Ce que l’on sait des pourparlers entre les Etats-Unis et l’Iran au Pakistan

Une délégation américaine doit rencontrer samedi des responsables iraniens au Pakistan pour des pourparlers entre les États-Unis et l’Iran. Des négociations qui s’annoncent tendues, tant les deux belligérants ont des positions opposées sur des points majeurs. Ce que l’on sait de ce sommet.

Au 42e jour de la guerre, et après un cessez-le-feu fragile mis en place au cours de la semaine, les deux belligérants doivent se retrouver dans la capitale, Islamabad, située tout au nord du Pakistan, près de la frontière indienne. La délégation américaine doit rencontrer samedi des responsables iraniens.

Téhéran a annoncé conditionner sa venue à la suspension des frappes israéliennes sur le Sud-Liban. “La tenue de pourparlers visant à mettre fin à la guerre dépend du respect par les Etats-Unis de leurs engagements en matière de cessez-le-feu sur tous les fronts, en particulier au Liban“, a indiqué Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne, dans des propos rapportés par l’agence Isna. Le Pakistan avait assuré, au moment de l’annonce du cessez-le-feu, que la trêve s’appliquait “partout, y compris au Liban“ ce qu’ont démenti ensuite Israéliens et Américains. “Un cessez-le-feu au Liban et le déblocage des avoirs iraniens avant le début des négociations. Ces deux conditions doivent être remplies avant l’ouverture des négociations“, a posté sur X le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Dernière minute : Une délégation iranienne dirigée par le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf est arrivée à Islamabad pour des discussions avec les États-Unis, a rapporté le Wall Street Journal.

Le Pakistan accueille les pourparlers entre les États-Unis et l’Iran et jouera le rôle de médiateur. Moins de 24 heures avant la rencontre prévue à Islamabad, la capitale pakistanaise est bouclée. Les autorités ont bloqué des routes avec des conteneurs et des barbelés, déployé des forces de sécurité dans toute la ville et bouclé un périmètre de trois kilomètres autour de l’hôtel Serena, où une partie des délégations doit séjourner. Directement concerné par le conflit, le Pakistan sera sans doute plus qu’un simple pays d’accueil pour ces pourparlers. Grand voisin de l’Iran, doté de l’arme nucléaire, le pays a su s’imposer comme un pays médiateur dans ce dossier, notamment grâce à sa capacité à parler à tout le monde : les Américains, les Chinois et les Iraniens, dont il représente les intérêts à Washington depuis des années.

Quels négociateurs ?

Le vice-président de Etats-Unis doit mener la délégation américaine, aux côtés de l’émissaire spécial Steve Witkoff et de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, d’après la Maison Blanche. L’opposition initiale de J. D. Vance, à la guerre trouve un écho favorable auprès des responsables pakistanais, qui ont demandé à M. Witkoff d’impliquer M. Vance, selon deux personnes au fait de ces discussions. Le président a ensuite chargé le vice-président de piloter les efforts de paix.

Côté iranien, le président de l’Assemblée, Mohammad Ghalibaf, et le chef de la diplomatie, Abbas Araghtchi, sont désignés pour mener les discussions. Leur arrivée au Pakistan reste entourée de secret pour des raisons de sécurité. “Les informations relayées par certains médias selon lesquelles une équipe de négociateurs iraniens serait arrivée à Islamabad, au Pakistan, pour négocier avec les Américains sont totalement fausses“, a rapporté l’agence de presse iranienne Tasnim, citant une source anonyme. “Tant que les États-Unis ne respecteront pas leur engagement de cessez-le-feu au Liban et que le régime sioniste poursuivra ses attaques, les négociations seront suspendues“.

Des revendications opposées

Si la venue des Iraniens au Pakistan est demeurée longtemps floue, les contours d’un accord de paix pérenne le sont également car les deux belligérants ont des positions opposées sur des points majeurs. Les négociations s’annoncent pour le moins tendues. La défiance étant immense et les positions des deux parties très éloignées sur les points clés, à commencer par la question cruciale du nucléaire iranien. Ainsi, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique a exclu toute restriction du programme d’enrichissement d’uranium, une des demandes fondamentales des États-Unis et d’Israël, dans un entretien avec l’agence Isna.

