« Super Tuesday » : comment ça marche ?

Engagée depuis le 1er février, la course à l’investiture démocrate va s’accélérer ce mardi, avec la grand messe du « Super Tuesday », un rendez-vous crucial dans le processus des primaires américaines. Mode d’emploi et enjeux de l’édition 2020.

C’est la date phare du calendrier des primaires aux Etats-Unis. Alors que quatre Etats, l’Iowa, le New Hampshire, le Nevada et le Caroline du Sud, se sont déjà pliés au processus des primaires, donnant une première tendance sur les favoris, la campagne américaine va s’accélérer, mardi 3 mars, jour du « Super Tuesday ». Ce « super mardi » est une étape clé dans le processus de désignation des candidats à la présidentielle américaine du 3 novembre prochain.

Si en 2016, douze états représentant 18% des déléguées étaient en jeu lors du « Super Tuesday », l’édition 2020 s’annonce encore plus importante. Mardi 3 mars, pas moins de 14 états (plus les Samoa américaines et les électeurs démocrates de l’étranger), totalisant plus de 30% des suffrages, voteront en même temps. Mais, plus encore que le nombre d’électeurs, c’est surtout le fait que plus d’un tiers des délégués seront distribués d’un coup qui fait de cette journée un moment clé dans le calendrier électoral américain. Un tiers des délégués promis seront en effet désignés lors de ce « Super mardi’ : soit, 1.357, sur les 1.991 nécessaires pour gagner à la Convention nationale démocratique de Milwaukee. Par comparaison, seulement 155 ont été distribués jusqu’ici par les premiers États votants : Iowa, New Hampshire, Nevada et Caroline du Sud. Si l’on ajoute ces 155 délégués désignés, près de 40% du nombre total de délégués seront désignés au lendemain du « Super Tuesday ».

Qui va voter ?

Mardi 3 mars, l’Alabama, l’Arkansas, la Californie, le Colorado, le Maine, le Massachussetts,  le Minnesota, la Caroline du Nord, l’Oklahoma, les Samoa américaines, le Tennessee, le Texas, l’Utah,  le Vermont et la Virginie, vont se rendre aux urnes. Tous voteront selon le principe de la primaire, à l’exception des électeurs des Samoa américaines, pour qui il s’agira d’un caucus, comme dans l’Iowa ou le Nevada. Certains états ont plus de poids que d’autres lors de ce scrutin.  Nouvelle venue de l’édition 2020, « la Californie (415 délégués), état farouchement progressiste aux 40 millions d’habitants, va ainsi peser demain de façon décisive. Le Texas avec ses 30 millions d’habitants,  sera l’autre poids lourd de la journée.

Quels sont les chances des candidats ?

Sanders, en « pool position »

La première interrogation n’est pas de savoir si Bernie Sanders gardera son avance. Il sortira probablement de ce « Super Tuesday » avec une avance substantielle dans le nombre de délégués. Mais la taille de cette dernière reste une énigme, tout comme le nombre d’États que le sénateur du Vermont pourrait gagner. En réalité, peu d’états sont hors de sa portée. En théorie, M. Sanders pourrait gagner pratiquement partout le « Super Tuesday, » à l’exception peut-être de l’Alabama, où les Afro-Américains modérés constituent une énorme part de l’électorat de l’ancien vice-président Joseph R. Biden Jr. . Le sénateur du Vermont a même fait une percée dans l’état d’origine de la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren , qu’il a une chance de « capturer ». La cible la plus importante pour Bernie Sanders est la Californie, qu’il espère non seulement remporter, mais gagner avec une marge tellement dominante, qu’elle lui permettra de capter une vaste majorité de délégués.

Si les électeurs modérés ou les Afro-Américains fusionnent autour d’un ou deux autres candidats, alors M. Sanders pourrait se retrouver avec une liste de victoires plus courte, concentrée dans les États occidentaux où la coalition de jeunes libéraux et les Latinos sont les plus forts. Joe Biden sera sans doute leur point de ralliement. Relancé par sa nette victoire à la primaire de Caroline du Sud samedi, l’ancien vice-président s’est plus que jamais posé en alternative au sénateur du Vermont. « Sanders se dirige vers les compétitions de Super Tuesday dans une position enviable. Mais compte tenu de la résistance croissante à sa candidature parmi l’établishment démocrate, il a besoin d’une solide performance mardi pour devenir le chef délégué à la convention nationale à Milwaukee en juillet », a déclaré Tad Devine, qui a travaillé pour sa campagne en 2016. « Bernie est certes le favori, mais il doit obtenir une avance et une avance substantielle pour consolider sa position« . Reste que les stratèges de la campagne ne peuvent pas dire à quel point Sanders sera bien positionné après le « Super Tuesday ». Il y a tout simplement trop de variables, trop de candidats, trop de fluidité et trop de combinaisons sur les résultats possibles.

