuter du renforcement du marché unique. 

C’est dans le décor du château d’Alden Biesen, près de Bruxelles que les dirigeants des pays de l’UE se retrouvent ce jeudi 12 février pour une retraite informelle, censée dessiner les contours d’une Europe plus compétitive et d’un marché unique renforcé. Ils seront entourés de deux invités de marque: Enrico Letta et  Mario Draghi, auteurs de deux rapports décrivant comment l’Europe pourrait relancer la productivité et l’investissement afin de rivaliser avec les États-Unis et la Chine.

Dans sa lettre d’invitation, Antonio Costa, le président du Conseil européen, parle d’“impératif stratégique urgent“ et insiste: il veut donner le “même élan politique au domaine de la compétitivité“ qu’à la défense, thème de la retraite informelle de l’an dernier. “Le marché unique [qui assure la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes, ndlr] peut constituer un puissant moteur de simplification tant pour les citoyens que pour les entreprises. Nous devons en faire davantage pour réduire effectivement les obstacles nationaux et pour rendre le cadre réglementaire plus propice à l’investissement, à l’innovation et à la croissance des entreprises, à tous les niveaux, y compris européen“, souligne le Portugais.

Des réformes complexes

L’éloge du fédéralisme

Dans son rapport, Mario Draghi, estime notamment que l’Europe est confrontée à un “défi existentiel“ pour accroître sa productivité. Les principales priorités étant de faire progresser le secteur technologique et d’assurer une transition réussie vers la neutralité climatique. L’ancien gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE),  qui estime qu’une Europe incapable de défendre ses intérêts ne pourra pas préserver ses valeurs longtemps, préconise un fédéralisme européen,  pour devenir une puissance dans un monde de rapports de force.  L’homme politique italien, ne ménage pas les susceptibilités européennes. Sans transformation, il prédit “un avenir dans lequel l’Europe risque d’être subordonnée, divisée et désindustrialisée, tout cela en même temps“. Et il souligne qu’“une Europe incapable de défendre ses intérêts ne pourra pas préserver ses valeurs longtemps.“

L’Europe est lente, mais je pense que nous sommes à un moment charnière“, a déclaré pour sa part Premier ministre belge Bart De Wever, qui a proposé la réunion des Européens. Malgré le battement de tambour constant autour de la compétitivité, la volonté politique d’une réforme significative reste cependant faible. Les obstacles institutionnels et techniques de longue date du bloc semblent difficiles à surmonter. Les réformes de grande envergure restant soit techniquement complexes, soit politiquement intouchables, les gouvernements refusent de céder des pouvoirs à Bruxelles.

Paris “à la manoeuvre“, pour redessiner la stratégie économique de l’UE

Pour Paris, l’enjeu est clair : faire de ce sommet “le pendant économique“ du Conseil européen extraordinaire de janvier consacré à la défense, et y imposer sa vision d’une “Europe puissance“, chère à Emmanuel Macron, comme l’a rappelé le président français lors de son discours aux ambassadeurs le 8 janvier dernier. Le message français dépasse largement le cadre du fameux rapport Draghi sur la compétitivité : il s’agit de refonder en profondeur le modèle économique européen.

Emmanuel Macron entend bien convaincre ses homologues qu’il est temps de se doter d’une doctrine plus protectrice, voire protectionniste, avec “un leitmotiv : l’indépendance européenne“. Selon Les Échos, l’approche française soutenue notamment par l’Espagne, la Grèce et la Lituanie, vise à dresser un diagnostic précis des vulnérabilités européennes. Elle s’articule autour de trois axes majeurs.  Il s’agit d’abord de consolider l’unité politique sur l’analyse des défis externes et de traiter de manière méthodique les enjeux de réduction des dépendances européennes, une par une – vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine. Paris voudrait ensuite examiner secteur par secteur les actions et instruments à mettre en oeuvre, en conciliant compétitivité et réduction des dépendances, tout en préservant la capacité de l’Europe à créer sa propre croissance.

Mais la position de la France est loin de faire l’unanimité. Ni l’Italie ni l’Allemagne ne semblent intéressées par la recette proposée par Paris et défendue à Bruxelles par Stéphane Séjourné. Friedrich Merz et Giorgia Meloni, considérés comme le nouveau couple à la mode en Europe, ont même préparé une note de leur côté, en amont du sommet. Soit le type de document que Paris et Berlin avaient l’habitude de signer ensemble.

Posted in Europe/Monde, L'Agenda politique, Union Européenne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *