Une vaste journée de grève et de manifestations est organisée ce mardi 29 septembre dans l’ensemble de la fonction publique. Une mobilisation d’ampleur pour les salaires, les conditions de travail et les moyens consacrés aux services publics. Plus de 155 manifestations sont prévues dans le pays.

C’est un front syndical uni qui s’apprête à porter le fer contre la politique budgétaire du gouvernement. Le mardi 29 septembre, l’ensemble des agents des trois versants de la fonction publique — État, Territoriale et Hospitalière — est appelé à débrayer et à battre le pavé. Porté par une intersyndicale large (CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC, FA-FP), ce mouvement devrait être particulièrement suivi dans les services publics. La dernière grande mobilisation d’ampleur remonte au 5 décembre 2024. 200.000 personnes avaient manifesté dans toute la France.
Quelles revendications ?
À l’aube de la présentation du projet de budget 2027 par le gouvernement, les organisations syndicales de la fonction publique montent au front. “Les premières annonces budgétaires pour 2027 font planer la menace de nouvelles contraintes sur les services publics ainsi que sur les rémunérations et sur les conditions de travail de leurs agents“ écrivent ainsi la CGT, FO, la CFDT, la FSU, et Solidaires, dans un communiqué.
📅Les organisations syndicales de la fonction publique CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE CGC, FA-FP appellent à la mobilisation des personnels de la fonction publique le mardi 29 septembre prochain sur tout le territoire.
Plus d'infos : https://t.co/3RuxRD4rXi pic.twitter.com/3vYkRXLp3f
— CFE-CGC (@CFECGC) September 22, 2026
Le gel du point d’indice : la goutte d’eau qui ne passe pas
Au centre des revendications figure en première ligne le pouvoir d’achat. Face à l’inflation persistante, les syndicats exigent une revalorisation immédiate de 10 % du point d’indice, bloqué ou sous-indexé depuis de trop nombreuses années et le retour de son indexation sur l’inflation. Or, mi-septembre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a indiqué au Figaro qu’il souhaitait une nouvelle fois geler le point d’indice des fonctionnaires, qui sert de base de calcul de leur rémunération. “Une véritable provocation“ pour l’intersyndicale, qui déplore “des rattrapages de perte de pouvoir d’achat qui n’auront pas lieu“ face à l’inflation. “Nous avons bénéficié d’un léger rattrapage, mais aujourd’hui, nos salaires accusent encore près de 15 % de retard sur l’inflation, ce qui se traduit par une perte importante du pouvoir d’achat“, déclarent les syndicats. D’après ces derniers, “près d’un million d’agents voit leur rémunération rattrapée, et même parfois dépassée, par le SMIC“.
Gel du point d’indice des fonctionnaires : la CGT appelle à nouveau à « une journée noire » de grève le 29 septembre
➡️ https://t.co/Pnsb3cp0Jg pic.twitter.com/sbdAOVsbIm— Le Parisien (@le_Parisien) September 17, 2026
Toujours sur ce thème des salaires, l’une des autres revendications concerne une refonte des grilles indiciaires. “Aujourd’hui, la différence de rémunération entre un agent de catégorie C et un agent de catégorie B est très faible, et un cadre peut commencer sa carrière environ 80 euros en dessous du SMIC, ce qui n’est pas normal ! Nous revendiquons également davantage d’égalité salariale entre les femmes et les hommes, notamment dans les fonctions publiques hospitalière et territoriale“, déclare Marie-Christine Caraty, présidente de la fédération CFE-CGC des services publics.
Le rétablissement du pouvoir d’achat
Autre demande forte : la réintégration de la garantie individuelle du pouvoir d’achat (GIPA), un dispositif censé compenser la perte de pouvoir d’achat liée à l’évolution du traitement indiciaire. Les syndicats souhaitent aussi le maintien à 100 % de la rémunération en cas de congé de maladie ordinaire, et demandent l’abrogation du jour de carence appliqué aux agents publics en arrêt maladie. Aujourd’hui, l’indemnisation est de 90 %, une baisse qui avait pour objectif de diminuer le nombre d’arrêts maladie.
