Présidentielle US 2020 Ep. 2 : ces “swing states“ qui pourraient faire basculer l’élection

A la veille du scrutin, tous les observateurs ont les yeux rivés sur une petite dizaine d’Etats, dont le résultat est difficilement prévisible. Les “swing states“, ces états pivots peuvent faire basculer l’élection jusqu’au dernier moment. En quoi sont-ils déterminants ? Quels sont-ils ? Etat des lieux de ces territoires qui décideront de la victoire finale entre Trump et Biden, alors que la campagne américaine vit ses dernières heures.

Le chemin vers la Maison blanche passe par une poignée d’états que le président sortant et son rival démocrate se disputent. Comme lors de l’élection de 2016, le scrutin pourrait de nouveau se jouer dans quelques états clés, où des dizaines de milliers de voix peuvent décider de l’élection. Des champs de bataille qui décideront qui remportera le collège électoral (cf. épisode 1). Dans bon nombre d’Etats, le vote est quasiment connu à l’avance. Mais dans une petite dizaine d’Etats, le vote est indécis, et ça change tout.

Pour rappel, les Américains se rendent aux urnes pour désigner, non pas directement leur président, mais un groupe de grands électeurs, réunis au sein d’un collège électoral qui compte 538 membres. Ce sont ces 538 là qui in fine élisent le président américain. Et pour obtenir ces grands électeurs, il faut remporter un Etat en tenant compte de  la règle du “winner-takes-all“ (le vainqueur remporte tout).

Elle implique que le candidat arrivé en tête du scrutin dans un état, rafle tous les grands électeurs de cet état, qui peut ainsi basculer dans un camp ou l’autre. Il est donc essentiel pour chaque candidat de remporter les états peuplés qui ont le plus de grands électeurs, car ce sont eux rapporteront le plus de voix.

Une dizaine de “swing states“

Avec la règle du “winner-takes-all“ , certains États deviennent bien plus importants que d’autres. Il s’agit des fameux “swing states“. Ces “états pivots“ ou “états charnières“ sont des enjeux clés pour les deux candidats, et ce sont eux qui déterminent les stratégies de campagne de Donald Trump et de Joe Biden. Ils sont les territoires qui font gagner, ou perdre, l’élection. En cumulé, ils peuvent représenter une part importante des 270 voix des électeurs nécessaires pour remporter l’élection. Ce sont bien eux qui décideront le 3 novembre prochain, qui, de Donald Trump ou de Joe Biden, s’installera à la Maison-Blanche.

Les états à surveiller en 2020

Pour cette élection,  les experts ont identifié parmi ces “swing states“, sept états clés qui détermineront le résultat de l’élection : l’Arizona (11 électeurs), le Wisconsin (10), le Michigan (16), la Floride (29), la Pennsylvanie (20), la Caroline du Nord (15) et l’Ohio (18) -. L’ensemble, ces états charnières représentent cette année 119 votes/538 des collèges électoraux à gagner.

Joe Biden détient un net avantage sur le président Trump dans quatre des “swing states“ les plus importants, selon un dernier nouveau sondage publié dimanche par le New York Times et Siena College. L’ancien vice-président devance ainsi le président sortant dans les “champs de bataille“ du nord du Wisconsin et de la Pennsylvanie, ainsi qu’en en Floride et en Arizona. Son avance est encore plus prononcée dans le Wisconsin, où il détient une majorité absolue des voix et mène M. Trump de 11 points, 52% à 41%.

Le cas particulier du Texas

Le Texas est d’ordinaire cité comme l’exemple de l’Etat stable par excellence. Depuis 1976 en effet, jamais il n’a échappé aux républicains, qui peuvent donc régulièrement compter sur ses 38 grands électeurs. Mais cette fois, la donne est différente. Pour l’heure, la course est très serrée, notamment à cause du vote hispanique, hostile à Donald Trump, et de la gestion jugée erratique par le président américain, de la crise du coronavirus. Une victoire de Joe Biden dans ce vrai-faux “swing state“, aurait valeur de séisme outre-Atlantique. A la veille de l’élection un petit point (1.1 point) sépare les deux candidats : 48,5% pour le républicain Trump et 47,4% pour le démocrate Biden.

Aperçu des “champs de bataille“

Floride : l’état le plus convoité

C’est sans conteste le “swing state“, le plus convoité, avec ses 29 grands électeurs. Les candidats y passent traditionnellement beaucoup de temps et y dépensent beaucoup d’argent. Mais c’est un Etat où les électeurs ne sont pas constants dans leurs votes. Depuis 1992, la Floride a vu par trois fois la victoire des démocrates, contre quatre succès aux républicains. Et toujours avec des scores serrés. En 2016, Donald Trump l’avait remporté sur le fil, avec l’aide du vote des seniors.

