Ce mercredi 16 septembre, la présidente de la Commission européenne prononcera son traditionnel discours sur l’état de l’Union. Il fixera la feuille de route de l’Union Européenne pour les prochains mois. Les enjeux majeurs, les sujets attendus. Ce qu’il faut attendre de la prise de parole d’Ursula von der Leyen.

Ce sera la sixième fois qu’Ursula von der Leyen se prête à l’exercice dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, et la deuxième, depuis sa réélection à la tête de la Commission européenne pour un mandat de cinq ans. Ce rendez-vous annuel doit permettre à la cheffe de l’exécutif européen de dresser son bilan, mais surtout de fixer sa feuille de route pour les prochains mois.
Sa prise de parole commencera à 9 heures. Elle sera suivie d’un débat avec les députés européens, qui permettra aux différents groupes de contester les choix de la Commission, de demander des précisions ou de défendre d’autres priorités
Ukraine, climat, réseaux sociaux, migration… les dossiers attendus
Cette prise de parole intervient dans un environnement international transformé et un contexte marqué notamment par les enjeux de sécurité et de défense, de compétitivité industrielle et d’indépendance stratégique. Si le contenu du SOTEU pour “State of the European Union“, n’est jamais dévoilé en amont, certains thèmes s’imposent toutefois déjà. La présidente de la Commission devrait ainsi structurer ses annonces autour de plusieurs dossiers cruciaux.
Ursula von der Leyen has pegged her political legacy on making Europe more independent.
Tomorrow, she'll have to explain how that’s going — and what’s next.https://t.co/dvuAuiBOfs
— POLITICOEurope (@POLITICOEurope) September 15, 2026
Défense et sécurité au premier plan
La défense et la sécurité devraient occuper cette année encore une place essentielle dans le discours de Me Von der Leyen, alors que Kyiv est confrontée à un énorme trou budgétaire et que le débat sur l’utilisation des avoirs russes gelés revient sur le devant de la scène. Après quatre ans et demi d’invasion russe, les Européens doivent continuer à soutenir le pays financièrement et militairement. Mais il faut aussi renforcer la défense de l’Europe, alors que les menaces de la Russie s’accentuent et que la protection des États-Unis apparaît plus incertaine que jamais. Comme lors de ses précédents discours, Ursula von der Leyen devrait réaffirmer le soutien de l’UE à l’Ukraine et faire monter sur scène une personne ukrainienne, afin de donner un visage humain aux engagements envers ce pays en guerre. Cette année, il devrait s’agir de la jeune athlète ukrainienne Oleksandra Paskal, gymnaste rythmique de 10 ans qui a perdu sa jambe gauche lors d’une frappe de missile russe en 2022.
Me von der Leyen pourrait aussi évoquer le prochain paquet de sanctions contre la Russie, alors que le Coreper, instance réunissant les représentants des États membres de l’UE, a décidé le 15 septembre, de prolonger le régime de sanctions d’une “période de 7 jours“, afin de laisser davantage de temps aux États membres pour examiner de manière approfondie les propositions de renouvellement.
Bras de fer contre les oligarques : les pays de l’UE prolongent les sanctions contre la Russie: La Slovaquie a refusé de revenir sur sa demande visant à retirer de la liste deux oligarques russes
The post Bras de fer contre les oligarques : les pays de… https://t.co/2hERcRXYr0 pic.twitter.com/JEvLEpJIxe
— Euractiv France (@Euractiv_FR) September 15, 2026
Plus largement, la sécurité européenne devrait dépasser le seul cadre militaire. La protection des infrastructures, la cybersécurité, la défense industrielle et la dépendance à certaines puissances étrangères font désormais partie du débat et devraient être évoqués lors du discours. La stratégie de sécurité de l’Union devait initialement faire suite au sommet de l’OTAN à Ankara en juillet. Son report au début du mois d’octobre alimente les attentes. Dans ce contexte, Me von der Leyen pourrait profiter de son discours pour prendre les devants et dévoiler certains de ses points clés et priorités. En présence du Premier ministre canadien Mark Carney , Ursula von der Leyen pourrait enfin annoncer, selon un responsable de l’UE, une initiative conjointe avec Ottawa en matière de sécurité arctique. L’objectif étant d’approfondir la coopération bilatérale, partout où elle profite aux deux parties
A noter enfin que les tensions au Moyen-Orient pourraient également s’inviter. Elles placent l’Union face à des choix diplomatiques sensibles, et soulèvent aussi des questions sur l’aide humanitaire, la sécurité et la capacité des États membres à parler d’une seule voix.
