L’Arménie s’invite dans la campagne présidentielle

A 60 jours du premier tour, trois des candidats majeurs de la Présidentielle sont les invités ce mardi soir de la réception annuelle des arméniens de France. Emmanuel Macron, Valérie Pécresse et Anne Hidalgo sont attendus au dîner annuel CCAF. Une affiche qui  s’invite en pleine campagne, alors que la question arménienne et le sort des chrétiens d’Orient ont été placés au cœur du débat.

C’est l’un de ces dîners qui prennent toute leur saveur en pleine année électorale. Annulé l’an dernier pour cause de crise sanitaire, il se tiendra ce mardi à l’Hôtel du Collectionneur, dans le très chic 8e arrondissement de Paris. Valérie Pécresse, Anne Hidalgo et Emmanuel Macron ont tous trois rendez-vous ce soir “à la table des arméniens“,  pour le dîner annuel du CCAF. Chacun d’entre eux prononcera un discours devant le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF). Et ce grâce à un heureux hasard, puisqu’ils s’exprimeront au titre de leurs fonctions respectives de présidente de région, de maire de Paris et de chef de l’Etat.

La soirée débutera par un cocktail et se poursuivra par un dîner au cours duquel Anne Hidalgo, Valérie Pécresse et les deux coprésidents du CCAF, Ara Toranian et Mourad Papazian, prendront la parole avant Emmanuel Macron. Autour de leur table, on retrouvera aussi le président du Sénat, Gérard Larcher, et Mgr Pascal Gollnisch (directeur de l’association L’Œuvre d’Orient), ainsi que plusieurs élus et ministres, tels le sénateur Bruno Retailleau, les présidents de régions Laurent Wauquiez et Renaud Muselier, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, Jean-Baptiste Lemoyne (délégué auprès du ministre des Affaires étrangères),  et Élisabeth Moreno (Égalité et Diversité).

Une affiche loin d’être anodine

“Nous nous sommes abstenus d’inviter d’autres candidats à la présidentielle car nous ne voulions pas transformer notre dîner annuel en meeting électoral“, explique Ara Toranian, coprésident du CCAF. Reste que la portée de la présence simultanée de ces trois personnalités politiques est loin d’être anodine, alors que la question arménienne et le sort des chrétiens d’Orient ont été placés au cœur du débat dès le début de la campagne présidentielle.

Si l’entourage de Valérie Pécresse, se défend de vouloir “prendre en otage“ un sujet aussi sérieux à des fins électorales, le rendez-vous sera à coup sûr l’occasion pour la candidate des Républicains de se démarquer d’Emmanuel Macron sur un sujet moins consensuel qu’on ne le pense et qui tient particulièrement au cœur de la droite. Le tout en l’absence d’Eric Zemmour, qui lui aussi a misé sur ce sujet qu’il qualifie de “guerre de civilisation“.

Au mois de décembre, la présidente de la région Ile-de-France avait déclenché la colère du président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, en profitant d’un voyage en Arménie en soutien aux chrétiens d’Orient pour se rendre dans le Haut-Karabakh, dont elle avait rencontré le leader, et où elle avait réclamé la libération de 51 prisonniers arméniens. Un coup réalisé sans avoir prévenu les autorités françaises, ce que lui avait reproché le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Le co-président du CCAF qui l’accompagnait, a pour sa part plébiscité l’initiative de la candidate des Républicains. Et compte bien saluer l’engagement de Valérie Pécresse. “Elle a été extrêmement courageuse en se rendant à Stepanakert (capitale du Haut-Karabakh) par une route fréquentée par des tireurs azerbaïdjanais. Elle m’a épaté et je veux lui rendre un hommage particulier“, déclare t-il.

Pour rappel, les tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan restent vives depuis la victoire du second, fin 2020, soutenu par la Turquie dans une guerre de 44 jours qui a fait au moins 6 500 morts. Au centre du conflit : le contrôle de la région du Haut-Karabakh, enclave arménienne en Azerbaïdjan et état autoproclamé non reconnu par la communauté internationale depuis 1991.

Emmanuel Macron, lui, n’arrive pas autant en terrain conquis. Le chef de l’Etat a certes annoncé hier la libération de huit prisonniers, qui faisait suite à sa visio de fin de semaine avec le Premier ministre arménien Nikol Pashinian et le président de l’Azerbaïdjan Ilham Aliev, au cours de laquelle le président français a tenté une nouvelle médiation pour pacifier les relations entre les deux pays du Caucase.

 

Mais à droite, on parle d’“esbroufe“ et on reproche au chef de l’État de pratiquer une “politique d’équilibre entre les Azéris, qui nous ont acheté des armes, et l’Arménie“. “Notre intérêt est clairement de soutenir une nation avec lequel des siècles d’amitiés nous lient“ insiste notamment le sénateur Bruno Retailleau, en pointe sur le sujet.

Ara Toranian de son côté a déjà reproché à Emmanuel Macron d’en être resté au “ministère de la parole“, comme le rappelle Le Figaro. Le représentant de la communauté arménienne n’a jamais caché sa déception à l’égard du pouvoir, reprochant au chef de l’Éde rester neutre pendant le conflit du Haut-Karabakh.  Interrogé sur le sujet hier soir, un proche du chef de l’Etat défendait au contraire “l’efficacité“ de la politique macronienne dans le dossier.  Pour autant, privilégiant la courtoisie des échanges et n’a pas l’intention de transformer le dîner annuel en “tribunal“, mais prévoit néanmoins de dire les choses “comme nous avons toujours eu l’habitude de les dire“. “Il ne s’agit pas d’être désagréable mais nous dirons la vérité“, poursuit-il.

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