Adieu l’ENA, place à l’ISP

Emmanuel Macron a annoncé jeudi la suppression de la prestigieuse Ecole nationale d’administration (ENA), remplacée par l’Institut du service public (ISP). Simple ravalement de façade ou vraie révolution ? Si les bases de cette nouvelle école reste sensiblement les mêmes, le vrai changement concerne la carrière des hauts fonctionnaires. Ce qui va changer.

C’est en visioconférence et à huis clos, l’occasion de la convention managériale de l’État qu’Emmanuel Macron a révélé jeudi 8 avril les “grands principes“ de sa réforme de la haute fonction publique. Devant quelque 600 hauts fonctionnaires, le chef de l’état a annoncé la suppression de l’Ecole Nationale d’Administration et son remplacement par l’Institut du service public (ISP).

Là où l’ENA a fini par devenir une institution qui classe des individus, l’Institut du Service Public devra offrir à chaque étudiant des cours pour apprendre à faire, à diriger, à décider, à innover et donc bâtir une formation d’excellence reconnue sur le plan international“, a déclaré en ouverture le président. “Il ne s’agit ici en aucun cas de céder aux facilités du temps présent, de jeter l’opprobre sur cette école. Il se trouve que je n’oublie pas non plus par où je suis passé“, s’est défendu d’office l’énarque Macron, sorti cinquième de la promotion Senghor en 2004.

Un véritable serpent de mer

Supprimer l’ENA, cela fait quatre ans que le président tourne autour de cette idée, et la ressort à des moments stratégiques. Les échéances électorales présidentielles ont fini par avoir raison de cette école de l’élite, symbole tout trouvé par le chef de l’État pour montrer qu’il réforme, qu’il tient ses engagements.

Revenant à sa promesse faite en avril 2019, au sortir du grand débat national, après la crise des “gilets jaunes“, Emmanuel Macron a donc décidé de “décapiter“ la très symbolique Ecole nationale d’administration, qui forme depuis plus d’un demi-siècle les hauts fonctionnaires du pays. Cette dernière semblait pourtant avoir sauvé sa peau. Certes, le rapport Thiriez et les préconisations remis en février 2020 au premier ministre de l’époque, Édouard Philippe, allait dans le sens d’une telle suppression. Mais sur fond de crise sanitaire, le dossier semblait enterré.

L’idée de remettre ce dernier en haut de la pile, dans le cadre plus global d’une réforme de l’Etat, serait revenue ces derniers jours. Elle a même fait l’objet d’une ultime réunion d’arbitrage mercredi 7 avril dans la soirée entre Emmanuel Macron, le Premier ministre Jean Castex et la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques Amélie de Montchalin.

“Simple ravalement ou véritable révolution“

La décision, très politique, du chef de l’Etat a été très critiquée par l’association des anciens élèves de l’ENA, son président Daniel Keller n’y voyant que “de la poudre aux yeux“ qui “ne va rien changer“.

À en croire pourtant l’Élysée, “plus qu’une réforme de l’action publique “, il s’agit là d’une véritable “ révolution “. Pour autant, cette réforme, dont la majeure partie se traduira par une ordonnance adoptée après son examen en Conseil des ministres fin mai, est symbolique. Si l’entité ENA disparaît et que l’ordonnance qui l’a créée, est remplacée par un nouveau texte, les bases de l’école fondée en 1945 par le général de Gaulle demeurent. L’Institut du service public (ISP) est une modernisation aux objectifs clairs : diversifier les profils de la haute fonction publique et la rendre plus attractive.

A quoi va ressembler l’ISP

Une plus grande ouverture sociale

La nouvelle école devrait ouvrir ses portes dès le 1er janvier 2022. Comme l’ENA, l’institut du service public sera localisé à Strasbourg, et accessible sur concours. Cet Institut recrutera les futurs administrateurs de l’Etat, et assurera à la fois leur formation initiale et continue, cette dernière devant prendre la forme d’une “école de guerre de la haute fonction publique civile“, comme l’avait préconisé le rapport Thiriez en février 2020.

Les annonces faites au mois de février à Nantes par Emmanuel Macron pour ouvrir le concours aux moins favorisés, pour cinq grandes écoles de la fonctions publiques, dont l’ISP, sont par ailleurs censées permettre d’apporter plus de diversité sociale aux futures promotions. L’école devra ainsi “sélectionner des profils moins déterminés socialement“, a déclaré Emmanuel Macron. L’objectif étant d’attirer des jeunes de milieux modestes, avec les “prépas Talents“ et des aides matérielles, mais aussi de nouveaux profils qui vont plus naturellement vers le privé.

Un tronc commun à 13 écoles de service public

Afin de décloisonner, le nouvel institut proposera un “tronc commun“ à 13 écoles de la haute fonction publique (Ecole nationale de la magistrature, Institut national des études territoriales, écoles d’application de Polytechnique, etc.). Ce dernier portera sur les transitions écologique et numérique ou encore sur les principes républicains “pour que l’ensemble des élèves fonctionnaires maîtrisent ce socle.“

Plus de voies réservées

Mais le vrai changement de cette réforme concerne la carrière des hauts fonctionnaires. A commencer par leur affectation. Si le classement de sortie est maintenu, plus question pour les récipiendaires de rejoindre de manière définitive, dès leur sortie de l’école, un des grand corps de l’état que sont le Conseil d’Etat, la Cour des comptes ou les corps d’inspection ministériels.

Tous les sortants seront affectés dans un corps unique, baptisé corps des “administrateurs publics d’Etat“.  “On ne pourra plus intégrer le Conseil d’Etat, la Cour des comptes ou les inspections à 25 ans, mais après s’être distingué par des résultats concrets, c’est-à-dire après plusieurs années d’expérience comme administrateur d’Etat et un processus de sélection que je veux méritocratique, ouvert et transparent“, a annoncé Emmanuel Macron, le 8 avril.

La formation continue des hauts fonctionnaires

Autre aspect majeur de la réforme : la formation continue. A l’image de ce que propose l’Ecole de guerre, l’ISP formera les administrateurs de l’Etat tout au long de leur carrière, ainsi que le préconisait le rapport Thiriez. Les allers-retours entre secteur public et secteur privé seront encouragés. Pour “gérer son vivier de talents“ et attirer à la fonction publique, par exemple, des data scientists, l’Etat disposera aussi d’une délégation interministérielle à l’encadrement supérieur de l’Etat

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