Alors que le pays assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE, Chypre organise des élections législatives ce 24 mai. Plus d’un demi-million de Chypriotes sont appelés aux urnes pour renouveler 56 sièges du Parlement.

Les Chypriotes votent ce dimanche pour élire les 56 membres de la chambre des représentants, la Vouli antiprosopon, dissoute le 23 avril par la présidente de l’Assemblée, Annita Demetriou, conformément au délai obligatoire de 30 jours précédant les élections législatives.
Sur le papier, la Chambre des représentants, l’unique chambre du Parlement chypriote, compte 80 membres. Pourtant, les électeurs chypriotes n’en éliront que 56 au ce 24 mai. Selon la Constitution chypriote, les 24 sièges restants sont réservés à la communauté chypriote turque, mais cette dernière ne participe plus aux élections depuis la partition de l’île après 1974. Résultat : ces sièges restent vacants. Ces élections se déroulent alors que le pays assure la présidence du Conseil de l’Union européenne jusqu’au 30 juin et que le conflit au Moyen-Orient l’affecte, pourraient marquer un tournant sur la scène politique, alors que la confiance dans l’ancien système, en place depuis l’indépendance de l’île vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1960, s’effrite.
Un nombre record de candidats
Cette course pourrait déboucher sur l’une des assemblées législatives les plus fragmentées de l’histoire de l’île, qui se traduirait par un affaiblissement de l’influence des trois partis soutenant le président sortant Nikos Christodoulides. Elle se caractérise par le nombre record de candidats ayant déposé une liste. Alors que sept partis politiques sont représentés dans l’actuel parlement, quelque 753 candidats, représentant plus de 15 partis ou se présentant à titre individuel, briguent les 56 sièges de la Chambre des représentants.
🇨🇾🗳️ Élections législatives à Chypre : un nombre record de candidats pour le scrutin du 24 mai, dans une course qui pourrait déboucher sur l’une des assemblées législatives les plus fragmentées de l’histoire de l’île https://t.co/2HUwV51Bz5 pic.twitter.com/bJrWmJStfo
— Florence Labbé (@flolabbe) May 18, 2026
L’arrivée de nouveaux venus
Ce scrutin fait aussi la place à l’arrivée de nouveaux venus sur la scène politique chypriote. D’abord, le parti ALMA (Citoyens pour Chypre) créé en mai 2025 et dirigé par l’ancien contrôleur général de l’île Odysseas Michaelides. Bien que ce dernier ait été démis de ses fonctions à la suite d’une controverse en septembre 2024, il conserve auprès de nombreux Chypriotes la réputation d’un homme qui lutte contre la corruption et prône la transparence. Il affirme que son nouveau parti entend réformer et redynamiser la vie politique. Et son parti semble en passe de remporter au moins 8 à 10% des voix, selon les derniers sondages.
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— Florence Labbé (@flolabbe) May 18, 2026
Autre nouveau venu, Feidias Panagiotou, alias Fidias; Youtubeur et influenceur de 25 ans, il a fondé le parti Direct Democracy (ADK) en octobre 2025 après avoir remporté un siège en tant que député européen indépendant aux élections européennes de juin 2024. Sa victoire a suscité un large débat sur l’avenir des partis traditionnels à Chypre, en raison de son utilisation de nouvelles méthodes sur les réseaux sociaux pour gagner en audience et, par conséquent, en soutien. L’intérêt qu’il a suscité a principalement été déclenché par l’accent qu’il a mis à destination des Chypriotes turcs, sur le “problème chypriote“. Membre de l’Union européenne depuis 2004, Chypre, qui compte un million d’habitants, est coupée en deux depuis l’invasion en 1974 de la partie nord par l’armée turque en réaction à un putsch visant à rattacher l’île à la Grèce. L’ île est partagée entre la République de Chypre, dont l’autorité ne s’exerce que sur la partie sud de l’île, peuplée essentiellement de Chypriotes grecs, et la République turque de Chypre du Nord (RTCN) – reconnue uniquement par Ankara —, qui occupe 38 % du territoire et compte environ 300 000 habitants.
Une montée de l’extrême droite
Le Rassemblement démocratique (DISY, PPE), mouvement démocrate-chrétien qui, par le passé, remportait la majorité des voix aux côtés du parti démocrate (DIKO, S&D), du parti socialiste (EDEK, S&D) et du Parti progressiste des travailleurs (AKEL, Gauche) d’extrême gauche, doit désormais affronter une concurrence plus affirmée du Front national populaire (ELAM, ECR). Depuis sa création en 2011, puis dans le sillage de la crise financière de 2012-2013, ce dernier a enregistré des gains progressifs surfant sur le mécontentement de la population. Les intentions de vote en faveur de ELAM semblent avoir doublé par rapport au dernier scrutin de 2021. Le système de scrutin proportionnel chypriote a favorisé son essor dans les zones rurales (et pas dans les villes), et lui a permis de s’affirmer sur la scène politique, notamment contre l’immigration et contre les normes sociales progressistes. ELAM a également insisté sur l’augmentation des dépenses de défense pour contrer toute tentative de la Turquie de renforcer ses positions autour de Chypre. Il a enfin mis l’accent sur l’approvisionnement énergétique, transformant ces questions en enjeux de souveraineté chypriote.
Ce que disent les sondages
Selon les derniers chiffres de Politico (Etat au 18 mai), le Rassemblement démocratique DISY et le Parti progressiste des travailleurs AKEL seraient au coude-à-coude (22-20,4% des suffrages), devant les partis d’extrême droite: le Front populaire national (ELAM), (14%), ADK (8,2%) et ALMA (8,9%). Le parti DIKO obtiendrait 9,2%. Les autres partis sont crédités de VOLT 4,6%, et EDEK 3 %.
