Primaire populaire : les points-clés d’une élection controversée

Dernière ligne droite pour la primaire populaire. A partir de ce jeudi et jusqu’à dimanche, près de 467000 participants sont invités à voter pour faire émerger un candidat commun à gauche. En quoi consiste cette initiative citoyenne ? Quels sont les candidats en lice ? Comment va se dérouler le scrutin ? Quelle légitimité accorder à ce vote et comment se traduira t-il ? Focus sur un processus, loin de faire l’unanimité.

Ce sera en fin de semaine le “clap de fin“ pour cette vaste initiative citoyenne, dont l’objectif est de faire émerger une candidature unique à gauche pour l’élection présidentielle des 10 et 24 avril . Qu’ils le veuillent ou non, sept candidats se retrouvent en lice pour être départagés lors d’un vote prévu du 27 au 30 janvier.

En quoi consiste la primaire populaire ?

Une initiative citoyenne

Lancée en mars dernier par l’association “2022 ou jamais“ , la primaire populaire est une initiative citoyenne qui plaide pour une candidature commune à gauche pour la présidentielle. Objectif : désigner la personnalité la plus à même de porter les valeurs écologiques, démocratiques et sociales. Derrière ce mouvement, pas de partis politiques, mais deux militants de gauche : Mathilde Imer, une jeune écologiste, cheville ouvrière de la Convention citoyenne pour le Climat, et l’entrepreneur Samuel Grzybowski, fondateur de l’association interconfessionnelle “Coexister“.

La Primaire populaire repose sur un socle commun de dix propositions politiques, rendu public le 5 mai dernier et co-construit avec plus de 10 partis politiques de la gauche et de l’écologie. On y trouve notamment pêle-mêle,  “un big bang pour une fiscalité plus juste et écologique“, “la hausse du smic“ ou encore “un revenu de solidarité dès 18 ans“.

Une consultation, plus qu’une primaire

Même si elle en avait initialement l’intention, la primaire populaire n’est pas vraiment une primaire au sens politique du terme. C’est d’ailleurs ce qui en fait aujourd’hui un Ovni dans le paysage politique français : pour la première fois, des candidats à la présidentielle seront en effet départagés malgré eux, sans avoir donné leur accord.

Qui sont les candidats ?

Sept candidats sont sur la ligne de départ. D’abord des poids lourds de la politique issus de la gauche, qui se présentent déjà à la présidentielle : Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Christiane Taubira. A leurs côtés, Pierre Larrouturou, 57 ans, député européen et fondateur de Nouvelle Donne, et deux candidates issues de la société civile : Anna Agueb-Porterie, 24 ans, une militante écologiste sans étiquette, et Charlotte Marchandise, 47 ans, ancienne adjointe à la mairie (PS) de Rennes qui avait déjà tenté de se présenter en 2017 sans parvenir à récolter les 500 parrainages de maires.

Mais cette primaire populaire est loin de faire l’unanimité au sein de la gauche. Trois des sept candidats, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et la socialiste Anne Hidalgo, ont déjà annoncé qu’ils ne se soumettront pas aux résultats du scrutin. Chacun ayant demandé que son nom soit retiré de la liste des candidats. Seule Christiane Taubira, reconnaît la légitimité du scrutin. L’ancienne ministre de la justice a défendu, mardi 18 janvier, sur France Inter sa participation à cette consultation, tout en se gardant de s’engager à rejoindre le ou la gagnante.

Qui va voter  ?

Le vote est gratuit et ouvert aux Français de plus de 16 ans disposant d’une adresse email et d’une carte bancaire. Une précaution prise dans le cadre d’un dispositif anti-fraude. Ces derniers avaient jusqu’au 23 janvier, pour le faire. La primaire populaire revendique 466.895 participants potentiels. C’est le nombre final d’inscrit(e)s  au vote d’investiture, validé par la Haute Autorité de Contrôle du Vote. A titre de comparaison, c’est à peu près le même nombre d’inscrits que pour la primaire du pôle écologiste au mois de septembre (122.675 inscrits dont 106 622 votants au premier tour),

Quel mode de scrutin ?

Le scrutin se déroulera en un seul tour et au jugement majoritaire. Il s’agit d’un type de vote préférentiel, appelé aussi “vote alternatif“ car il sort du scrutin uninominal classique Ce mode de scrutin repose sur un principe simple : l’électeur ou l’électrice ne choisit pas un candidat, mais vote en évaluant chacune des candidatures et en leur attribuant la mention de son choix.

Dans le cas du vote de la Primaire Populaire les votant(e)s auront à répondre à la question suivante :“Pour faire gagner l’écologie et la justice sociale à l’élection présidentielle, j’estime que chacune de ces personnalités serait…“ Elles auront également à attribuer ensuite une mention à chacune des candidatures, entre : “Très bien“, “Bien“, “Assez bien“, “Passable“, “Insuffisant“. Le candidat qui obtient la meilleure “mention majoritaire“, remporte l’élection. C’est-à-dire la mention correspondant au choix d’au moins 50% des votants (par exemple, un candidat recevra la mention “bien“ si 35% des électeurs lui attribuent la mention “bien“ et 20% la mention “excellent“, puisque 55% des électeurs seront d’accord a minima sur cette mention bien).

Quelles modalités de vote ?

Le vote est ouvert aux seuls participants inscrits au préalable, qui ont reçu un mail de confirmation avec un numéro d’inscription. Il s’effectuera sur la plateforme de vote sécurisée en ligne primairepopulaire.fr. au moyen de l’identifiant et du mot de passe défini lors de l’inscription.

Le scrutin aura lieu entre le jeudi 27 janvier 10 heures et le dimanche 30 janvier, 17 heures. Les résultats de la Primaire populaire seront connus dans la soirée. Pour l’heure, les organisateurs n’ont pas précisé les modalités d’annonce des résultats. Le nom du candidat arrivant en tête devrait être dévoilé sur les réseaux sociaux.

Que se passera t-il après ?

C’est là toute la question. Sur les sept candidats, trois refusent en effet de reconnaître les résultats du vote.“Est-ce que ces personnes vont refuser le soutien de 467 000 personnes pour la Présidentielle ? Ce que nous on leur propose, c’est de faire campagne“, explique Samuel Grzybowski, porte-parole du mouvement. Dans le cas d’une victoire de l’un des trois prétendants déjà en course, cette investiture serait toujours un coup de pouce dans leur campagne. Libre à eux d’acter formellement ou non ce succès après avoir fait part de leur refus d’y prendre part.

Selon le quotidien Les Echos, Christiane Taubira a de bonnes chances de sortir en tête de ce vote, notamment parce que Jean-Luc Mélenchon est plus clivant, donc plus susceptible d’avoir des avis négatifs. Si tel est le cas, aucun des autres candidat, ils l’ont fait savoir, ne s’effacera toutefois automatiquement derrière elle. Pourrait-elle alors obtenir un vote utile de gauche en sa faveur ? La question est posée.

“Le 30 janvier, il y aura quoi qu’il arrive un candidat investi par la Primaire populaire, on connaîtra la personne autour de qui on appellera à se rassembler“, même sans son accord, explique Samuel Grzybowski. “Ce sera notre base, nos signataires, qui choisiront.“  Si les organisateurs entendent faire campagne pour le vainqueur, leur soutien ne sera pas non plus automatique : il faudra que le lauréat se reconnaisse dans le “socle commun“ exigent-ils. Et dans tous les cas, et quelle que soit l’hypothèse de sortie, que les candidats reconnaissent ou pas les résultats, les organisateurs de la primaire populaire s’estiment en l’état inattaquables juridiquement. 

 

 

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