Climat : une place de choix
Après un été entre feux de forêt et fleuves asséchés, l’adaptation au changement climatique devrait occuper une place de choix dans l’allocution de la présidente de la Commission européenne. Le sujet fait partie des principaux dossiers abordés par les commissaires européens lors d’un séminaire préparatoire organisé plus tôt ce mois-ci. Ursula von der Leyen devrait probablement profiter du discours de cette année pour défendre l’idée que l’agenda climatique de l’Europe entre dans une nouvelle phase : il ne s’agit plus seulement de fixer des objectifs, mais de les concrétiser.
La Commission travaille déjà à un plan visant à renforcer la résilience de l’Europe face au changement climatique, notamment une nouvelle législation européenne sur l’eau, afin de mieux encadrer la gestion de la ressource hydrique. Un train de mesures qui devrait être dévoilé fin octobre et qui devrait inclure notamment un scénario climatique commun décrivant les conditions futures auxquelles les pays de l’UE devront se préparer, ainsi que des évaluations régulières des risques. Il sera probablement évoqué dans le discours de la présidente de la commission. Reste à voir quel niveau de détail elle fournira.
Von der Leyen songe à une nouvelle législation européenne sur l’eau: Von der Leyen pourrait profiter de son discours de la semaine prochaine pour dévoiler un nouveau projet de loi
The post Von der Leyen songe à une nouvelle législation européenne sur… https://t.co/BYuqr3gUxQ pic.twitter.com/XiVj1B1J3V
— Euractiv France (@Euractiv_FR) September 11, 2026
Migration : des annonces attendues
De nouvelles mesures pour lutter contre la migration irrégulière devraient très probablement figurer dans le discours de Me von der Leyen, après l’afflux massif de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta en juillet dernier. D’importants changements doivent être adoptés dans les prochains mois et pourraient être annoncés ce mercredi par la présidente de la Commission, lors de son discours Trois options principales sont sur la table. La plus radicale serait une suspension temporaire des règles d’asile en cas d’arrivées soudaines et massives.
Ursula von der Leyen devrait profiter de son discours pour plaider en faveur du renforcement de Frontex. Cela implique notamment de plus que tripler le nombre de gardes-frontières et garde-côtes européens, pour atteindre 30 000, contre environ 7 800 aujourd’hui, et d’élargir potentiellement le mandat et les pouvoirs de l’agence européenne des frontières. Une réforme d’ampleur de son mandat doit intervenir d’ici la fin de l’année. Ursula Von der Leyen, qui s’est engagée il y a deux ans à tripler les effectifs de l’agence, pourrait annoncer un rôle accru pour cette dernière dans les expulsions de migrants en situation irrégulière, ainsi que des pouvoirs étendus pour surveiller les routes migratoires au-delà des frontières européennes.
Under pressure from member states, the European Commission is set to double down on tackling irregular arrivals.
Three main options are on the table, and could be announced in the upcoming State of the Union speech.https://t.co/51Z0pE8cQs
— euronews (@euronews) September 14, 2026
Compétitivité et énergie : remédier au malaise de l’Europe
L’économie constituera un autre volet majeur du discours. Deux ans après le rapport historique de l’ancien Premier ministre italien Mario Draghi sur la manière de rendre le continent à nouveau compétitif, Ursula von der Leyen s’apprête à faire le bilan des efforts déployés par sa Commission pour remédier au malaise économique de l’Europe en simplifiant sa bureaucratie. Elle devrait aborder la question d’une refonte en profondeur de la réglementation selon un haut fonctionnaire européen. Des pistes devraient être également évoqués pour stimuler le marché intérieur face à la concurrence internationale et stabiliser les prix face aux fluctuations énergétiques. Le volet agricole sera aussi lié aux annonces sur la compétitivité globale de l’Union européenne, dans un contexte de négociations commerciales tendues et de demandes de simplification administrative par les syndicats.
Le déclenchement du conflit contre l’Iran a par ailleurs provoqué une envolée des cours mondiaux de l’énergie en raison des tensions sur le détroit d’Ormuz et des infrastructures gazières et pétrolières. Le prix du gaz a presque doublé en Europe depuis le début des frappes israélo-américaines et en France, le prix des carburants à la pompe a fortement progressé, se rapprochant des sommets historiques. Des priorités déjà évoquées au mois de mars par la présidente de la Commission, qui avait affirmé devant les eurodéputés à Strasbourg : l’Union européenne doit apporter une “aide immédiate“ aux ménages et aux entreprises confrontés à une hausse brutale des prix de l’énergie.