L’égalité salariale entre les femmes et les hommes
L’intersyndicale porte également des revendications sur l’égalité professionnelle, avec des garanties attendues concernant la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale entre les femmes et les hommes. Enfin, les organisations syndicales demandent une amélioration des conditions d’emploi et de rémunération pour les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Outre ces revendications générales, chaque syndicat a aussi ses propres demandes plus ciblées sur leur métier, ou d’intensité différente. La sécurité, notamment, est un enjeu majeur pour les policiers, pompiers, enseignants et personnels hospitaliers.
Pompiers : des moyens et des embauches
C’est le cas des sapeurs pompiers dont l’intersyndicale appelle aussi à la grève ce 29 septembre. Cette date marque le point d’orgue d’un mouvement national débuté le 8 septembre (avec un préavis courant jusqu’au 20 octobre). Reçus le 13 août au ministère de l’Intérieur, les neuf organisations espéraient des réponses concrètes, après plusieurs semaines d’alerte sur les difficultés des services de secours, dans le sillage des incendies de l’été. Repartis avec un calendrier législatif, mais sans annonce nouvelle sur les moyens et le financement, elles portent un certain nombre de revendications : la création d’au moins 21 000 postes de sapeurs-pompiers professionnels pour pallier le manque d’effectifs, d’avantage de moyens matériels, une revalorisation des salaires et une une meilleure reconnaissance des risques liés à leur métier. “Nous organisons la colonne de la révolte. Hors de question que nos élus passent un été formidable en se disant qu’on a avalé la pilule. Le temps des constats est passé, le temps des décisions doit commencer“, a déclaré le 13 août Xavier Boy, porte-parole de l’intersyndicale des sapeurs-pompiers professionnels.
Les sapeurs-pompiers lancent un appel à manifester le 29 septembre à Paris, "sauf surprise extraordinaire", et attendent "une mobilisation de la plus grande ampleur" pic.twitter.com/XAJl6HO4Z9
— BFM (@BFMTV) August 13, 2026
Quels services perturbés ?
La mobilisation qui touche les trois versants de la fonction publique (État, Territoriale et Hospitalière), devrait impacter un certain nombre de services.
Écoles, hôpitaux, France Travail, transports …
Les professeurs des écoles, les soignants et autres agents du service public ont appelé à la grève. Dans l’Éducation nationale, la fermeture de nombreuses classes et la perturbation des services de cantine et de périscolaire sont fortement pressenties. Du côté des hôpitaux et des EHPAD, si la continuité des soins demeure assurée via le système des assignations, la colère reste vive chez les soignants. Les guichets des préfectures, les centres des impôts, ainsi que les services municipaux et de collecte des déchets tourneront eux aussi au ralenti. Les agents de France Travail seront aussi de la partie. Pour la première fois depuis 2018, ses dix syndicats appellent à la mobilisation, dénonçant une succession de réorganisations et redoutant de nouvelles coupes, alors que le chômage remonte à 8,3 % de la population active au 2e trimestre 2026. Les agences franciliennes pourraient donc fonctionner en effectif réduit ce mardi.
Salaires, réorganisations, budget… Tous les syndicats de France Travail appellent à la grève le 29 septembre https://t.co/jldDH9cAsG
— franceinfo (@franceinfo) September 24, 2026
Transports parisiens
C’est l’autre grande inconnue. Côté transports parisiens, la CGT-RATP a elle aussi déposé un préavis à la grève illimitée à compter du lundi 28 septembre 2026 au soir, pour l’ensemble des personnels de la Régie. L’organisation syndicale dénonce une perte de pouvoir d’achat de ses agents et juge insuffisantes les mesures proposées par la direction, pour la plupart “ponctuelles et ciblées“. Elles ne “constituent pas une réponse pérenne à la perte de pouvoir d’achat subie par l’ensemble des salariés“, estime le syndicat. Le métro, les RER A et B et plusieurs lignes de bus pourraient être touchés. À ce stade, la RATP n’a pas encore publié ses prévisions de trafic. Elles sont en général annoncées la veille.
