Visite de Javier Milei à Paris : entre offensive économique et vives tensions diplomatiques

Le président argentin Javier Milei effectue une visite à Paris de trois jours, pour participer à la deuxième édition de la “Semaine argentine“. Un déplacement qui suscite une vague de contestations, après les déclarations virulentes du leader d’extrême droite, en amont de son voyage en France.

L’atmosphère s’annonce électrique pour l’arrivée à Paris du chef d’État argentin qui séjournera dans la capitale du 30 septembre au 2 octobre. Javier Milei ouvrira l’“Argentina Week“, un forum économique qu’il promeut lui-même et qui vise, après une première édition à New York en mars, à promouvoir le potentiel économique de l’Argentine et à attirer les investisseurs internationaux.

Dans ce cadre, le président de l’A recevra une distinction du Paris Economic Forum, qui le désignera, conjointement avec l’économiste français Philippe Aghion, comme l’un des “deux économistes les plus influents de la planète“. Xavier Milei se rendra également à l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour aborder des secteurs clés comme l’énergie nucléaire, les minéraux critiques et le gisement de “Vaca Muerta“. Une vaste formation géologique battue par les vents, en Patagonie, qui enregistre des niveaux de production de pétrole record.

Une possible rencontre avec Emmanuel Macron

Lors de sa visite en France, Xavier Milei pourrait avoir une rencontre bilatérale avec le président français Emmanuel Macron, avec qui il a affirmé entretenir d’“excellentes relations d’amitié“. Cette dernière n’a cependant pas encore été officiellement confirmée. Selon les médias argentins, si il avait lieu, ce rendez-vous entre les deux dirigeants aurait lieu le 1er octobre, lors de la journée principale de la “Semaine argentine“.

Cette entrevue serait la quatrième entre Milei et Macron qui se sont déjà rencontrés bilatéralement à Paris, Buenos Aires et Nice entre 2024 et 2025. Au sommet de l’État, la réception du président argentin relève toutefois d’une équation diplomatique délicate. Entre divergences profondes sur les accords environnementaux, le multilatéralisme et le climat, la rencontre s’apparente à un exercice d’équilibriste où la diplomatie française tente d’imposer des gardes-fous, sans rompre les canaux officiels. Et ce, alors qu’à quelques jours de son arrivée en France, le président argentin a multiplié les attaques contre le modèle européen.

Des critiques acerbes contre le modèle européen

“Trop de régulations“, “État-providence pervers“ “problème migratoire terrible“, “wokisme“ : Javier Milei a multiplié ses critiques contre une Europe “qui est en train de couler“, lors d’une interview à la télévision française diffusée lundi 21 septembre. A quelques jours de son déplacement en France, le dirigeant s’exprimait sur la chaîne LCI depuis le palais présidentiel de Buenos Aires. Il y a vivement critiqué le Vieux Continent, dont l’avenir serait incertain, menacé selon lui par des “problèmes politiques, économiques et démographiques » majeurs.

Le président argentin a réitéré ses virulentes critiques contre le modèle européen, affirmant notamment que l’Europe est “en train de couler“ à cause d’un excès de réglementations, d’un “État-providence pervers“, “d’une crise migratoire majeure“ et du “wokisme“. “L’Europe est une zone qui a stagné, qui ne peut pas croître“ a t-il lancé. “Ceux qui pensent que Donald Trump affaiblit l’Occident ont tort. (…) L’Europe est gênée par la vérité, elle est en train de couler“, a affirmé Javier Milei. 

Quelques jours plus tard devant l’Assemblée générale de l’ONU, mercredi 23 septembre, le dirigeant argentin a prononcé un discours très véhément à l’encontre de l’institution : une “organisation inutile qui ne sert qu’à nourrir une caste de parasites, fatalement arrogants, déguisés en bureaucrates bien intentionnés“, selon lui. Des propos qui contrastent avec ceux du président français Emmanuel Macron qui à la tribune des Nations a promu hier le multilatéralisme.

Tensions et contestations à Paris

Le but principal du déplacement de Xavier Milei est de séduire les investisseurs européens et de promouvoir son programme de privatisations massives. Une démarche qui suscite une vive opposition en France. Des collectifs citoyens et des médias de gauche, à l’instar d’un appel relayé par L’Humanité, fustigent cette démarche en affirmant fermement que “l’Argentine n’est pas à vendre“. L’Assemblée des citoyens argentins en France (ACAF), appelle ainsi à  déclarer le chef d’État “persona non grata“ en France. Pour l’ACAF, le déplacement à Paris du président argentin, est l’occasion de rappeler la réalité sociale et politique du pays depuis son arrivée au pouvoir et de dénoncer ce qu’elle considère comme une opération de propagande.

Depuis décembre 2023, les politiques d’austérité et de réduction des dépenses publiques ont profondément transformé les conditions de vie en Argentine. Les coupes budgétaires affectent également les services publics, notamment la santé, l’éducation, les universités, la recherche, la culture et les politiques sociales. L’ Assemblée des citoyens argentins en France alerte par ailleurs sur la situation des libertés publiques et les tensions entourant les mobilisations sociales. Par ailleurs, la gestion de la Maison de l’Argentine à la Cité internationale universitaire de Paris fait polémique depuis la nomination par le gouvernement Milei d’un nouveau directeur, accusé par des résidents et des élus locaux de mener des évictions fondées sur des critères politiques. Cette visite suscite enfin des oppositions de la part de l’association d’ex-prisonniers et de proches de disparus sous la dictature argentine (ACAF) a appelé à un rassemblement de protestation le 30 septembre devant l’ambassade d’Argentine à Paris.

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