Reconfinement, couvre-feu, fermeture des écoles : les pistes de l’exécutif

Face à la menace nouvelle du variant britannique du Covid-19 et l’effet rebond des fêtes sur le nombre de contaminations, l’hypothèse de restrictions sanitaires plus drastiques est dans toutes les têtes. Les options sur la table.

C’est d’ordinaire un scénario bien rodé où se rejoue chaque semaine la gestion de l’épidémie de Covid-19 face à des français inquiets. Après un conseil de défense sanitaire le mercredi, le gouvernement livre semaine après semaine le jeudi soir, ses derniers arbitrages sur les restrictions sanitaires. Mais cette fois un nouvel invité est venu contrarier l’équation : le variant britannique du Covid-19, réputé plus contagieux, dont on sait désormais qu’il circule sur le territoire français. “Une nouvelle épidémie dans l’épidémie“, comme l’évoque l’épidémiologiste Arnaud Fontanet.  Une menace prise “ très au sérieux“ par le ministre de la Santé, Olivier Véran.

L’hypothèse d’une troisième vague ne peut en outre pas être totalement écartée, tant que les retombées des fêtes de fin d’année sur le rythme des contaminations n’ont pu être établies. Cette semaine s’annonce décisive, puisque les premiers chiffres liés au réveillon du 31 décembre sont attendus.

L’épidémie en effet ne faiblit pas et atteint un point de bascule en France. Si la situation sanitaire dans le pays n’est pour l’instant pas aussi dramatique que celle du Royaume-Uni ou de l’Allemagne, il continue néanmoins d’entrer à l’hôpital autant de malades du Covid qu’il en sort. Et l’arrivée du virulent variant britannique risque de faire basculer cet équilibre instable.

Lors de son dernier point épidémiologique daté du 7 janvier, Santé publique France faisait état de la poursuite de la circulation du SARS-CoV-2 à un niveau élevé, notamment, d’une nette augmentation du nombre de cas confirmés (96.743, en hausse de 17%). 28.830 personnes testées le 4 janvier, jour de la rentrée, se sont en outre avérées positives, un chiffre au plus haut depuis la mi-novembre, selon les données de la plateforme Geodes. Après avoir tendu la semaine passée vers des mesures territorialisées, voire localisées, le gouvernement va donc devoir revoir sa feuille de route.

Agir vite face au variant britannique

Ne pas perdre une minute pour protéger la France des nouveaux variants du Covid-19, notamment la souche britannique. C’est le mot d’ordre du conseil scientifique, qui une fois de plus met la pression sur l’exécutif. Face au variant anglais, son président, Jean François Delfraissy réclame des mesures rapides, pour ne pas subir une troisième vague. “Je suis très préoccupé par ce variant anglais, plus vite on prend des décisions plus elles vont être efficaces donc évitons de retarder ces décisions“, a expliqué ce lundi l’immunologue sans se prononcer pour autant sur les mesures de restriction à mettre en oeuvre.

Un reconfinement général ou local

De nombreuses voix s’élèvent pour réclamer un nouveau et troisième confinement général. C’est le cas des médecins et des membres de l’association PandémiA qui ont publié ce lundi une tribune dans le Monde, dans laquelle ils réclament “un confinement strict et précoce, meilleure arme contre la propagation virale.“

Pour l’heure, cette piste ne tient toutefois pas la corde et semble même écartée, comme l’a laissé entendre le porte-parole du gouvernement. “A ce stade, il n’y a pas de reconfinement prévu mais évidemment nous suivons la situation avec beaucoup d’attention (…) et on continuera à prendre les mesures nécessaires, notamment dans certaines villes“, a expliqué Gabriel Attal, sur Europe 1, lundi matin. Une déclaration nuancée par le premier ministre, Jean Castex, qui a indiqué le jour même face à des parlementaires : “Dans l’absolu, un troisième confinement n’est pas exclu en dernier recours, mais les chiffres à ce jour nous laissent à penser que le couvre-feu suffit”.

L’exécutif pourrait toutefois également décider d’un reconfinement local, afin de prendre en compte la situation des départements moins touchés par l’épidémie, comme ceux de la côte Atlantique. Une option plébiscitée par l’ancienne maire de Marseille Michelle Rubirola. “Et pourquoi pas un reconfinement ? Un reconfinement pour protéger les Marseillaises et les Marseillais (…), un réel reconfinement pour que ce virus arrête de circuler“, a t-elle déclaré.