“Comme l’a dit le président des Etats-Unis, si les Iraniens sont prêts à négocier de bonne foi, nous sommes tout à fait disposés à leur tendre la main“ a déclaré pour sa part J.D. Vance, vendredi, avant d’embarquer à bord d’Air Force Two pour aller au Pakistan. Mais “s’ils tentent de se jouer de nous, ils verront que notre équipe de négociation ne se montrera pas très réceptive“. “Nous allons donc essayer de mener des négociations positives“, a ajouté le vice-président américain.

Les 10 points de la proposition iranienne

Mercredi, l’Iran a publié ce qu’il a présenté comme son cadre de négociations en dix points . Ces derniers semblent difficiles, voire impossibles, à concilier avec les objectifs américains.

Iran Releases 10 Points It Says Are Basis for Cease-Fire Talks www.nytimes.com/2026/04/08/w…

HorizonsRising (@justmekirsten.bsky.social) 2026-04-08T19:48:30.018Z

Cela est notamment le cas des exigences suivantes :

  • Une garantie américaine de non-agression envers l’Iran Dans la précédente proposition en 15 points présentée par les médiateurs américains, seul un cessez-le-feu était proposé. Les responsables iraniens souhaitent obtenir une fin des hostilités formalisée et plus durable.
  • Une réaffirmation par l’Iran de son contrôle sur le détroit d’Ormuz. Il est très improbable que les États-Unis ou les pays du Golfe acceptent une telle situation. Ce point risque de devenir très vite un point de blocage majeur. 
  • Un droit à l’enrichissement nucléaire de l’Iran. Ce point va totalement à l’encontre des déclarations les plus récentes de Donald Trump. Le président Trump a de nouveau appelé à ce que l’Iran ne procède à aucun enrichissement d’uranium.
  • La fin à la guerre régionale sur tous les fronts, y compris contre l’allié de l’Iran, le Hezbollah. Israël affirme que le cessez-le-feu actuel ne s’applique pas à ses opérations au Liban. La possibilité d’intégrer le front libanais à un accord à plus long terme reste cependant une question ouverte. Elle pourrait devenir un point de convergence à terme.
  • Le retrait des forces de combat américaines de toutes les bases et positions de la région. Il est difficile d’imaginer un scénario dans lequel Washington accepterait une telle situation, alors que les États-Unis maintiennent des bases dans plusieurs pays arabes du Golfe, en Israël et en Irak.
  • La levée de toutes les sanctions primaires (personnes et entités détenues ou contrôlées par des Américains) ainsi que des sanctions secondaires (visant à empêcher les personnes et entités non-américaines de prendre part à des activités avec l’Iran). Pour Téhéran, il s’agit d’un préalable incontournable à toute désescalade, là où Washington considère ces sanctions comme un levier central de négociation. Lors de précédentes négociations, les médiateurs visaient à obtenir des responsables américains la levée de certaines sanctions en échange de concessions sur le programme nucléaire iranien. La déclaration de M. Trump, mercredi, a lui-même évoqué la possibilité d’un “allègement des droits de douane et des sanctions“.

Une proposition en 15 points des États-Unis

De leur côté, le 24 mars, les États-Unis ont transmis une proposition en quinze points à l’Iran. Les États-Unis n’ont pas officiellement fourni de détails sur le contenu de ces 15 points. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, est restée ambiguë, qualifiant les informations révélées jusqu’à présent de “spéculatives“, bien qu’elles contiennent des “éléments de vérité“. Selon les médias américains et israéliens, le plan comprendrait des exigences telles que le démantèlement du programme nucléaire iranien, l’ouverture du détroit d’Ormuz et la limitation de la production de missiles. Un plan jugé inacceptable par Téhéran, le lundi 6 avril.

 

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