Élection présidentielle : les trois leçons du premier tour

Bis repetita : comme en 2017, ce sera donc à nouveau un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Si électoralement, la situation semble identique, politiquement, tout a changé. L’implosion des partis traditionnels, l’accélération du vote utile et l’inconnue du report des voix, bouleversent la physionomie du second tour.

C’est un séisme dont l’ampleur a été découverte par les français, ce dimanche , à 20 heures. A l’issue d’une “drôle de campagne“, seuls quatre candidats franchissent le seuil de 5 %.  Avec 27,85% des suffrages exprimés, selon les résultats définitifs, le président sortant, Emmanuel Macron arrive en tête du premier tour de l’élection présidentielle, suivi par Marine Le Pen qui se qualifie pour le second tour (23,15 %). Jean-Luc Mélenchon échoue à la troisième place (21,95%) et Eric Zemmour  prend la quatrième (7,07%).

La décomposition des partis traditionnels

Les deux finalistes du premier tour, et le troisième qui les talonne, ont réuni à eux seuls les trois quarts des suffrages, “balayant les forces républicaines traditionnelles de la Ve République“, écrit le journaliste du Monde, Olivier Faye. En parallèle, on observe, une poussée jamais connue dans notre pays du vote pour les extrêmes, de droite et gauche, qui totalisent près de 55% des suffrages exprimés et, une abstention de 26%. Les deux tiers des Français en âge de voter s’inscrivant en rupture avec le système politique “traditionnel“.

Pour la deuxième fois consécutive, ni le Parti Socialiste (PS), ni Les Républicains ne seront donc présents au second tour de la présidentielle, alors même qu’ils ont structuré l’histoire de la Ve. Le PS est mort et ce qui reste de l’héritage de la droite classique vient d’être balayé ce dimanche soir.  Cette élection poursuit ainsi la décomposition politique amorcée lors de la dernière présidentielle. Alors que le Parti socialiste qui avait explosé entre ses différentes composantes en 2017, cette fois-ci, c’est au tour de la formation de droite historique, Les Républicains, de rejoindre le rang des vieux partis usés. Une partie de leur électorat est allée directement chez Emmanuel Macron au premier tour, une autre a été captée par Eric Zemmour, malgré un programme très marqué à l’extrême droite.

Valérie Pécresse et Anne Hidalgo, héritières de ces deux formations piliers de la Ve République, sombrent à des profondeurs encore inconcevables il y a quelques années. Pour la candidate de Les Républicains, c’est l’effondrement : elle se voit non seulement distancée par Éric Zemmour, mais ne coiffe que d’un cheveu, avec 4,79 % des voix, Yannick Jadot, qui lui même n’atteint pas le seuil de 5%.

Le triomphe du vote utile

C’est la grande victoire du vote utile. Les français ont, dans leur immense majorité, voté pour les principaux candidats de leur camp, qui augmentent tous trois leur score de 2017. “Ce soir, le réflexe du vote utile a joué à plein“, a d’ailleurs admis la candidate LR, Valérie Pécresse. Sans doute le résultat d’une campagne sans passion, qui aura relégué les votes d’adhésion aux oubliettes de l’histoire des élections présidentielles.

Echouant au pied du podium, Jean-Luc Mélenchon a ainsi réussi une union des électeurs des partis de gauche, au détriment de l’écologiste Yannick Jadot, de la socialiste Anne Hidalgo, ou encore du communiste Fabien Roussel. Même scénario à l’extrême droite, où la présidente du Rassemblement National, Marine Le Pen (23,15%), a mis a genoux Eric Zemmour (7,07 %). Du centre gauche à la droite républicaine, le président sortant, Emmanuel Macron a “raflé la mise“ : avec 27,84 % des suffrages exprimés, il ne laisse qu’un tout petit 4,8 % à Valérie Pécresse, qui a poursuivi sa lente descente aux enfers.

Une inconnue : le report des voix

C’est dans ce contexte que va se jouer la bataille d’entre-deux tours. Un premier sondage réalisé par l’Ifop pour TF1 et LCI dimanche soir laisse à penser que le duel sera serré : 51% pour Emmanuel Macron, 49% pour Marine Le Pen.  Le président sortant a certes amélioré son score de 2017 de quatre points, conservant par la même occasion une partie des intentions de vote obtenues après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Pour autant, il reste menacé par son adversaire.

“Une nécessaire résurrection du front républicain“

Sur le fil il y a cinq ans, Emmanuel Macron va devoir cette fois pour l’emporter, convaincre deux électorats diamétralement opposés de la nécessité de ressusciter le front républicain. Il a tenté de le faire dès son discours dimanche soir, indiquant :  “J’invite les Français quelque que soit leur sensibilité à nous rejoindre. Certains le feront par rejet de l’extrême droite et je suis pleinement conscient que cela ne vaudra pas soutien à mon projet », a indiqué le président sortant.

Malgré les appels clairs et immédiats de Jean-Luc Mélenchon, Valérie Pécresse, Yannick Jadot, Fabien Roussel et Anne Hidalgo à faire barrage à l’extrême droite, le niveau des reports constitue une insondable inconnue, et les réserves de voix pourraient venir à lui manquer. La faute sans doute à des reports de voix poussifs chez les Républicains (35 % pour Marine Le Pen, 30 % pour l’abstention) et chez les Insoumis (23 % pour Marine Le Pen, 44 % pour l’abstention).

Mélenchon et ses électeurs en arbitres

A la différence de 2017, Marine Le Pen peut cette fois compter sur des réserves de voix pour son second tour. A commencer par celles d’Eric Zemmour, tombé à 7,07 %, ou encore de Nicolas Dupont-Aignan (2,06 %). Mais pour espérer l’emporter le 24 avril, la candidate de l’extrême droite va devoir rassembler au-delà des électeurs de Reconquête !. “Tous ceux qui n’ont pas voté pour Emmanuel Macron ont vocation à rejoindre ce rassemblement. Je suis libre de toutes attaches partisanes“, a-t-elle d’ailleurs assuré dimanche soir.

Et le troisième homme, Jean Luc Mélenchon fait figure d’arbitre. Les 21,95% de suffrages exprimés récoltés par le candidat Insoumis sont une cible de choix. Il avait déjà indiqué qu’il ne donnerait pas de consigne mais consulterait la base militante qui l’a parrainé. Ce dimanche soir, dans sa première déclaration, il a cependant donné sa ligne rouge à ses électeurs, indiquant : “Ne commettons pas l’erreur de nous fourvoyer.“ “Nous savons pour qui nous ne voterons jamais.“ (…) “Vous ne devez pas donner une seule voix à madame Le Pen.“

 

 

 

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