Ce samedi 3 octobre, les citoyens lettons sont appelés aux urnes pour renouveler les 100 sièges de leur Parlement, la Saeima. Le scrutin devrait confirmer le cap pro-européen et pro-ukrainien du pays, malgré la progression de partis populistes et contestataires sur fond de problèmes économiques.

Aux confins orientaux de l’Otan et de l’Union Européenne, les Lettons votent ce samedi pour renouveler la Saeima, le parlement de l’Etat balte. Ces se déroulent dans un contexte géopolitique lourd, dominé par la guerre en Ukraine, la menace russe aux frontières et des défis économiques.
Un vote entre inquiétudes sécuritaires et économiques
Le paysage politique letton a été profondément secoué par la démission en mai 2026 de la Première ministre Evika Siliņa, provoquée par le retrait du parti de gauche Progrès (Progresīvie) et la perte de la majorité parlementaire. Cette chute de gouvernement a laissé le pays sous la gestion d’un exécutif de transition dans un climat d’incertitude. Malgré ce contexte, la sécurité nationale reste une priorité.
La défense
En raison des incursions régulières de drones dans l’espace aérien letton, elle occupe une place prépondérante dans les préoccupations de la population. Depuis sa nomination en mai, le Premier ministre n’a disposé que d’une marge de manœuvre extrêmement réduite pour rassurer le public à cet égard. La menace d’une incursion ou d’une ingérence russe est telle que le gouvernement a invité l’OSCE à observer ce scrutin. Les dépenses militaires dépassent désormais les 3 % du PIB, la fortification des frontières avec la Russie et le Bélarus se poursuit, et la rupture définitive des dépendances énergétiques avec Moscou demeure une priorité partagée par l’ensemble de la classe politique pro-européenne.
Les Lettons élisent ce samedi, leur parlement, dans un contexte géopolitique, toujours plus tendu. Pour financer le réarmement du pays, le favori des sondages, l’actuel, premier ministre milite pour trouver des fonds à Bruxelleshttps://t.co/imedQnK60t pic.twitter.com/bDuWTqyopl
— Florence Labbé (@flolabbe) October 2, 2026
La question russe
En Lettonie, un quart de la population est russophone et une partie d’entre elle est pro-Poutine. Les liens entre la cheffe du parti Pouvoir souverain, en bonne place dans les sondages, et le Kremlin ont été d’ailleurs récemment révélés par la presse locale. Leur intégration a toujours constitué un défi pour la société lettone. Le vote du 3 octobre pour le parlement, la Saeima, sera le deuxième depuis que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine. Une guerre dans laquelle la Lettonie a apporté son soutien total à Kiev. La question qui se pose à la lumière des nombreuses lois adoptées récemment est la suivante : comment l’électorat russophone, qui dispose du droit de vote, va-t-il se prononcer ? Optera-t-il à nouveau pour la loyauté envers la Lettonie, comme cela fût le cas lors des élections de 2022 ?
Latvia will elect a new parliament this weekend, in an election dominated by security concerns over the now emboldened Russia next door and a cost-of-living crisis shaping the domestic agenda. https://t.co/ccl6vxZBlG
— The Kyiv Independent (@KyivIndependent) October 2, 2026
Des préoccupations économiques majeures
S’ajoutent également des préoccupations économiques omniprésentes. La Lettonie demeure le plus modeste des trois Etats baltes en termes de niveau de vie, malgré un net rattrapage depuis son entrée dans l’UE en 2004. La croissance est atone et les électeurs pointent le coût de la vie, l’état du système de santé et les difficultés des finances publiques.La situation est particulièrement tendue en Latgale (est), habitée par une forte majorité russophone et qui souffre d’une dépopulation importante. Un contexte qui s’accompagne d’une progression de formations populistes.
Les forces en présence
Le parti de centre droit au pouvoir, Nouvelle Unité (Jaunā Vienotība), est fragilisé par la fin de la coalition Siliņa. Il défend son bilan de stabilité géopolitique et son ancrage pro-OTAN, mais peine à convaincre sur le terrain socio-économique.
La droite nationaliste et souverainiste : L’Alliance nationale (Nacionālā apvienība) et la Liste unie (Apvienotais saraksts) entendent capter l’électorat déçu du centre-droit en prônant une ligne encore plus ferme sur la défense de la langue lettonne et la sécurité aux frontières.
L’opposition populiste et la minorité russophone : Le parti populiste de droite La Lettonie d’abord (Latvija pirmajā vietā), mené par Ainārs Šlesers, s’appuie sur le mécontentement face au coût de la vie. De son côté, la formation Pour la stabilité ! (Stabilitātei!) tente de remobiliser l’électorat de la minorité russophone.
Ce que disent les sondages
La coalition au pouvoir en tête des intentions de vote
La liste unie menée par l’actuel Premier ministre, Andris Kulbergs, arrivé au pouvoir après la démission de la Première ministre en mai dernier, est en tête des intentions de vote. Selon un dernier sondage Politico, elle est créditée de plus de 14% des suffrages. Bien que la Liste unie caracole en tête des intentions de vote, sa coalition de centre-droit, qui regroupe également Nouvelle Unité (JV, centre, 6,9%), l’Alliance nationale (nationaliste, NA, 8,9%) et l’Union des Verts et des Paysans (ZZS, centre, 8,3%), s’effondre et devrait sortir affaiblie du scrutin.
Une progression des formations populistes
La principale nouveauté de cette campagne est la progression de formations populistes. Portées par l’inflation, le coût de la vie et le mécontentement social, deux forces populistes qui veulent récupérer les voix de la minorité russophone de l’Etat balte, ont bondi dans les enquêtes d’opinion. Les derniers sondages les place respectivement en deuxième et troisième position (9,2 %), derrière le parti du premier ministre.
Le parti Pouvoir souverain (Suverena vara, SV), dirigé par Julija Stepaņenko, est ainsi crédité à plus de 11%, ce qui pourrait lui valoir la deuxième place au Parlement. Critique de l’aide à l’Ukraine et de l’augmentation des dépenses militaires, il met en avant les difficultés économiques du pays. Considéré comme pro-russe par ses détracteurs, SV reste toutefois isolé politiquement et n’a aucune chance, sauf énorme surprise, d’entrer au gouvernement.
Une autre formation populiste, Lettonie d’abord (LPV, 13%), dirigée par l’homme d’affaires Ainars Slesers, dont les liens d’affaires avec la Russie sont avérés, séduit les lettons avec un discours conservateur et des promesses de relance économique. Il pourrait devenir un partenaire incontournable dans les prochaines négociations de coalition. “La grande question est de savoir si la Liste unie coopérera avec le parti de Slesers“, estime l’analyste politique Sigita Struberga.