La CGT appelle les agents RATP à la grève à partir du 28 septembre au soir
— Actualités françaises 🇫🇷 (@news-flows-fr.bsky.social) 2026-09-22T17:18:09.000000Z
155 manifestations annoncées
L’intersyndicale recensait en fin de semaine dernière, 155 manifestations prévues à travers tout le territoire. Un chiffre comparable à la dernière mobilisation d’ampleur des agents publics, en décembre 2024.
Deux cortèges dans la capitale
A Paris, la manifestation francilienne sera marquée par la convergence de deux cortèges distincts vers la place de la Nation. Le premier qui regroupe l’ensemble des agents de la fonction publique, s’élancera à 14 heures de la place de la République, en direction de la place de la Nation, via la place de la Bastille. Un second cortège distinct réunissant uniquement des sapeurs-pompiers partira depuis leur campement de base établi au Champ-de-Mars, où ils occupent l’espace depuis le 27 septembre avec leurs “colonnes de la colère“. Après avoir défilé à part dans un premier temps, leur cortège convergera un peu plus tard dans l’après-midi directement vers la place de la Nation pour fusionner symboliquement avec le défilé des agents publics. Les arrêtés officiels de la préfecture de police de Paris détaillant les restrictions de circulation exactes rue par rue le long de cet axe Est-parisien sont généralement publiés à la veille du mouvement.
Rassemblements en région
De très nombreux rassemblements sont annoncés aux quatre coins de l’hexagone, dans les grandes agglomérations. Rendez-vous est ainsi donné à :
- Angers : 10h30, place du ralliement ;
- Bordeaux : 12h30, place de la République ;
- Lille : 14h30, porte de Paris ;
- Lyon : 10H30, manufacture des tabacs ;
- Marseille : 10h30, “Réformés“ ;
- Montpellier : 14h00, place Albert 1er ;
- Nantes : 10h00, Miroir d’eau ;
- Nice : 9h30, place Garibaldi ;
- Rennes : 11h00, place du général de Gaulle ;
- Rouen : 10h00, Cours Clémenceau ;
- Strasbourg : 14h00, place Kléber ;
- Toulouse : 14h00, Saint-Cyprien ;
Des rassemblements sont également prévus dans des communes de moindre importance :
- Agen (11h, préfecture) ;
- Angers (10h30, pl. du ralliement) ;
- Annecy (14h, préfecture) ;
- Arles (10h kiosque à musique) ;
- Bastia (10h, palais de justice) ;
- Béziers (11H, sous préfecture) ;
- Bourg-en-Bresse (13h30, préfecture) ;
- Brest (11h, pl. de la Liberté) ;
- Carcassonne (14H30, portail des Jacobins) ;
- Caen (10h30, pl. Saint-Pierre) ;
- Chartres (14h, pl. des halles) ;
- Dijon (14h pl. de la Libération) ;
- Évreux (10h, hôtel de ville) ;
- Gap (10h, préfecture) ;
- Grenoble (10h, pl. Victor Hugo) ;
- Le Havre (10h, Franklin) ;
- Montluçon (14h30 pl. Jean Dormoy) ;
- Mulhouse (14h, square de la bourse) ;
- Nancy (14h, pl. Dombasle) ;
- Nîmes (14h30, Maison carrée) ;
- Pau (10h30, pl. Verdun) ;
- Perpignan (10h30, pl. de Catalogne) ;
- Saint-Nazaire (10h30, mairie) ;
- Tours (10h, pl. de la Liberté) ;
- Troyes (10h, pl. Jean Jaurès)….