Les députés examinent en séance le budget de l’armée actualisée

Du lundi 4 au jeudi 7 mai, l’Assemblée nationale examine, dans l’hémicycle, en première lecture, le projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030. Un budget des armées en forte hausse pour répondre “aux nouvelles menaces“. 

36 milliards d’euros de plus sur la période 2024-2030, qui s’ajoutent aux 413 milliards d’euros prévus par la LPM 2024/2030. C’est ce que prévoit le projet de loi de programmation militaire (LPM) actualisé, dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient.

Les députés débattent à partir de ce lundi après-midi dans l’hémicycle et jusqu’à jeudi, du projet de budget actualisé des armées, présenté le 8 avril dernier en conseil des ministres et adopté en commission de la Défense de l’Assemblée. Un vote solennel sur le texte est prévu mardi 12 mai à l’Assemblée. Le texte doit ensuite passer au Sénat, avec pour objectif une adoption définitive d’ici le 14 juillet.

36 milliards de plus pour répondre aux nouvelles menaces

La trajectoire proposée aboutirait en 2030 à un budget militaire annuel de 76,3 milliards, contre 57,1 en 2026.  soit 2,5% du PIB.  Le pays “a pris acte du basculement du monde vers une conflictualité durable et multiforme“, a indiqué Catherine Vautrin, la ministre des Armées, auditionnée par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, le 28 avril. Ce projet d’actualisation de la LPM concrétise les efforts pour la consolidation de notre outil de défense. Avec un but : conserver l’avantage stratégique.

Cet effort budgétaire intervient dans un contexte d’aggravation des menaces, qu’a confirmé la revue nationale stratégique de 2025, et qui se caractérise notamment par la phase d’incertitude que connaît la relation transatlantique et la brutalisation des rapports de force dans les relations internationales. Cette situation pose à la France et à l’Europe de nouveaux défis faisant “peser sur notre sécurité collective des risques d’embrasement mondial. (…) Nous vivons une période de rupture, qui appelle à un durcissement de notre modèle“, selon les mots de la ministre.

De nombreuses réserves

Adopté en commission de l’Assemblée nationale avec le soutien du bloc central et des socialistes, le texte suscite pour autant des réserves. Plusieurs députés jugent sa portée insuffisante face au risque d’une confrontation avec la Russie, à l’heure où l’alliance avec les Etats-Unis de Donald Trump est fragilisé. D’autres en tempèrent l’impact alors que 2027 est une année d’élection présidentielle, avec un prochain chef d’Etat susceptible de proposer sa vision via un nouveau texte. “L’élection présidentielle sera marquée par la situation internationale, parce qu’il ne faut pas imaginer que ça va s’améliorer“, souligne auprès le rapporteur du texte Yannick Chenevard (Renaissance). Il estime que le prochain “chef(fe) des armées aura comme obligation de refaire travailler le Parlement sur une nouvelle loi de programmation“.

Du côté de la chambre haute, le sénateur LR Cédric Perrin exprime sa “déception“ et son “inquiétude face un à un projet de loi qui ne permet pas d’être au rendez-vous d’un choc en 2030“ avec la Russie. S’il y a bien une hausse des crédits, “l’effort en termes de crédits décroît à compter de 2027“, avec + 13 % en 2026, puis “plus que + 10,9 % en 2027, 7,9 % en 2028, 6,6 % en 2029, 4,8 % en 2030“. Si bien que “la France va décrocher face à son partenaire allemand, qui prévoit 160 milliards d’euros en 2030, soit plus du double de l’effort français“, de 76 milliards prévus en 2030, qui représentent  “seulement 2,43 % du PIB“, soit moins que l’objectif de 3,5 % pour les pays de l’Otan en 2035.

De nouveaux investissements jugés essentiels

Le projet débattu à partir de ce lundi après-midi dans l’hémicycle et jusqu’à jeudi met l’accent sur des investissements jugés essentiels, à commencer par les munitions. La hausse du budget en la matière est prévue à 8,5 milliards d’euros (26 milliards d’euros au total) alors que celui lié à l’entraînement doit être rehaussé de 1,6 milliard d’euros. Le projet prévoit également une augmentation des dépenses liées à la défense sol-air et la lutte antidrones (plus 1,6 Md €), aux drones et munitions téléopérées (plus 2 Mds €), à la préparation opérationnelle (plus 1,6 Md €), à l’espace (plus 3,9 Mds €), à une trame chasse retravaillée (plus 3,4 Mds €), et aux frappes dans la profondeur (plus 1,2 Md €). Des choix qui se justifient au regard des leçons des conflits russo-ukrainiens et au Moyen-Orient et qui sont nécessaires pour détenir “une armée complète et moderne“, capable de faire face à une guerre de haute intensité, explique Catherine Vautrin. Le nombre de bâtiments de la marine et le nombre de Rafale ne vont en revanche pas augmenter d’ici à 2030.

Plus de 2 milliards d’euros pour le service national volontaire

Pour renforcer le lien armées-Nation, le projet de loi prévoit la création du service national  volontaire, dont la campagne de recrutement a démarré en janvier. D’une durée de dix mois, le dispositif rémunéré est principalement à destination des jeunes de 18-19 ans. D’un coût de 2,3 milliards d’euros sur cinq ans, le projet est jugé inadapté par la gauche qui y voit une tentative de faire oublier l’échec du Service national universel, lancé en 2019 mais jamais généralisé. Le texte entend également permettre le recours à des algorithmes par les renseignements, pour traquer et exploiter des données de connexions sur le web. Et ce notamment “pour la défense nationale“ et contre “la criminalité organisée“ et le trafic de stupéfiants ou d’armes.

Outre le volet investissement, le texte apporte plusieurs nouveautés. Comme permettre aux opérateurs privés de neutraliser des drones survolant des sites sensibles. Ou encore la création d’un nouvel “état d’alerte de sécurité nationale“, qui doit permettre une montée en puissance plus rapide par une simplification des procédures, en permettant de déroger à plusieurs règles (de construction, d’expropriation, ou environnementale) en cas de “menace grave“ pour la Nation. Il prévoit aussi la constitution de stocks stratégiques, la priorisation des commandes passées par les armées et le renforcement du contrôle des coûts. La création d’un état d’alerte et de sécurité nationale

 

 

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