Le président Emmanuel Macron prononcera ce lundi 2 mars un discours sur la contribution de la dissuasion nucléaire française à la sécurité du continent européen, face aux bouleversements géopolitiques mondiaux.

C’est une prise de parole très attendue, en particulier dans les capitales européennes. Ce lundi, le président de la République prendra la parole dans le cadre très solennel de l’Île longue, à Brest, où sont stationnés les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins assurant la composante océanique de la dissuasion nucléaire française.
“Ce sera un moment important du mandat. Il y aura sans doute des bascules et des évolutions assez significatives“, relève-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat, sans plus de précisions. Le discours s’inscrira dans le prolongement de celui du 7 février 2020 lors duquel Emmanuel Macron avait proposé aux Européens un “dialogue stratégique“ sur le “rôle de la dissuasion nucléaire française“ dans la sécurité collective de l’Europe et des exercices communs dans ce domaine ultrasensible de la souveraineté nationale.
Dissuasion nucléaire : Emmanuel Macron va prononcer lundi un discours très attendu sur la contribution française à la sécurité de l’EuropeDe lefigaro.fr
— Jean-Jacques khristy (@khristy.bsky.social) 2026-02-25T21:54:27.087Z
Un exercice imposé pour chaque président français
Ces discours sont un exercice imposé pour chaque président français, chef des armées et décideur final du feu nucléaire, considéré par la France comme la garantie ultime de ses intérêts vitaux. Le président Macron en aura ainsi prononcé un sur chacun de ses deux quinquennats. “Soyons clairs : les intérêts vitaux de la France ont désormais une dimension européenne“, avait-il affirmé en 2020, dans la continuité de ses prédécesseurs depuis Charles de Gaulle. Ce discours avait alors suscité un intérêt relatif de ses partenaires européens, très attachés au parapluie nucléaire américain et plus réservés sur une dissuasion concertée avec la France.
Le ton a depuis changé avec la guerre en Ukraine, la plus meurtrière sur le sol européen depuis 1945, la perception renforcée de la “menace russe“ en Europe et les doutes croissants sur la force de l’engagement du président américain. Avec environ 290 ogives, la France, 4e puissance nucléaire mondiale, est le seul pays de l’Union européenne, et le seul pays européen avec le Royaume-Uni, à disposer de l’arme nucléaire, depuis le Brexit. Tous les autres États sont protégés par la dissuasion élargie américaine dans le cadre l’Otan. Mais compter sur l’Alliance atlantique, c’est compter sur les Etats-Unis et donc sur Donald Trump. Et l’imprévisibilité du président américain pousse de plus en plus l’Europe à réfléchir à son autonomie stratégique.
Dissuasion nucléaire : cinq questions et leurs réponses, avant le discours très attendu d’Emmanuel Macron
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Les Européens aux aguets
Les attentes sont donc désormais grandes en Europe. Après avoir refusé les mains tendues de Paris pendant des années, les Européens seront cette fois-ci aux aguets lorsqu’Emmanuel Macron prononcera lundi son allocution. “Il y a un énorme intérêt et de grandes attentes“, souligne un diplomate européen basé à Paris, alors que la guerre en Ukraine entre dans sa 5e année. Ces dernières semaines, l’Allemagne et la Suède ont confirmé être en discussions avec Paris sur le rôle que pourrait jouer la dissuasion tricolore dans l’architecture de sécurité du continent. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a ainsi évoqué le 13 mars à Munich ses “discussions confidentielles“ avec Emmanuel Macron sur “la dissuasion nucléaire européenne“. Le président français avait alors souligné qu’il envisageait d“articuler“ la “doctrine nationale“ française avec des “coopérations spéciales , des exercices communs, et des intérêts de sécurité communs avec certains pays-clés“.
Quel rôle pourrait alors jouer la France ? C’est toute la question. Car concernant la bombe, ni son coût, 13% du budget de la défense, ni la décision de son emploi, ne se partagent. Le traité de non-prolifération des armes nucléaires interdit d’ailleurs à la France d’en donner les clefs à ses voisins. Maud Bregeon, l’a redit ce dimanche au micro de RTL. “Il n’y aura, à aucun moment, un partage de la dissuasion“ nucléaire, qui “restera française, que ce soit pour la conception, pour la production ou pour la décision« , a assuré la porte parole du gouvernement démentant ainsi la tribune de Bruno Retailleau, publiée par Le Journal du Dimanche. Le président des Républicains y réclamait des “clarifications“ du chef de l’Etat.
Qu’attendre du discours ?
Un virage plus européen de notre dissuasion nucléaire pourrait être présenté ce 2 mars par le président Emmanuel Macron. L’Elysée n’a bien entendu pas souhaité déflorer le discours — mais parmi les options possibles figurerait entre autres une augmentation du nombre d’ogives et la participation de pays européens à l’exercice militaire français “Poker“, qui simule une frappe nucléaire. “Certains observateurs envisagent qu’Emmanuel Macron annonce une augmentation du nombre de têtes nucléaires françaises, actuellement au nombre de 290, ce qui représente déjà une puissance de destruction phénoménale, avance pour sa part Libération. Une autre annonce qui pourrait être faite à l’Ile Longue par le président de la République concerne un éventuel retour des moyens de frappe en profondeur conventionnels, soit de gros missiles sol-sol de portée intermédiaire, supérieure à 2 000 km, pour épauler notre dissuasion nucléaire, explique également le quotidien.
Analyse Coopération européenne, retour de la frappe en profondeur… Qu’attendre du discours d’Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire ?@laurencedefranoux.bsky.social @liberation.fr Publié le 24/02/2026 à 11h28www.liberation.fr/internationa…
— Association des Journalistes de Défense – AJD (@ajdpresse.bsky.social) 2026-02-28T06:49:45.254Z
“Ce sera un moment important du mandat. Il y aura sans doute des bascules et des évolutions assez significatives“, relève-t-on dans l’entourage du chef de l’État, rapporte Le Figaro. “La grande question qui se pose est cependant de savoir dans quelle mesure Macron peut réellement s’approprier une nouvelle architecture atomique européenne, alors que le Rassemblement national (…) est en tête des premiers sondages en vue de l’élection présidentielle de 2027“ analyse Politico. “Ce discours précisera si Macron est prêt à prendre des mesures que le Rassemblement national aura du mal à annuler.“