Biden, une « montée en puissance », mais…

Joe Biden a rebattu samedi les cartes dans la course démocrate à la Maison Blanche en remportant largement samedi la primaire de Caroline du Sud. Avec plus de 48 % des votes, l’ancien vice-président a littéralement écrasé Bernie Sanders, arrivé second avec seulement 20 % des suffrages. Le candidat se pose désormais comme le premier rival du sénateur du Vermont. « Nous venons de gagner, et nous avons gagné gros à cause de vous », a déclaré Biden en Caroline du Sud, affirmant que les experts avaient prématurément déclaré sa candidature morte. « Nous sommes très vivant, cette campagne prend son envol. Alors rejoignez-nous. »

Mais, il n’est pas du tout évident que l’ancien vice président puisse porter cette victoire au-delà d’un état avec lequel il entretient des relations de longue date [Caroline du Nord] et dans lequel il  bénéficie d’un électorat démocrate majoritairement noir.  Si les électeurs Afro-Américains fusionnent autour d’un ou deux autres candidats, M. Biden pourrait toutefois être le point de ralliement le plus probable.

Reste que dans les 14 Etats qui votent ce mardi, les sondages sont moins favorables à Joe Biden. En Californie, un des deux états les plus importants, Bernie Sanders mène avec 35 % des intentions de vote, contre seulement 11 % pour Joe Biden. Ce dernier a néanmoins a quelques avantages. Il s’appuie sur son statut, sur la réputation acquise parmi les démocrates en tant que vice-président du président Barack Obama, et il a une longue liste d’ adhérents éminents dans les États du Super Tuesday, qui l’aident.

Bloomberg, « rattraper le retard après un débat calamiteux »

Sa contre-performance lors du débat de Las Vegas, où il a eu du mal à répondre aux critiques de ses rivaux sur ses politiques jugées sexistes ou racistes, a court-circuité l’ascension du milliardaire dans les sondages. L’ancien maire de New York a un retard considérable à rattraper pour rester compétitif, malgré un raz de marée de près de 200 millions de dollars injectés en publicités télévisées, sans précédent dans la campagne présidentielle américaine.

Dans les moyennes des sondages publics, l’ancien maire de New York arrive troisième en Caroline du Nord, sixième au Minnesota et loin derrière dans les plus gros états, notamment en Californie et au Texas. Dans cet état qui accordera 228 délégués (troisième plus grand allotissement après la Californie et New York), un sondage NBC News / Marist publié dimanche, place le milliardaire (19%) loin derrière Sanders et Biden, à égalité à 20% et 5 points de pourcentage derrière Elizabeth Warren (troisième à 17%). Bloomberg a toutefois réussi à grimper dans les sondages à égalité en Virginie avec Sanders, à égalité dans l’Oklahoma avec Biden. Mais plus que tout autre candidat, le milliardaire n’a pas été testé, car il n’a participé à aucun des scrutins des états de février. Il pourrait donc  être particulièrement capable de surprendre mardi, dans un sens positif ou négatif. Le retrait de la campagne, dimanche soir, de Pete Buttigieg devrait enfin faire sa fortune de l’ancien maire de New York. L’ancien maire de South Bend prévoit de soutenir l’ancien vice-président M. Biden dans la course présidentielle démocrate, afin d’empêcher le sénateur Bernie Sanders de remporter la nomination démocrate.

Warren : « monter impérativement en puissance »

Les quatre premiers scrutins ne se sont pas déroulés comme la sénatrice du Massachusetts l’avait espéré. Mme Warren n’a en effet aucune solide performance à signaler, et sa cinquième place en Caroline du Sud n’a pas fait grand-chose pour suggérer qu’elle pouvait accroître son attrait auprès des électeurs noirs. Elle n’a gagné aucun délégués depuis l’Iowa et fait maintenant face à un autre scénario sombre : la possibilité de ne pas gagner un seul État lors du « Super Tuesday »,  y compris le Massachusetts, l’État qui l’a élue deux fois au Sénat. La sénatrice Warren fait face à une forte concurrence dans le Massachusetts de M. Sanders, qui l’a directement défié ces derniers jours, en faisant campagne sur son « pré carré ».

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