Mais, l’état étant parmi les les plus touchés par la pandémie de Covid-19, la gestion chaotique de l’épidémie par Trump, pourrait être sanctionnée par la population. Joe Biden a pour l’heure, une avance limitée (2.2 points) sur le président sortant dans les sondages : 48,8%  46,6% pour le Donald Trump. Le sondage New York Times/ Siena collège lui donne un point de plus d’avance (3 points).

 

Pennsylvanie : une victoire nécessaire pour Biden

Avec ses 20 grands électeurs, la Pennsylvanie est aussi l’un des Etats les plus importants de l’élection américaine. Ce bastion démocrate, que Trump était parvenu à faire basculer en 2016, doit être remporté par Joe Biden. D’abord parce qu’il est pourvoyeur de 20 grands électeurs, ce qui n’est pas négligeable. Mais aussi, parce qu’il est l’occasion de reprendre au locataire de la Maison Blanche, un territoire traditionnellement démocrate.

La baisse de faveur de Trump auprès des personnes âgées, qui représentent 18% de l’électorat de l’État, pourrait le condamner en Pennsylvanie. Largement en tête dans l’état depuis quelques semaines, l’ancien vice-président compte en effet désormais cinq points d’avance sur le président sortant. Chez les plus de 65 ans, il détient même une avance de 9 points, selon un sondage “Morning Consult “du 15 octobre.

Michigan et Wisconsin : des territoires à reconquir par les démocrates

Au total, 26 grands électeurs sont en jeu, 10 pour le Wisconsin, 16 pour le Michigan. En 2016, ces deux états acquis à la cause démocrate selon elle, avaient été délaissés volontairement par Hillary Clinton. En 2016, Trump avait réussi l’exploit de faire basculer dans le camp républicain les 16 grands électeurs du Michigan, historiquement démocrate. Les votes des électeurs blancs de banlieue, de la communauté noire et des ouvriers syndiqués pourraient permettre à Joe Biden de récupérer l’état. Le candidat démocrate devrait aussi s’appuyer sur la popularité de la gouverneure Gretchen Whitmer, une farouche opposante de Donald Trump. L’ancien vice-président détient une avance de 8,2 points sur son rival républicain.

 

Avec ses 10 grands électeurs, le Wisconsin est traditionnellement démocrate. Mais en 2016, Hillary Clinton avait fait l’impasse sur cet État, qui l’avait puni en donnant une courte victoire à Donald Trump. Alors que les sondages au début de l’année confirmaient la position de force du président américain, la tendance s’est inversée et s’est creusée durant tout l’été, mettant les démocrates en position de force.

Joe Biden a aujourd’hui 7,9 points d’avance sur son rival Républicain. Mais la bataille sera très serrée dans cet État où des affrontements entre militants antiracistes et miliciens d’extrême-droite ont fait deux morts fin août à Kenosha, ville où Jacob Blake, un jeune adulte noir, a été abattu dans le dos par un policier blanc.

 

L’Arizona : un bastion républicain menacé

L’Arizona pourrait être crucial pour Joe Biden. Si le candidat démocrate en remporte les 11 grands électeurs, il pourrait en effet se permettre de perdre soit le Michigan, soit la Pennsylvanie ou le Wisconsin. Reste que cet état du sud-ouest n’a plus voté démocrate depuis 1996. Donald Trump l’a remporté en 2016 avec quelques 91000 voix d’avance, une marge relativement confortable de 3,6%.

Pour autant, ce bastion traditionnellement républicain pourrait tomber entre les mains des démocrates. D’une part, parce que Donald Trump s’est aliéné une partie des conservateurs en dénigrant John McCain, héros de la guerre du Vietnam et longtemps sénateur de l’État. D’autre part, parce que le candidat démocrate peut compter sur le vote des jeunes urbains latinos. Pour l’heure, Joe Biden détient une avance confortable sur son adversaire républicain : 3 points selon les derniers sondages.

L’Ohio : le baromètre de l’élection

L’état offre 18 grands électeurs au vainqueur de l’élection. Mais s’il est autant scruté par les deux candidats, ce n’est pas en raison du contingent d’élus qu’il donne. Mais bien, parce qu’il s’agit d’un état charnière. Depuis 1964, il a toujours été remporté par le vainqueur de l’élection. En clair, quand l’Ohio vote démocrate, c’est un démocrate qui s’installe à la Maison Blanche. Et inversement.

En 2016, Donald Trump y avait triomphé avec huit points d’avance en attirant les démocrates déçus par Hillary Clinton. Cette année Joe Biden entend bien récupérer cet état du nord-est des Etats-Unis. Donald Trump reste toutefois toujours en mesure de le rafler, malgré que le milliardaire n’ait pas ramené les emplois dans cet État frappé par la crise industrielle et les délocalisations.

Les sondages sont extrêmement serrés entre les deux candidats. A la veille de l’élection, le président sortant a un très léger avantage sur son adversaire démocrate : 47,4% pour Donald Trump, contre 47,2% pour son rival démocrate.

 

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