Quatre-vingt-deux ans après son exécution par la Gestapo, le 16 juin 1944, l’historien et résistant juif Marc Bloch fait son entrée au Panthéon, mardi 23 juin, aux côtés de son épouse Simone Vidal.

La République s’apprête à honorer l’un de ses esprits les plus brillants et courageux. Historien de renommée internationale et héros de la résistance, Marc Bloch fait son entrée au Panthéon ce mardi aux côtés de 84 autres grands Hommes et femmes, L’historien-résistant entrera dans le “temple des grands hommes“ accompagné de Simone Vidal, son épouse, qui a joué un rôle très important dans sa vie et son œuvre, et avec laquelle il a eu six enfants.
En novembre 2024, lors d’un discours à Strasbourg à l’occasion des 80 ans de la libération de la capitale alsacienne, Emmanuel Macron avait annoncé sa panthéonisation, “pour son œuvre, son enseignement et son courage“. Le chef de l’État avait loué sa “ lucidité cinglante qui nous frappe aujourd’hui encore“, son “audace des mots et des idées qui se doubla du courage physique“ et sa “volonté française jusqu’à son dernier souffle, jusqu’à l’assassinat par la Gestapo“.
Une vie d’engagements
Issu d’une famille juive alsacienne, professeur d’histoire du Moyen Age à l’université de Strasbourg de 1919 à 1936, Marc Bloch a renouvelé en profondeur le champ de la recherche historique en l’étendant à la sociologie, la géographie, la psychologie et l’économie. Capitaine, décoré de la Croix de guerre durant la Première Guerre mondiale, il est de nouveau mobilisé en 1939. Il rejoint la Résistance sous le pseudonyme de “Narbonne“ autour de 1942-1943. Arrêté à Lyon par la Gestapo le 8 mars 1944, il est emprisonné et torturé à la prison de Prison de Montluc, avant d’être fusillé le 16 juin avec 29 de ses camarades. “Marc Bloch est tout cela à la fois, résume Matis Bloch, son arrière-petit-fils, mais il est surtout un historien-guerrier. Cette expression est la plus juste pour désigner son parcours“.
Portrait : Marc Bloch, une vie d’engagements. Historien de renommée internationale et combattant valeureux, ce héros très discret, tombé sous les balles de l’occupant nazi, qui va faire une entrée remarquée, le 23 juin, au Panthéon. Portrait https://t.co/5TBZ0jKN3g pic.twitter.com/oqM5dRszag
— Florence Labbé (@flolabbe) June 19, 2026
Les enjeux de l’évènement
Honorer le savoir et l’action
“J’aimerais que Marc Bloch ressorte uni de cette panthéonisation. Il est une figure très éclatée, entre ses différentes dimensions, qui suscitent parfois des différences d’interprétation“, confie Matis Bloch, pour qui ces deux aspects sont intimement liés : “Marc Bloch, c’est un résistant, un combattant. C’est un guerrier même. Ce n’est pas commun : l’historien est associé au livre, alors que le résistant est associé au combat. Chez lui, les deux sont intimement liés. L’un des enjeux de cette panthéonisation est de ne pas séparer ces deux dimensions“., explique t-il.
#CeJourLà 🏛 | Le 16 juin 1944, l’historien et résistant Marc Bloch était exécuté par les nazis. Son entrée au Panthéon aura lieu ce 23 juin, avec son épouse Simonne Vidal.
Retour sur son parcours exemplaire 👉 https://t.co/BhQCpFkXMv pic.twitter.com/hd7AX9UPSl— Ministère de la Culture 🇫🇷 (@MinistereCC) June 16, 2026
Le risque d’une lecture nationaliste de l’historien
Pour l’historien allemand Peter Schöttler, directeur de recherche honoraire au CNRS, qui a consacré de nombreux travaux à Marc Bloch, le risque de cette panthéonisation de l’historien-résistant, est qu’elle pourrait renforcer la lecture nationaliste ou souverainiste de Marc Bloch, alors qu’il était, dans son cadre et dans son temps, un européen.
Peter Schöttler, biographe : « La panthéonisation pourrait renforcer la lecture nationaliste de Marc Bloch, alors qu’il était un européen »
La cérémonie d’entrée au Panthéon
La cérémonie en elle-même se déroulera le mardi 23 juin de 21h15 à 22h15. Le grand public pourra assister à l’événement dans la limite des places disponibles, en haut de la rue Soufflot et sur le parvis du Panthéon. L’accès au site sera possible à partir de 18 h 30 en se soumettant à des contrôles de sécurité.