Selon un sondage Elabe publié ce mercredi, une très large majorité de Français anticipe un nouveau confinement. 83% d’entre eux pensent qu’il y aura un troisième confinement national dans les prochaines semaines, dont 31% certainement et 52% probablement. A l’inverse, 17% ne croient pas à l’instauration de cette mesure, dont 15% probablement pas et 2% certainement pas.

Un couvre-feu national ou local à 18 heures

Ainsi que le mentionne BFMTV, l’exécutif va devoir trancher entre deux options. D’une part l’option nationale, à ce jour la plus probable. Elle consisterait à étendre le couvre-feu à partir de 18 heures à tout le territoire . La mesure peu populaire permettrait à n’en pas douter de pallier la recrudescence de nouveaux cas liés au variant britannique. La seconde option qui est locale, impliquerait de maintenir une gestion territorialisée de l’épidémie, en lien avec les préfets.

D’autres départements pourraient ainsi être soumis à un couvre-feu renforcé à 18 heures, dès ce jeudi. Vingt d’entre eux possèdent un taux d’incidence supérieur à 250, seuil fixé par l’exécutif pour le passage à l’“alerte maximale“. Sont ainsi dans le collimateur des autorités (par ordre décroissant), les Alpes-Maritimes(460), le Jura(363), le Territoire de Belfort341), le Doubs(334), la Haute-Marne (331), la Haute-Saône (309), les Hautes-Alpes (296), la Guyane(293), la Meuse (288), le Var (286), le Cher(279), les Ardennes(275), les Bouches-du-Rhône (272), la Meurthe-et-Moselle (271), la Nièvre(265), le Vaucluse (265), la Saône-et-Loire (264), la Côte d’Or(260), la Drôme (259), l’Allier(257).

Selon le sondage Elabe publié ce mercredi, les français sont plutôt favorables à l’instauration de mesures ciblées, couvre-feu ou confinement, dans les régions les plus touchées par l’épidémie de Covid-19.  Ils sont en revanche plus partagés sur l’instauration de ces mesures sur l’ensemble du territoire national : seuls 52% d’entre eux plébiscitent l’une ou l’autre de ces mesures.

Une solution hybride

Autre hypothèse, celle d’une solution hybride consistant en un couvre-feu à 18 heures en semaine et un confinement le week-end. Evoquée par certains au sommet de l’état, cette piste déjà avancée avant le deuxième confinement, est toutefois loin de faire l’unanimité.

La fermeture des écoles, des cantines

Malgré les appels de certains scientifiques, la fermeture des écoles constitue à ce jour un tabou que le gouvernement exclut d’enfreindre. “Nous avons une volonté absolue de préserver l’école. C’est essentiel pour nous. Le Premier ministre et le président de la République sont sur cette ligne“, assure-t-on mardi soir au sommet de l’État. Une position que fait sienne le “Monsieur vaccin“ du gouvernement. “La fermeture des écoles a des conséquences assez dramatiques pour les enfants, en particulier les plus fragiles, on l’a vu au printemps dernier“, a expliqué Alain Fischer ce mardi matin sur france inter.

Du côté de l’exécutif, on veut donc tout faire pour éviter une mesure de fermeture des écoles, collèges et lycées, comme l’a confirmé ce mercredi le professeur Jean François Delfraissy. “ Il n’est pas question à ce stade de fermer les écoles“, a t-il assuré sur France Info. “On pense que les données anglaises sur la pénétration du virus ne sont pas suffisamment claires pour nous pousser à fermer les écoles en France”“ a ajouté le président du conseil scientifique au micro de franceinfo. Toutefois, cette ouverture doit se faire “sous surveillance“. En cas d’identification du variant anglais, il faut “fermer la classe dès le premier cas“, a t-il affirmé.

La piste d’une possible fermeture des cantines propices au contact entre élèves, un temps envisagée, semble elle aussi s’éloigner, même si rien n’est encore acté. Si l’on ne s’oriente pas vers des décisions drastiques dans les établissements scolaires, le gouvernement devrait toutefois annoncer ce jeudi soir, mesures ciblées visant à renforcer le protocole sanitaire en place. Ceci afin de limiter les contaminations. Elles devraient notamment concerner la prise des repas. Leur distribution et leur consommation, alors que les enfants sont sans masque, concentrant les inquiétudes.

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