Restriction de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux
Quelques jours avant son discours, Ursula von der Leyen a annoncé dans un message publié sur le réseau social X, qu’elle présenterait de nouvelles propositions fortes visant à renforcer la protection des mineurs en ligne et la restriction de leur accès aux réseaux sociaux; “Nous ne sommes pas obligés d’accepter que l’enfance soit façonné par les algorithmes“. “Nous ne devons pas accepter un système qui faillit à nos enfants. L’Europe a le pouvoir d’agir“, a écrit la présidente de la Commission européenne. Dans l’intervalle, elle a confirmé qu’elle profiterait de son discours pour dévoiler son projet de loi sur la limitation de l’âge sur les réseaux sociaux, alors que Bruxelles présentera jeudi son “EU KIDS Act“, qui prévoit de restreindre l’accès des moins de 15 ans aux plateformes sociales et de partage de vidéos.
We do not have to accept childhoods shaped by algorithms.
We do not have to accept a system that fails our children.
Europe has the power to act.
To give children the time they need in the real world.
I will detail our proposal in my upcoming State of the Union address. pic.twitter.com/IvP2RJ3TkG
— Ursula von der Leyen (@vonderleyen) September 10, 2026
Parmi les pistes envisagées, figure l’instauration d’un âge minimum d’accès aux réseaux sociaux. Une mesure réclamée par le président français, Emmanuel Macron, qui dans une lettre datée du 29 août adressée à la présidente de la Commission européenne, a déjà plaidé en faveur d’un “texte européen“ interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans afin de “protéger tous les enfants de l’Union“. Le gouvernement a notifié ce lundi 14 septembre à la Commission européenne la nouvelle version de son texte visant à réguler l’accès des mineurs aux plateformes.
L’Intelligence Artificielle (IA) devrait également s’inviter dans le débat : évoquant les récents appels de dirigeants industriels à ralentir le développement de l’IA, l’eurodéputé néerlandais du PPE Dirk Gotink a déclaré : “ Je m’attends à ce qu’une attention particulière soit portée dans le discours à l’IA et à la question du ralentissement : oui ou non ?“
Un exercice d’équilibriste
L’exercice auquel va se prêter ce mercredi Ursula von der Leyen s’apparente à un exercice d’équilibriste. Jonglant entre un discours ferme sur la migration et la promesse de maintenir les règles écologiques, tout en tentant de préserver la fragile coalition qui la soutient au Parlement européen, la présidente de la Commission va marcher sur un fil au-dessus d’un volcan. Son maintien au pouvoir et l’adoption des lois dépendant en effet d’une entente délicate entre les blocs de centre-droit et de centre-gauche pour faire adopter des lois et se maintenir au pouvoir.
Quels enjeux ?
Un camp de centre-gauche mécontent pourrait retirer son soutien si Mme von der Leyen revenait sur ses engagements en matière de règles écologiques ou omettait de prendre position contre toute collaboration avec l’extrême droite, a averti Iratxe García, présidente du groupe des Socialistes et Démocrates, dans une lettre adressée avant le discours. Parallèlement, les élus du Parti populaire européen (PPE) ont tracé des lignes rouges concernant la nécessité d’une déréglementation accrue, de mesures fortes face aux crises migratoires (comme celle qui a frappé l’enclave espagnole de Ceuta) et même d’une position privilégiant le développement de l’IA plutôt qu’une réglementation excessive.
Difficile en effet de satisfaire tout le monde. Mme von der Leyen pourrait ainsi chercher à consolider sa coalition en offrant des gages à chaque camp. Son geste en direction de la gauche pourrait prendre la forme d’un engagement à proposer la suspension des échanges commerciaux avec les colonies israéliennes illégales, suite à la pétition lancée par l’eurodéputé irlandais Barry Andrews (soutenue par 114 eurodéputés) et aux initiatives bilatérales de plusieurs pays de l’UE. Pour le PPE, les priorités pourraient inclure des propositions visant à renforcer Frontex (l’agence européenne de garde-frontières), à doter les capitales de nouveaux outils juridiques pour gérer des crises migratoires du type de celle de Ceuta, et à intensifier le développement de l’IA.
Suivre en direct le discours
À l’occasion de cet événement européen de rentrée majeur, le media “Toute l’Europe“ déploie un dispositif spécial ce 16 septembre. Depuis Paris, la rédaction propose un live pour suivre le discours d’Ursula von der Leyen ainsi que les réactions des différents groupes politiques. Le discours intégral pourra être suivi en direct sur You Tube à partir de 9 heures.