La famille étroitement associée à la cérémonie
La famille Bloch a été bien entendu associée à la préparation de l’entrée au Panthéon. Deux représentants ont été désignés par la famille : Suzette Bloch et Matis Bloch, respectivement petite-fille et arrière-petit-fils de Marc Bloch. S’agissant de “ la translation des cendres“, selon la formule consacrée au Panthéon, la famille Bloch a souhaité que Marc Bloch reste inhumé au Bourg d’Hem, dans la Creuse, où il repose depuis 1977 et où reposent également ses six enfants. C’est donc un cénotaphe qui fera son entrée au Panthéon. La dépouille de Simone Bloch, décédée en 1944 à Lyon, n’a quant à elle pas pu être identifiée. La famille de Marc Bloch a souhaité une cérémonie fidèle à ses valeurs. Dans une lettre adressée au président de la République, ses proches ont demandé que l’extrême droite, “sous toutes ses formes“ soit exclue de la cérémonie. Un rappel fort : “honorer Marc Bloch, c’est aussi défendre les idéaux pour lesquels il a donné sa vie“.
Un rituel très codifié
L’entrée dans la nécropole laïque des “grands hommes“ français, dont la “patrie reconnaissante“ veut honorer la mémoire répond à un rituel très encadré comprenant plusieurs séquences. Au cœur de la cérémonie, il y aura le franchissement des deux cercueils portés par la Garde républicaine, du seuil du Panthéon. Les Grands Bronzes (portes centrales monumentales) s’ouvrent exceptionnellement à cette occasion, permettant de matérialiser l’entrée au Panthéon. Mais avant le franchissement de ces portes, un autre temps fort aura lieu à l’extérieur : l’arrivée des cercueils jusqu’au Panthéon, avec une remontée progressive de la rue Soufflot. Dans le cas de Marc Bloch, la remontée de la rue sera partielle et une séquence aura lieu sur le parvis du Panthéon, autre lieu particulièrement symbolique de la cérémonie.
Les parties de la cérémonie en extérieur s’articuleront autour du récit de la vie et des engagements du “grand homme“. “Marc Bloch est peu, voire pas connu du grand public. Mieux le faire connaître du plus grand nombre, et notamment de la jeunesse, c’est tout l’enjeu de cette panthéonisation. Il s’agit de partager largement son héritage, de transmettre l’exemple de sa vie, celle du savant tout autant que celle du soldat et du résistant“, déclare Barbara Wolffer, administratrice du Panthéon.
A l’intérieur du Panthéon, une fois les portes franchies et les cercueils installés en son centre, viendra le temps de l’hommage présidentiel et du discours du président de la République. Dans le prolongement de la cérémonie, après une veillée par la Garde républicaine, les cercueils iront prendre place dans la crypte du Panthéon, aux côtés des quelque 84 autres grandes figures, (77 hommes et 7 femmes) parmi lesquels Victor Hugo, Émile Zola, Jean Jaurès, plus récemment Simone Veil, Maurice Genevoix, Joséphine Baker et au cours des deux dernières années, Missak Manouchian, Robert Badinter respectivement entré dans la nef des “grands hommes“ en 2024 et 2025;
Au lendemain de la cérémonie, l’accès au Panthéon sera gratuit du 25 au 28 juin, permettant à toutes celles et tous ceux qui le souhaitent de venir librement rendre hommage à Marc et Simone Bloch. Une exposition, intitulée “Marc Bloch, l’esprit de l’histoire“permettra aux visiteurs de se plonger, jusqu’au 10 janvier 2027, dans la vie du Grand homme, à travers documents d’archives, objets, livres et photographies.
Suivre la cérémonie en direct
France Télévisions mobilise ses équipes de l’information, des programmes pour faire vivre aux Français cette cérémonie nationale. Après une émission spéciale en direct proposée par la rédaction nationale, la soirée se poursuivra par la découverte du documentaire inédit “Marc Bloch, au nom de la France“, écrit et réalisé par Hugues Nancy, qui retrace le destin exceptionnel de l’historien et résistant, percuté par la montée de l’antisémitisme, l’Occupation et la violence nazie.